LIVRE QUATRIÈME
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Redoutant pour son potager
Des oiseaux l'impudente race , Et voulant à-coup-sûr détourner le danger,
Un paysan par trop bonasse , rit choix d'un âne, afin de leur donner la chasse.
Il faut dire la vérité :
L'âne avait de la conscience ,
Des principes de probité ;
C'était l'honneur par excellence.
Il avait le vol en horreur , Et d'une feuille il n'eût pas fait tort à son maître. Des oiseaux en effet il était la terreur,
Les chassant aussitôt qu'il Jes voyait paraître. Bien que de tout l'été , pas un seul n'y fit tort , Le potager pourtant fut d'un mince rapport. Je le crois bien ; le sot en y donnant la chasse , De ses quatre pieds d'âne alors le chevauchant , Imprimant de ses pas , partout trace sur trace ,
Courant , caracolant , foulant En large, en long, navets , choux et pommes de terre, A son zèle mouvant donna si bien carrière , Qu'il fit de ce jardin un vrai champ labouré. Du fruit de ses travaux le paysan frustré
Sur le dos régala son âne
D'une grêle de coups de canne.
C'est très bien fait , s'écria-t-on ?
Ce n'est qu'un sot ; de quoi se mêlait cet ânon ? Pour l'âne je ne veux prendre ici fait et cause , Il eut tort, j'en conviens, et son compte est réglé , Le drôle , mérita ^ certes , d'être sanglé ; Mais l'on me permettra d'ajouter une chose : Wa-t-il donc aucun tort le maître d'un verger, Qui d'un âne fait choix , afin de l'en charger î
Une biche , venant de perdre ses deux faons ,
Exhalait sa douleur amère ;
Ne pouvant plus à ses enfans De son lait partager le tribut ordinaire ,
Pour en alléger les canaux , Elle voulut remplir le saint devoir de mère,
En faveur de deux louveteaux.
Dans le même bois que la biche , Loin du tracas du monde , habitait un derviche.
D'un procédé si généreux Le saint homme ne put lui cacher sa surprise.
— Au nom des Dieux !
Sans folie as-tu pu d'une telle entreprise
Te mettre en tête le projet ?
A qui , dis-moi , ton imprudence Va-t-elle prodiguer ta tendresse et ton lait ? Compterais-tu jamais sur leur reconnaissance ?
Ah ! cet espoir serait bien insensé !
Ignorerais-tu donc des loups quelle est l'espèce ? Peut-être, hélas ! pour prix de ta tendresse ,
Ton sang un jour sera versé ,
Sans pitié , par ce couple horrible.
— Certes , la chose est très possible ; Mais d'y songer jamais n'occupai mon loisir,
Et même d'y songer je n'ai pas le désir ;
Je n'ai qu'une pensée , et c'est que je suis mère ,
Elle seule me plait, m'occupe tout entière ;
Sans le bonheur de les nourrir , La charge de mon lait ne me serait plus chère.
Cest ainsi que sans intérêt Veut s'exercer la bienfaisance ; Le superflu pour elle est un poids , en effet , Qu a porter toute seule elle aurait du regret ; Le partage toujours double sa jouissance.
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Ne méprisez aucun avis , Avant qu'à l'examen vous ne l'ayez soumis.
Après un long et pénible voyage ,
Un aigle et sa compagne, un jour , Arrivent dans un bois touffu, vaste et sauvage, Résolus d'y fixer pour jamais leur séjour,
Et là, d'un chêne centenaire L'époux royal fait choix pour y bâtir son aire.
Il se flattait que les beaux jours Y verraient prospérer le fruit de ses amours.
