‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 13 sur 161 · PREFACE. XIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XIX

tion de Dmitrief, à la lecture du travail de Krilof, fut aussi franche que désintéressée. Il trouva les deux traductions dignes des modèles, et, imposant silence à tout sentiment jaloux, il supplia Krilof de ne pas abandonner un genre de poésie qui était assurément sa vocation.

Krilof, docile aux conseils d'un juge si compétent, traduisit encore, avant de quitter Moscou, le Vieillard et les trois Jeunes Gens, que Dmitrief fit immédiatement insérer avec les deux autres traductions dans le Spectateur de Moscou.

Cependant, dès son arrivée à Saint-Pétersbourg, Krilof se sentit de nouveau tourmenté par le démon du théâtre. Il composa deux pièces nouvelles, le Magasin de modes et V Ecole des filles, ses meilleurs ouvrages dramatiques, les seuls où l'on trouve une peinture assez vraie des mœurs contemporaines et quelques scènes d'un comique vif et agréable.

Krilof entra, en 1808, à l'établissement de la Monnaie et fut fait presque immédiatement conseiller honoraire. Il voulut se montrer digne de cette distinction qui témoignait de l'estime et de la bienveillance particulière de l'empereur Alexandre V' à son égard. Il se consacra dès lors presque exclusivement à l'apologue, et fit paraître succès-

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sivement plusieurs fables dans le Courrier dramatique.

A partir de cette époque, sa réputation grandit de jour en jour, et bientôt il fut placé par la critique elle-même, d'accord en cela avec le sentiment national, au premier rang parmi les écrivains dont la Russie peut justement s'enorgueillir. Le talent de Krilof s'était alors pour ainsi dire transfiguré.

En 1812, Krilof fut attaché par M. Olénine à la Bibliothèque impériale, qui venait de s'ouvrir. Il y fît connaissance avec le poète Gnicditch , qui , gourmandant sans cesse son insouciance et sa paresse, voulut le forcer à apprendre le grec. Sans en rien dire à personne, Krilof, au moyen d'une Bible grecque et d'une traduction slavonne, s'initia peu à peu au génie de cette langue, et, après deux années de travail, arriva à comprendre les classiques grecs et à les traduire presque à livre ouvert. Gnieditch l'ayant surpris par hasard dans ses études et s'étant assuré de ses progrès miraculeux, lui déclara que c'était un devoir pour lui de traduire Y Odyssée. Krilof se laissa convaincre et se mit à l'œuvre; mais il abandonna bientôt une entreprise qui exigeait trop de temps et de patience. Comme à la Fontaine, les longs ouvrages faisaient peur i\ notre poète.

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