LA CASCADE ET LA SOURCE
Sur le flanc d'un rocher précipitant sa course.
Une cascade au loin roulait avec fracas ,
Tandis qu'au pied du mont dormait une humble source
Qu'en son étroit bassin l'œil n'apercevait pas.
Mais de la source salutaire
Où l'on puisait force et santé.
Les vertus , en tout lieu sur terre ,
Avaient grande célébrité.
« Ah! lui dit la cascade, il est vraiment bizarre De voir la foule ainsi chercher ton eau si rare! Pour admirer mes bonds qu'on la voie accourir.
Passe encor, mais quelle ressource A tous ces visiteurs ton eau peut-elle offrir"? — Tu ne fais que les étourdir, Moi, je les guéris, " dit la source.
LE LIOX ET SES GOl RTISAXS.
Le roi des animaux, sur le déclin des ans.
N'ayant pour reposer qu'une couche assez dure,
Où son corps languissant souffrait de la froidure,
Fit, un jour, près de lui venir ses courtisans.
C'étaient les ours, les loups, hauts seigneurs de l'empire.
Gens chaudement vêtus, fourrés de poils soyeux.
u Mes amis , dit-il , je suis vieux , Et sur un lit si dur je souffre le martyre. Sans donc que riche ou pauvre en soit en rien lésé. Si vous m'alliez chercher des toisons dans la plaine, J'aurais couche plus molle et sommeil plus aisé. — Illustre souverain, ne te mets point en peine;
Il n'est , pour sur, aucun troupeau Qui, lorsque tu veux hien lui demander sa laine, Ne soit encor ravi de te donner sa peau.
Manquons-nous donc ici (Г animaux à fourrure? Chamois, chèvres et daims sont assez peu grevés; Quand de quelques toisons on les aura privés, Beau mal! Ils n'en auront que plus légère allure! "
Soudain à mettre en œuvre un si sage conseil
Chacun des courtisans s'empresse.
Fier d'avoir des amis d'un dévouement pareil, Le roi ne sait comment leur prouver sa tendresse. A quoi vient aboutir ce zèle prétendu?
On tombe sur le pauvre et le pauvre est tondu, Et nos gens bien fourrés , de leur laine assez chiches , Ne cèdent pas un poil de leurs toisons si riches. Mais , avec eux , leurs bons amis , Qui se trouvaient sur leur passage , Dans les profits sont tous admis , Quand des tril)uts on fait partage ; Et , durant la froide saison , Xos grands seigneurs ont , à foison , Des oreillers pour leur ménage.
h.\ QIFA E Dl llEXARD.
Par une nuit d'hiver, sortant de sa tanière Pour laper le coup du matin ,
Certain renard vint , en voisin ,
Par un trou, boire к la rivière.
Il gelait fort; le sire était très-peu fùté; Des glaçons par mégarde , en rasant la surface , Il engagea sa queue , et le froid dans la glace De ses poils qui traînaient fixa rextréniité.
Le mal n'était pas grand sans doute; Si , pour sauver sa queue , en tirant par degrés , Il eut fait a])andon des poils aventurés , Sans craindre les chasseurs, il eut repris sa route. Mais quoi! gâter sa queue! Il n'y pouvait songer; Sa queue aux crins dorés , sa fourrure ondoyante.
Au poil si doux et si léger !
Non pas : mieux vaut qu'il patiente.
Les gens dorment encore, il n'est aucun danger;
Puis le dégel viendra peut-être , Et sa queue hors du trou sortira sans effort. Il attend... il attend... 11 gèle encor plus fort. Il regarde... et le jour déjà commence à naître.
De peur mon renard presque fou
S'agite alors et se démène.
Vains efforts ! rien ne peut le dégager du trou ! Vient à passer un loup qui courait par la plaine. " Frère, ami, sauve-moi! Je n'ai plus qu'à mourir! »
Le loup soudain, voyant sa peine,
S'arrête et vient le secourir.
Mais, le sauvant à sa manière.
Il lui coupe tout net la queue au ras du dos ;
Et mon sot, écourté, retourne à sa tanière, Heureux avec sa peau d'avoir sauvé ses os.
Kclaircissons ma fal)le, en mettant l'homme en jeu J'ai vu maint sot qui , de sa nuque Pour ne pas perdre un seul cheveu.
S'est réduit à porter perruque.