‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 153 sur 161 · LE BERGER GOURMAND · texte numérisé non relu

LE BERGER GOURMAND

Le l)ergei' Seva , pour un maître ,

Dans les champs gardait les troupeaux ; Par malheur, chaque jour, ses moutons les plus beaux (On ne savait comment) venaient à disparaître.

Notre homme , avec des airs touchants ,

A tout venant contait ses peines , Disant qu'un loup vorace , apparu dans les champs ,

Croquait les brebis par douzaines.

« Rien d'étonnant, ma foi, disait tout le canton, Brebis et loups jamais n'ont fait très-bon ménage. » Et, pour guetter le loup, chacun veille au village. « Mais comment se fait-il , parfois se disait-on , Que Seva dans sa soupe ait toujours du mouton? Son potage est bien gras , et tous les jours , sans faute , Nous voyons son gruau flanqué d'une entre-côte. » Rien d'étonnant encor : s'il savait s'héberger, C'est qu'il avait jadis servi dans les cuisines ;

Chassé , plus tard , pour ses rapines , De retour au village , il s'était fait berger. Les vaillants du pays dans les forets voisines Cherchant toujours le loup , couraient pour l'égorger.

Mais du loup dans les bois la trace est invisible; Le loup n'avait rien fait : la suite le prouva. Des amis trop zélés Terreur était risible ; Qui croquait tout? C'était Seva!

LEvS DEUX SOURIS.

'.<■ 0 ma sœur, sais-tu l'aventure?

Disait une souris sur le pont d'un vaisseau. L'eau dans le bâtiment s'est fait une ouverture, Et j'en avais, en bas, déjà jusqu'au museau. ( Or, notez que ses pieds étaient mouillés à peine, ) Pour arrêter le mal je me démène en vain.

Rien d'étonnant ; le capitaine , Ivre-mort , reste au lit , pour y cuver son vin ;

De son côté , l'équipage

Ne s'occupe à rien du tout.

L'un dort, l'autre fait tapage.

Et le désordre est partout.

Je me suis presque enrouée

A leur crier d'accourir,

Que , la cale étant trouée ,

Le bâtiment va périr.

204 LIVRE DTXIEME.

et Courir? OÙ donc? ^ Et tous se bouchaient les oreilles,

Comme si , pour mon bon plaisir, Je venais débiter sornettes sans pareilles.

Pourtant le mal est très-profond ;

Si l'on n'y veille, avant une heure,

Le vaisseau va couler à fond.

Mais avec eux faut-il qu'on meure?

Allons , ma sœur, de ce vaisseau

Sauvons-nous , avant la déroute ;

Gagnons la terre, à travers l'eau :

Le rivage est prochain sans doute. ';

Et soudain, d'un commun effort.

Nos deux souris aventurières.

Du pont franchissant les barrières.

S'élancent dans la mer, pour y trouver la mort. Quant au vaisseau, rentrant aux mers de la patrie, Grâce à son chef habile, il put, sans avarie.

Une heure après, toucher au port.

Mais j'entends le lecteur me dire :

i: Expliquez-vous alors sur ce chef aviné. Ces matelots oisifs, cette eau dans le navire. « La trouée était faible et le dégât borné ; La chose en un clin d'oeil avait été finie; Quant au reste, lecteur, tu l'auras deviné :

C'était... c'était la calomnie.

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