LE RENARD ET LA MARMOTTE
' Où cours-tu donc ainsi , les yeux baissés à terre?
Disait une marmolte , un jour, A messire renard qui quittait son repaire. — Cotnmère ma mignonne , on me joue un beau tour! Je suis chassé d'ici ! Croirais-lu bien qu'on pense Que j'ai de mon emploi fait profiter ma panse! Tu sais : pour débrouiller certains vols de raisin, On m'avait nommé juge au poulailler voisin. Voir mon repos perdu , ma santé compromise , Travailler comme un nègre et manger en courant , Ne dormir qu'en séance, et jamais à ma guise , Certes à tel métier le profit n'est pas grand ! Et pourtant contre moi la cabale a fait rage ! Pourquoi? Pour des propos! Mais, voyons, entre nous.
Qui pourra-t-on répuler sage , .Si Ton vient écouter les propos des jaloux?
Qui , moi ! plumer la clientèle !
Alors, à l'hôpital des fous
J'aurais donc laissé ma cervelle?
Mais je crois qu'à tes yeux je suis d'avance absous ;
Souviens-toi, réfléchis; tu n'as pas vu, j'espère, Que j'aie en aucun cas croqué le moindre oiseau?
— Assurément non, mon compère; Mais je t'ai vu parfois des plumes au museau. »
J'entends maint employé nous chanter même gamme, Comme s'il en était à son dernier écu.
Chacun, en ville, est convaincu Qu'il n'a rien par lui-même et n'a rien par sa femme. Mais petit à petit, pourtant (regardez bien).
Il se bâtit sa maisonnette.
Au comptant il achète un bien.
Comment avec ses frais accorder sa recette? Thémis n'y peut rien voir; pour prouver son trafic. En vain vous écririez volumes sur volumes ;
Mais chacun répète en public :
« Au museau notre homme a des plumes ! »