Une taupe un peu débonnaire, Des nouveaux débarqués entendit l'entretien ,
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Et prit sur elle , pour leur bien , De risquer humblement un avis salutaire :
- — Ce chêne, puissant roi des airs, Pourri dans sa racine , et rongé par les vers ,
Ne peut être à ta convenance , Et de t'en prévenir je me fais un devoir. Tout , depuis quelque tems , ici me fait prévoir De cet arbre miné la prompte décadence ,
Et de tes augustes amours Sa cime ne doit pas être le sanctuaire; Mais un aigle est trop fier pour vouloir, de ses jours, Ecouter d'un avis le zèle téméraire , Et surtout d'une taupe et venant d'un terrier. — Un aigle peut-il donc commettre une hévnel Et serait-ce pour rien que Ton vante sa vue ? Une taupe d'ailleurs ne doit pas s'oublier.
À quel propos son arrogance Des affaires de l'aigle et de leur importance
Ose-t-elle en rien se mêler ?
A des propos enfin c'est trop se ravaler ; Les avis d'une taupe en valent-ils la peine ?
Je puis du tems faire uu plus noble emploi. 11 se met au travail , et grâce aux soins du roi , Dans son nouveau palais va s'installer la reine.
Jusque s ici tout allait bien.
Déjà les fruits de leur tendresse,
Récompense d'un doux lien ,
Etaient l'objet de leur caresse;
Mais , un jour , quel spectacle affreux !
Un jour , au réveil de l'aurore ,
Riche et fier de sa chasse , en s* abattant des cieux
Vers ses petits , vers celle qu'il adore , L'aigle avec horreur voit son chêne renversé j
De stupeur il reste glacé.
Il le voit , il en doute encore.
Quoi ! sa compagne et ses petits
Sont écrasés sous les débris.
Dans sa douleur il maudit la lumière , — Malheureux : se dit-il , vois les coups du destin, Qui punit ton orgueil d'un imprudent dédain , Du mépris que tu fis d'un conseil salutaire. Et qui pouvait penser qu'un animal pareil , Une taupe , donnât un utile conseil !
— Hélas ! si tu m'avais un peu moins méprisée , Reprend la laupe , alors , tu n'aurais pas douté Que , sous terre par moi ma loge étant creusée , D'un arbre je devais connaître la santé ,
Et qu'en qualité de voisine , J'en pouvais , à coup sûr , juger sur la racine.
< âgfo* o u p c ( ( t £3v u d r fe.
Volontiers nous faisons présent De ce dont nous n'avons que faire.
D'un apologue ici le voile transparent Rendra l'assertion moins choquante et plus claire.
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Aux dépens des poulets , un renard bien repu ,
Qui, de plus, s'était, par prudence, De quelques rogatons assuré la bombance ,
Sous une meule, un soir, était venu Dans le sommeil chercher une autre jouissance \
Mais tout-à-coup il aperçoit Un loup qui se traînait à pas lents vers son gîte, Venant mal à-propos pour lui rendre visite ;
Plutôt , la faim en cet endroit
Lui faisait chercher quelque exploit.
Le loup lui dit : hélas! mon cher compère, Le malheur me poursuit , car du plus petit os Je n'ai pu nulle part trouver l'emplette à faire ; Aussi la faim me tue , et pour comble de maux , Les chiens sont furieux, le berger toujours veille ;
Le coquin jamais ne sommeille; Je n'ai plus qu'âme pendre. — Est-il possible? quoi ! — C'est la vérité pure , et t'en donne ma foi.
•— Voudrais-tu du foin , mon compère?
En voici , tu le vois , toute une meule entière,
Et je te l'offre de bon coeur.
D'herbe le loup n'est pas mangeur ;
Il eût voulu pour sa pâture Quelque viande ou quelque os ; mais de ses rogatons,
Dont il avait provisions , Le renard ne dit mot , et de cette aventure Sire loup flagorné, mystifié , dupé,
S'en alla sans avoir soupe.
Un jour , lancé par un enfant ,
Un présomptueux cerf- volant
Etait monté jusqu'aux nuages j Fier de planer aux lieux où naissent les orages. D'en-haut il aperçoit voler un papillon. Aussitôt il lui crie : eh , dis donc , mon mignon, Tu ne le croiras pas , mais vraiment c'est à peine
Si d'ici je te vois.
