‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 292 sur 394 · LIVRE X. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE I

Corps de garde avancé, vedettes, espions, Embuscades, partis, et mille inventions D'une pernicieuse et maudite science, Fille du Styx et mère des héros,

Exercent de ces animaux

Le bon sens et l'expérience.

Pour chanter leurs combats TAchéron nous devrait

Rendre Homère. Ah ! s'il le rendait, Et qu'il rendit aussi le rival d'Épicure 8, Que dirait ce dernier sur ces exemples-ci ? Ce que j'ai déjà dit; qu'aux betes la nature Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci ;

Que la mémoire est corporelle ; Et que, pour en venir aux exemples divers

Que j'ai mis en jour dans ces vers,

L'animal n'a besoin que d'elle.

L'objet, lorsqu'il revient, va dans son magasin

Chercher, par le même chemin,

L'image aupasavant tracée, Qui sur les mêmes pas revient pareillement,

Sans le secours de la pensée,

Causer un même événement.

Nous agissons tout autrement :

La volonté nous détermine, Non l'objet, ni l'instinct. Je parle, je chemine :

Je sens en moi certain agent;

Tout obéit dans ma machine

A ce principe intelligent.

Il est distinct du corps, se conçoit nettement,

Se conçoit mieux que le corps même :

De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême.

Mais comment le corps l'entend-il ?

C'est là le point. Je vois l'outil Obéir à la main : mais la main, qui la guide ? Eh ! qui guide les cieux et leur course rapide ? Quelque ange est attaché peut-être à ces grands corps.

1 Descartes.

Page 1