‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 23 sur 161 · XXXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PREFACE

lice et une physionomie d'empriint. Malgré son admiration pour son modèle, Krilof laisse la Fontaine prêcher le repos et le nonchaloir si propice à ses poétiques rêveries. Il poursuit de sa vive satire toute agitation stérile. Il pousse sans cesse l'activité humaine dans toutes les voies du beau et de Tutile. Esprit essentiellement positif , ennemi des vaines théories , il donne en tout la préférence à la pratique. Pour lui , comme pour Horace, auquel il ressemble par instants, le bien est dans un certain milieu éloigné de tous les excès, qu'ils viennent d'en haut ou qu'ils viennent d'en bas. La sérénité de son esprit, qui lui laisse voir la juste mesure en toute chose , ne lui permet de partialité pour aucune classe. C'est к chacune d'elles que, tour à tour, il adresse les leçons de sa vive et ingénieuse morale. Après avoir frappé Fégoïsme vaniteux du grand seigneur, son trait se retourne contre l'avidité rapace du financier, l'orgueilleuse jactance du pa^rvenu, l'improbité du marchand, de même que contre l'ignorante grossièreté de l'homme du peuple. Quelle verve de malice contre la partialité et l'ineptie des juges, contre la faiblesse coupable des gouverneurs de province , contre la tolérance et la protection cynique dont se trouvaient l'objet les plus impu-

Page 1