PREFACE XV
esprits. Au bout d'un an, il cessa de paraître; mais, quoiqu'il ne fût pas plus heureux dans ses publications périodiques que dans ses essais de théâtre, Krilof n'abandonna pas la partie. Il fonda un troisième journal, le Mercure de Saint-Pétersbourg , qui , comme les autres, n'attei^juit qu'avec peine la fin de l'année.
Il revint dès lors au théâtre et fit de nombreuses excursions dans tous les genres de littérature et de poésie, toujours à la poursuite d'un grand succès, objet de son ambition et de ses rêves.
Aucune de ses tentatives ne réalisa cet espoir. Ses odes manquaient d'inspiration, de mouvement et de chaleur. Ses poésies légères, élégantes de forme, n'avaient rien de l'allure simple, naïve et familière qui fait tout le succès de ce genre de littérature. Toutes ces compositions révélaient pourtant déjà les qualités d'un véritable écrivain. Krilof perdit six de ses plus belles années dans ces travaux tout à fait improductifs ; pour se distraire de tant de déceptions et pour s'oublier lui-même, il se précipita tête baissée dans les plaisirs que la société des artistes et des grands seigneurs pouvait lui offrir. La table lui prodigua de grossières jouissances, et le jeu fut pour lui une source d'émotions