Admire la hauteur où le courage entraîne. Conviens-en franchement, d'un si haut vol, je crois, Tu dois être jaloux. — Moi jaloux ? tu t'abuses,
Reprend alors le papillon ; De te parler si net , je te fais mes excuses , Mais de toi tu te fais trop bonne opinion Tu planes haut, oui, mais n'es-tu pas à l'attache ? Un sort comme le tien est très loin du bonheur. Je vole bien plus bas , sans que cela me friche. De planer comme loi je brigue peu l'honneur ; Mon partage sans doute est beaucoup plus modeste, Mais crois-moi , volontiers je borne là mes vœux ;
Je vole bas , d'accord ; au reste,
INe voîè-je pas où je veux ; Et, de plus , d'un enfant pour charmer la folie, Je nai pas d'un vain bruit à fatiguer ma vie.
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Ami., dit un jeune arbre à certain villageois ,
Qu'il voyait armé d'une hache , Autour de moi, de grâce , abats un peu ce bois. Vraiment, de me cerner il semble prendre à tâche.
Je ne saurais croître à loisir ; Mes pieds sont à la gêne , et jamais du Zéphyr
Jusqu'à moi l'haleine embaumée , A travers ce rempart , ne saurait parvenir. Tu vois sous quelle voûte est ma tête enfermée.
Si rien n'arrêtait mon élan ,
On me verrait , avant un an ,
L'honneur de tout Je voisinage ,
Et le couvrant de mon ombrage ;
Mais étouffé dans mon berceau ,
Je suis mince comme un roseau.
Le paysan saisit sa hache , Et pour le servir en ami , Le gaillard ne fit pas les choses à-demi.
11 n'avait pas fini sa tâche ,
Que le jeune arbre triomphant De tous côtés se vit une libre carrière ;
Mais il reconnut , l'imprudent , Que son triomphe , hélas ! n'était qu'une chimère ; Il devint le jouet de tous les élémens.
Les ardeurs du soleil , ou la pluie ou la grêle Lui livrent tour-à-tour quelque attaque nouvelle.
Victime enfin de la fureur des vents , 11 succombe. — Insensé , toi seul de la disgrâce,
Fus cause , lui dit un serpent , Pourquoi t'es-tu défait de l'abri bienfaisant Où, pour croître, le ciel avait mai que ta place ? Là , pouvant affronter le soleil et le vent,
Des arbres l'utile vieillesse Aurait dates rameaux protégé la jeunesse ; Et lorsque, succombant sous la charge des ans,
Et l'inflexible faux du Tems , A ton tour, ils t'auraient enfin cédé l'empire ,
Ta vigueur aurait pu suffire A braver les dangers , et l'assaut violent , Sous lequel aujourd'hui ton imprudence expire, N'aurait fait contre toi qu'un elîbrt impuissant.
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c f§3rocfict, fc GjSyjqtte, et l'c>£cr<t>Use
Dans toute association L'accord sera toujours la chose essentielle;
Sans lui Ton ne fait rien de bon; Le travail devient nul , et la peine réelle.
Un jour , le cygne et le brochet De concert avec Fécre visse ,
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Forment le bizarre projet
D'essayer des chevaux l'office ; D'un chariot charge notre triumvirat
A l'instant se fait l'attelage , Puis , le voilà tirant , haletant , tout en nage;
C'était un travail de forçat ; Le chariot cependant tenait ferme ,
Et ne bougeait pas plus qu'un terme.
La charge n'eût été qu'un très léger fardeau ; Mais chacun prétendait tirer à sa manière , Le cygne dans les airs , l'écrevisse en arrière,
Et le brochet dans l'eau.
De dire à qui le tort , j'aurais mauvaise grâce , Pourtant le chariot est encore à sa place.
Un seigneur possédait un chien , Qui sans cesse faisait des siennes.
Pourtant il ne manquait de rien , Mais il lui fallait des aubaines.
