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le jeune employé se mit à l'œuvre avec une résignation qui annonçait que ce n'était point dans la carrière des places et des honneurs qu'il avait mis son ambition.
Doué d'une grande activité d'esprit et animé d'un ardent désir de célébrité, il avait, quoique bien jeune, une assez grande confiance dans les aptitudes qu'il sentait confusément en lui ; mais il lui fallut du temps pour bien connaître lui-même sa véritable vocation. Ajoutons que le milieu dans lequel il se trouva tout à coup transporté était plus propre à l'égarer qu'à le conduire à son but. A Fàge de dix-sept ans, il composa une pièce en trois actes, mêlée de couplets ; elle avait pour titre la Cafeinitza^ ou la Diseuse de bonne aventure par le café. Un libraire lui en offrit soixante roubles assignats (60 fr.). Krilof demanda que le payement fût fait en livres, et reçut, en échange de son manuscrit, les œuvres de Molière, de Racine et de Boileau. Ce premier succès enchanta la pauvre mère, qui y vit le présage d'une gloire dont elle ne devait pas être témoin.
Peu de temps avant l'arrivée de Krilof à Pétersbourg, on y avait fondé un théâtre national où les tragédies patriotiques de Kniajnine attiraient une foule qui se passionnait chaque jour pour un spec-
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tacle tout nouveau. Krilof fut saisi par rentraînement général. Après avoir admiré et applaudi les ouvrages en vogue, il en voulut connaître Fauteur. Kniajnine le reçut avec bienveillance, et le présenta à l'acteur Dniitrievsky, l'habile interprète de ses œuvres. Krilof et l'artiste, malgré la différence de leur âge, éprouvèrent tout d'abord l'un pour l'autre une très-vive sympathie. Les relations qui s'établirent entre eux, leurs conversations, qui avaient constamment le théâtre pour objet, enflammèrent l'imagination du jeune poète. Il crut que, sous le glorieux patronage et sous la direction éclairée de Kniajnine et de Dniitrievsky, il ne pourrait manquer de réussir. Il se mit donc aussitôt à l'œuvre et composa une tragédie de Cléopâtre. Kniajnine, après l'avoir entendue, l'engagea franchement à la brûler. Krilof n'appela pas de cette décision et suivit docilement le conseil de celui qu'il regardait comme son ami et son maître. Toutefois il se mit en quête d'un nouveau sujet et écrivit la tragédie de Philomèle y qu'il s'empressa cette fois de soumettre au jugement de Dinitrievsky. Mais l'opinion de l'acteur ne fut pas plus favorable au nouvel ouvrage que celle du poète ne l'avait été à l'infortunée Cléopâtre. En renonçant à sa pièce, dont il recon-
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nut lui-même les défauts, Krilof n'en resta pas moins fidèle au culte d4in art qui exerçait sur son esprit d'irrésistibles séductions.
A cette époque, il perdit sa mère. Sa douleur fut profonde; mais cette mort l'affranchissait des soucis de chaque jour, et, pour se livrer en toute liberté à sa passion pour les lettres, il abandonna une place qui lui prenait le meilleur de son temps. Il s'associa à un ancien capitaine de la garde pour établir une imprimerie et publier un journal, qui parut sous le titre de la Poste aux esprits. C'était un cadre ingénieux dans lequel Krilof pouvait se permettre de peindre et d'attaquer, sous le voile de l'allégorie, tous les travers et tous les ridicules de son temps. Dans cette publication, il révéla et fit admirer pour la première fois au public son esprit caustique et frondeur, sa verve de malice mordante et une certaine hardiesse d'idées à laquelle un style net et élégant, quoique toujours simple et familier, donnait le plus vif relief.
En relisant aujourd'hui les différents articles de ce recueil, on éprouve un profond étonnement, quand on réfléchit qu'ils étaient écrits par un jeune liomme de vingt ans, élevé en province et presque dénué d'éducation. La variété des objets dont il