XXIV PRÉFACE
lettres se sentaient honorés d'une distinction accordée à leur plus illustre confrère , et toute l'assemblée fut heureuse de sanctionner par une éclatante manifestation cet acte de haute justice. En face du poëte, on avait placé son buste couronné de fleurs et un magnifique exemplaire de ses œuvres , couronné de lauriers.
Des couplets en son honneur furent chantés à la fin du banquet. Toutes les dames qui se pressaient dans les galeries jetèrent au poëte des bouquets et des couronnes , afin de s'associer à cette fête de famille , et de lui exprimer les douces jouissances qu'il leur avait procurées, à elles et à leurs enfants. Jamais peut-être poëte n'avait, de son vivant, reçu un pareil honneur, et Krilof dut un moment croire qu'il assistait à son apothéose.
A la fin de la cérémonie, il fut entouré et pressé par la foule, et chacun s'empara, comme d'une relique, d'une feuille de la couronne qui lui avait été offerte. On fit frapper, en commémoration, une belle médaille à l'effigie du poëte.
Dans la crainte sans doute de déchoir du haut rang où, d'une commune voix, ses compalriotes l'avaient élevé, depuis cette touchante solennité, Krilof garda dès lors un silence presque absolu.