Tout autre 7 heureux d'un pareil sort,
De penser même au vol n'aurait pas eu le tort ;
La rapine en ce chien était une manie. Viande , volaille , il escamotait tout.
En vain son maître le châtie , 11 n'en peut pas venir à bout.
Pour remédier à la chose , Enfin du maître un des amis En voulut prendre fait et cause , Et lui donner un bon avis.
—Ecoute , mon ami , tu parais bien sévère ;
A voler cependant c'est toi qui Tas appris ; Pourquoi du vol qu'il a commis Le laisses-tu propriétaire ?
Je te conseille donc de le moins étriller ;
Mais du larcin toujours tu dois le dépouiller.
De ce sage conseil l'utile expérience
Corrigea notre chien de son extravagance.
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Un certain égrillard , d'une vaste maison
lit emplette. Elle était un tant soit peu gothique,
Mais du reste elle était unique.
Il pouvait se vanter de l'acquisition.
Très solide et bien disposée , Tout lui plaisait en sa maison.
D'un côté seul elle était déprisée ; On la trouvait un peu trop loin de l'eau. -~On remédie à tout , quand on a du cerveau ,
Dit ]e nouveau propriétaire,
Cet article pour moi n'est rien.
IVe suis-je pas le maître de mon bien ?
Des machines vers la rivière Vont , comme sur les bras , transporter ma maison.
( Il avait pour la mécanique
Une très forte passion ,
Quoiqu'en son genre très comique. )
—La maison en ses fondemens , Se dit-il, de la terre étant débarrassée ,
A l'aide de bons cabestans , iSera sur des patins bien aisément placée ,
Et dès-lors qui m'empêchera De la faire «lisser où bon me semblera. J'ai, de plus, un projet fort extraordinaire : Le jour où ma maison gagnera la rivière y
Je veux à mes meilleurs amis
Y donner un festin de noce ; Qu'au son de lamusique y à table bien assis , Nous soyons transportés , comme dans un carrosse. Brûlant d'exécuter son projet insensé , Par notre homme aussitôt l'ouvrage est commencé. De nombreux ouvriers l'active intelligence De tous ses fondemens dégage la maison. Le mécanicien , dans son impatience , Prodigue la besogne et l'argent à foison ; Mais d'Àrchimède, hélas ! le génie eut beau faire,
En dépit de ses cabestans ,
Il vit ses efforts impuissans , Et la maison enfin s'écrouler toute entière.
Hélas ! parmi nous que de gens ]Ve montrent pas moins de sottise !
Dans une plus folle entreprise On les voit souvent s'engager , Courant en cor plus de danger.
fgUnj) et ia glivlcrc.
De fatigue , ma sœur , tu dois être rendue ,
Disait à la rivière , un étang son voisin ;
Sur tes flots chaque fois que l'on jette la vue,
On les voit à couler se tourmenter sans fin.
De quels fardeaux , de plus , n'es-tu pas surchargée!
Que de hâtimens , de radeaux ,
De trains-de-bois et de bateaux !
Encor ici la liste en est bien abrégée ,
Car que serait-ce , dis-moi donc , Des canots , des esquifs , des barques , des nacelles ?
Ma foi! le compte en serait long,
Je n'aime pas les kyrielles.
D'un tel martyre enfin quand verras-tu le bout ?
Moi, j'en sécherais de dégoût ;
Bien plus douce est ma destinée :
Je ne suis pas , d'accord , très distingué ; Sur la carte , il est vrai , ma place est très bornée,
là n'en suis pafl bien intrigué ;
Un rimailleur sur moi ne fera pas de phrases ; Tout cela , comme on dit , est graine de niais.
Je suis heureux à moins de frais , Et mon bonheur, à moi, gît sur bien d'autres bases ; Mon eau repose mollement Dans la plus tranquille inertie ; De ses bords Ja vase amollie D'un Sybarite absolument M'offre les roses et la vie; Mon onde est toujours libre , et jamais un bateau De son poids ne pesa sur elle ; Même elle ignore le fardeau De la plus légère nacelle.
