‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 15 sur 161 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

Mais en 1828 tout changea d'aspect; Krilof, qui avait vendu à très-haut prix une édition de ses fables, eut d'ahord l'idée d'appliquer cette somme aux frais d'un voyage d'agrément. On le dissuada sagement de ce projet , en lui montrant le danger qu'il y aurait à entreprendre , à son âge , une excursion qui pouvait être, pour lui, pleine de fatigues et d'embarras. Il y renonça; mais, en se résignant à rester chez lui , il voulut employer ses nouvelles ressources à l'embellissement de sa demeure et à l'acquisition d'un élégant mobilier. Somptueux divans, bronzes, porcelaines de haut prix, ornements précieux, il y entassa tout à profusion. C'était une transformation complète. La famille Olénine et quelques amis furent invités à venir inaugurer, dans un diner, ce logement nouveau dont le poète admirait l'élégance avec une naïveté d'enfant.

Mais l'ancien désordre reparut bientôt au milieu de cette magniflcence, et les pigeons, un moment exilés, ne tardèrent pas à redevenir les hôtes les plus assidus et familiers du riche logis. Toutefois, le cabinet du poëte fut sauvé, au moins pour l'avenir. La grande-duchesse Marie, fille de l'empereur Nicolas , en fit faire un tableau , qu'on voit encore aujourd'hui dans sa bibliothèque.

PREFACE. xxiii

Le 2 février 1838, Krilof atteignait sa soixantedixième année. Quoique cinquante ans ne se fussent pas encore écoulés depuis la publication de son premier ouvrage , on voulut célébrer le jubilé littéraire du poëte le jour de sa naissance. Ses amis formèrent un comité sous la présidence d'Olénine. Trois cents invités répondirent à leur appel. C'étaient toutes les illustrations de Pétersbourg. Avant le banquet, Pletnief alla trouver Krilof. Le poëte avait vaguement entendu parler de la fête qu'on lui préparait, mais il n'en était pas certain. La députation le trouva pourtant tout habillé. "Je ne saurais vous exprimer, dit, Krilof, combien je suis reconnaissant envers tous mes amis. J'aurai la plus v'wie joie de me trouver au milieu d'eux aujourd'hui ; mais je crains qu'ils ne me donnent plus que je ne mérite. Je suis comme certains marins : s'il ne m'est point arrivé malheur, c'est que je n'ai pas été loin en mer. ^ Quand il entra dans la salle de la noblesse , où le banquet lui était offert, tous les assistants se levèrent et l'accueillirent par de longs applaudissements auxquels la foule entassée dans les galeries répondit par les plus vives acclamations. Un rescrit de l'empereur confirmait à Krilof l'ordre de Saint-Stani-slas, avec la croix de seconde classe. Les gens de

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