‹ Fables de Krilof; tr. en vers françaisChapitre 28 sur 161 · LA BICHE ET LE DERVICHE · texte numérisé non relu

LA BICHE ET LE DERVICHE

Une biche , à son deuil fidèle , Pleurait ses deux faons bien-aimés , Et traînait sa lourde mamelle, Au fond des bois accoutumés.

Tout à coup s'offrent à sa vue Deux petits loups : ils vont mourir; Mais de pitié la biche émue Donne son lait pour les nourrir.

Hôte des bois , un vieux derviche ,

D'un œil surpris , la contemplait :

и A qui vas-tu , ma pauvre biche , Donner ton amour et ton lait !

Imprudente ! tu crois peut-être Trouver un loup reconnaissant ; Mais cet animal n'est qu'un traître :

Qui boit ton lait boira ton sang !

— Cette pensée est trop amère , Dit la biche, et, sans voir si loin, Je n'ai qu'un but, qu'un seul besoin Remplir le saint devoir de mère.

Pour mon bonheur, je dois nourrir ; J'en crois l'instinct qui me l'atteste : Mon lait serait un poids funeste Si je n'avais à qui l'offrir. "

Ainsi, sans espoir de salaire, L'infatigable Charité Dispense à tous , avec bonté , Les soins d'un amour tutélaire, Et les cœurs purs et bienfaisants Qu'elle a choisis pour ses apôtres.

Trouveraient leurs trésors pesants S'ils n'y faisaient la part des autres.

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