C'est tout au plus si le zéphyr D'une feuille, parfois , vient rider sa surface.
Après cela , dis-moi, de grâce , Est-il plus douce vie et peut-on mieux choisir?
Dans une sage rêverie , Que j'aime , garanti des vents de tous côtés , A philosopher sur la vie , Sur le monde et ses vanités !
— Mais en philosophant , lui répond la rivière ,
As-tu quelquefois réfléchi Qu'à l'eau le mouvement fut toujours nécessaire ? Ignores-tu donc que sans lui, Sans ce mouvement salutaire , Elle perd toute sa fraîcheur?
Si je puis me flatter , moi , de quelque faveur,
Et si mon nom est en honneur, Certes , c'est à lui seul que j'en dois l'avantage ;
De mes eaux je lui dois tonte la pureté ,
L'abondance et l'utilité.
S'il faut t'en dire davantage ,
Apprends toute la vérité :
(/est lui qui m'assure la gloire ; Et des siècles encor mes ondes couleront, Que des tiennes , déjà dans un oubli profond ,
On aura perdu la mémoire.
Et c'est ce qu'on vit arriver ; De son sort en effet , il ne put se sauver. Avec le même éclat coule encor la rivière ,
Tandis que l'étang, au contraire , Du plus impur limon chaque année encombré, Bientôt sous les roseaux et la fange enterré ,
Termina sa triste carrière.
C'est ainsi que sans gloire et sans utilité , Le talent quelquefois croupit dans la mollesse, Et le défaut d'activité L'étouffé au sein de la paresse.
f ^V a G i i b c £g|~ unnot.
Jetnnot vit son habit aux deux coudes percé ;
Il s'arme de ciseaux , il saisit une aiguille ,
Taille de chaque manche un quart . . . pure vétille '
Et voilà son habit aussitôt rapièce.
Il en avait les bras plus nuds d'un quart ctarchine (3) ;
Le grand mal à cela ? Mais quand on l'examine ,
On ne peut s'empêcher de lui pouffer au nez.
— Eh bien , pense Jeannot, nous croit-on si bornés?
Mes manches semblent singulières !
À cela le remède est facile à porter , Et j'en aurai , pour peu que j'y veuille ajouter,
De plus longues que les premières.
Mon Jeannot n'était pas un nigaud aux lisières. Aussitôt le rusé vous fait un abatis Aux pans de son habit , il taille dans les plis ; D'en rallonger au mieux ses manches il s'emploie ; Enfin notre génie, au comble delà joie , Crut avoir fait merveille en cousant ces débris. Yoilà Jeannot heureux; quoiqu'il portât du reste Un habit devenu bien plus court que sa veste.
Ainsi , quel est parfois le lot De maint seigneur qui croit rétablir sa fortune ? C'est d'être le jouet d'une erreur trop commune, Et de se pavaner sous l'habit de Jeannot.
Mk
W?* ;f^| t lia (j coi i cf fe ^grijAnJ
Un villageois , qui moulait sa maison , Fait à la foire , un jour , l'emplette d'une vache , Et pour traire son lait , il y joint un trairon \ ( Ce vase-là n'a pas d'autre nom que je sache. ) Tranquillement chez lui notre homme retournait
Par une route de traverse , Au risque cependant qu'un faux-pas le renverse ;
Jl passe une vaste foret, Et voilà qu'un brigand à nu le dévalise. 11 pleure , il se désole. — Ah bon Dieu , lui dit- il ,
Tu m'as réduit à la chemise !
A détrousser son homme , on n'est pas plus subtil. Pour cette vache , hélas ! loute une année entière
J'avais épargné mon argent :
Pourcjuoi faut-il donc qu'un brigand
En devienne propriétaire ?
Mais touché de compassion , Eh bien , dit le voleur, j'y fais réflexion , Je n'aurai pas besoin , je pense, de la traire, Ne pleine pas , tu peu\ reprendre ton trairon.