LES PASSANTS ET LES CHIENS
Deux amis en causant cheminaient, vers la nuit , Quand d'une porte un chien s'élance h leur passage. Et s'agite autour d'eux, aboyant à grand bruit. Il en vient deux, puis trois, des cours du voisinage;
Bientôt toute une meute en jappant les poursuit.
Au bout d'une minute à peine ,
On en comptait la cinquantaine.
Déjà l'un des amis s'est armé d'un caillou. « Eh ! que fais-tu, mon cher? lui dit l'autre, es-tu fou? Tu crois par ce moyen les apaiser sans doute;
Mais ils en vont crier plus fort !
Sans plus les regarder, poursuivons notre route ; Je connais leurs façons, tu verras si j'ai tort. '^
Ils n'ont pas fait cent pas, que déjà, hors d'haleine , Des roquets épuisés en efforts superflus
La voix se fait entendre à peine ; Quelques instants plus tard , aucun n'aboyait plus.
Sur les pas du talent qui marche solitaire La voix de l'envieux toujours se récriera :
Poursuis ta route, il aboiera.
Mais il finira par se taire.