‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 157 sur 161 · L'ECUREUIL ET LE MERLE · texte numérisé non relu

L'ECUREUIL ET LE MERLE

C'était la fête du hameau ;

La foule, à chaque instant accrue,

Sous la fenêtre du château

Se pressait à flots dans la rue.

Manants, bourgeois, seigneurs, entassés sur le seuil, Suivaient d'un œil charmé les tours d'un écureuil.

A vrai dire, il faisait merveille :

Dans un cylindre à jour, courant et revenant , Sa patte agile allait trottinant , trottinant , Et sa queue en cerceau, venant battre l'oreille. Semblait un tourbillon qui va toujours tournant. Sur un bouleau voisin, un merle assez caustique Paraissait moins pressé d'admirer tous ses tours.

« Mou vieux, dit-il, dans la boutique Peut-on du moins savoir ce que tu fais? — Je cours !

Ah! mon ami, quel dur métier!

Je suis d'un grand seigneur le principal courrier. Tout le jour je sue à la peine , Sans rien boire et sans rien manger; Et toi-même, tu peux juger, Si j'ai le temps de prendre haleine ! » Ce disant, l'écureuil, au risque d'en mourir, De plus belle, à l'instant, se remet à courir, Le merle en s'envolant lui dit : « C'est vrai peut-être ; Pour moi le fait est clair : tu cours , Tu cours, tu cours, tu cours toujours , Mais sans bouger de ta fenêtre. »

Maint faiseur qu'on voit se débattre

Par les affaires assailli ,

Se trémousse et se met en quatre ,

Et chacun en reste ébahi ;

Le jour, la nuit , on l'entend geindre ;

Il fait beaucoup, mais fait-il l)icn?

Son travail n'aboutit à rien :

C'est l'écureuil dans son cylindre.

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