‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 154 sur 161 · LES LOUPS ET LES BREBIS · texte numérisé non relu

LES LOUPS ET LES BREBIS

Pendant longtemps chez les brebis Les lonps ayant fait grand ravage , Les chefs des animaux, en commun réunis, Prétendaient réprimer un abus si sauvage. On résolut enfin d'élire un comité Qui rendrait, par décret, la paix à la prairie. Et pourtant il advint que, lorsqu'on eut voté, Les loups dans ce conseil formaient majorité. Mais il est de bons loups, soit dit sans flatterie; On en a vu plus d'un enfin Rôder près de la bergerie Assez innocemment... quand il n'avait plus faim. Dès lors de tout conseil pourquoi donc les exclure? Protégeons les brebis , c'est fort bien , mais pourtant Il ne faut pas aux loups faire la loi trop dure. Pour discuter en paix ce sujet important , Au fond d'une foret on place l'assemblée. On délibère, on juge, et, tout point éclairci, Nos députés votent d'emblée Pour la loi qu'on formule ainsi :

« Sitôt qu'un loup aura, par outrage ou sévice, Lésé moutons , brel)is , et membres d'un troupeau , Le plaignant doit soudain , le prenant à la peau , Sans égard pour son rang, le traîner en justice. "

Parfaite était la loi : s'en servit-on beaucoup? Je vois toujours avec surprise Que, quand on dit : « Prenez le loup ! '• Par le loup la brebis est prise.

Vï.

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