‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 391 sur 394 · LIVRE XII. FABLE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE XXVIII

Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrents

Crurent pouvoir choisir des sentiers différents.

L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses,

Qu'en apanage on voit aux procès attachés,

S'offrit de les juger sans récompense aucune,

Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.

Depuis qu'il est des lois, l'homme, pour ses péchés,

Se condamne à plaider la moitié de sa vie :

La moitié ? les trois quarts, et bien souvent le tout.

Le conciliateur crut qu'il viendrait à bout

De guérir cette folle et détestable envie.

Le second de nos saints choisit les hôpitaux.

Je le loue ; et le soin de soulager les maux

Est une charité que je préfère aux autres.

Les malades d'alors, étant tels que les nôtres,

Donnaient de l'exercice au pauvre hospitalier ;

Chagrins, impatients et se plaignant sans cesse :

« Il a pour tels et tels un soin particulier,

« Ce sont ses amis ; il nous laisse, p Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l'appointeur de débats : Aucun n'était content ; la sentence arbitrale

A nul des deux ne convenait :

Jamais le juge ne tenait

A leur gré la balance égale.

De semblables discours rebutaient l'appointeur : 11 court aux hôpitaux, va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois. Là, sous d'âpres rochers, près d'une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil, Ils trouvent l'autre saint, lui demandent conseil, ïl faut, dit leur ami, le prendre de soi-même.

Qui mieux que vous sait vos besoins ?

Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le monde habité*'?

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