‹ Fables de m. J. KrylofChapitre 11 sur 21 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

ÉflD

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DéJfcat ornement d'un très riche -salon,

Sur la fenêtre , un jour , des fleurs artificielles

Balançaient fièrement leur îifîre de laiton ,

À côté de fleurs naturelles.

Dans leurs vases dorés leur vaine ambition Etalait leurs beautés à l'admira lion.

Bientôt quelques gouttes de pluie

Viennent ternir leur taffetas ,

Et contre cette perfidie , Les fleurs à Jupiter , qui ne les entend pas , Adressent les accens d'une douleur amère ; Le priant , s'il se peut , de mettre un terme au cours

De cette pluie , à leurs vœux si contraire , Et si peu favorable à des fleurs de velours. Leur dépit la maudit , leur orgueil l'injurie.

— O Jupiter ; maître des cieux, Dirent-elles, à quoi peut donc servir la pluie?

Est-il rien de plus odieux ?

Par elle dans la rue il n'est plus de passage ; La fange et les ruisseaux , voilà tout son ouvrage ; Mais Jupiter fut sourd à leur vaine clameur , Et la pluie à son aise arrosant la contrée ,

Du jour dissipa la chaleur,

Dans l'air répandit la fraicheur ,

l'A la nature restaurée ,

Offrant aux yeux le doux tableau

De la plus riante verdure ,

Sembla renaître de nouveau.

.Renaissant avec la nature ,

Sur leur fenêtre même on vit ,

Comme par un effet subit ,

De nouveau les fleurs naturelles Reprendre leur faîcheur et des grâces nouvelles ;

Mais les autres , dès cet instant , De leur fastueux vase inutile ornement , Perdant de leurs attraits l'éphémère imposture, Se virent rejeter comme une vile ordure.

Aux propos des censeurs toujours indifférent , Te vrai talent pardonne à Ja critique ,

Car envers sa beauté que peut l'humeur caustique ? Sans crainte il la doit affronter.

Ses attaques , pour lui , ne sont jamais mur (elles ; Si la pluie est à redouter, Ce n'est qu'aux (leurs artificielles.

vieux

Eh bonjour , mon ami , <l*où vit ns-lu donc ainsi ? -Moi? je tient du Musée , où j'ai rodé trois heures,

Ml

Et de mes jours vraiment n'en passai de meilleures. J'ai tout vu , tout bien vu ; j'en élais ébaubi. De te conter cela je n'aurais pas la force,

Et, qui plus est, même l'esprit.

Vrai, pour les curieux c'est une belle amorce. Dans ses inventions , mon cher, sans contredit,

La nature est ingénieuse.

Non, d'honneur, je n'en reviens pas.

D'aller voir tout cela ridée était heureuse.

De merveilles c'est un amas :

Insectes , papillons , mouches , bêtes sauvages , Chenilles , pucerons , oiseaux de tous plumages ; Quelles couleurs ! ce sont des coraux , des rubis ! Les plus beaux selon moi , ce sont les plus petits.

Il faudrait voir les coquillages !

Rien n'y manque vraiment ; les cirons sont parfaits.

J'en ai vu là , je le l'assure , Oui n'étaient pas plus gros....or7 je ne mens jamais !.. Qu'une pointe d'épingle ; ah ! la chose est très sûre. — Et l'éléphant , l'as-tu pour le moins aperçu ? Comment l'as-tu trouvé ? comme une tour, je jure, —L'éléphant? là? — Mais oui.— Ma foi, si je l'ai vu,

Je veux , mon cher , être pendu.

njmrttu,

A quelque arrangement voulez-vous procéder , Si l'affaire est remise à gens sans conscience,

Soyez sûr que leur manigance

A leur gré saura l'éluder, Pour disposer le tout selon leur convenauce.

Près du lion un loup jadis

Osa solliciter la place D'intendant-général de toutes les brebis ,

Et pour s'assurer de la grâce,

Par sou compère le renard ,

A l'oreille de la lionne ,

Qu'il savait obligeante et bonne ,

Adroitement notre cafard Fit souiller quelques mots ; mais comme dans le monde

On disait partout à la ronde , Pis que pendre des loups , alors sa majesté , Four bannir tout soupçon de partialité ,

Fil publier une ordonnance ,

Par laquelle les animaux ,

Tous et sans nulle différence, Eussent a s'assembler en états- généraux ,

Pour que chacun en conscience, Sur le loup déclarât et le bien et le mal

Ou il avail à >a connaissance.

L'ordre est exécuté ; l'appel est général ; Et comme il se pratique en toute monarchie ,

On voulut pour aller aux voix ,

Suivre de la hiérarchie ,

A la rigueur , toutes les lois ; Mais qui l'eût cru ? pour la première fois On garda sur le loup le plus profond silence ;

Le candidat eut l'intendance.

Et que firent donc les brebis , Direz-vous ? tout leur corps y fut sans doute admis ? Pas du tout ; les brebis y furent oubliées ; Les premières pourtant , (du moins c'est mon avis , ) Les brebis devaient être aux états conviées.

^a ^^tffageoU et (a @g)Ct*^<?nf.

Dans la maison d'un villageois Un serpent vint , un jour , demander un asyle.

Non pas , lui dit-il , toutefois , .Pour y demeurer inutile ;

Mais son zèle auprès des enfans S'offrait de prodiguer les soins les plus constans.

— Rien n'est meilleur, dit l'hypocrite,

Que le pain que l'on a gagné !

Je sais que parmi vous , notre race est maudite ;

Aucun serpent n'est épargné.

Ils ont tous , dites-vous , un méchant caractère ;

On assure depuis long-tems,

Qu'aux plus doux sentimens leur âme est étrangère, Qu'ils sont mauvais amis , et plus mauvais parens ;

Qu'ils mangent même leurs enfans ; Enfin qu'ils sont ingrats ; tout cela peut bien être ;

Mais à ce portrait peu flatteur ,

Je ne saurais me reconnaître.

J'eus toujours le mal en horreur ; Dans aucun tems je n'ai su le commettre ,

Et loin d'avoir à reprocher

A mon dard la moindre piqûre ,

Je me le ferais arracher ,

Bien volontiers , je te le jure ,

Sans balancer , dès aujourd'hui ,

Si je pouvais vivre sans lui.

Bief, je puis protester une chose bien sûre, C'est que tu vois en moi le meilleur des serpens ; Ainsi juge combien j'aimerai tes enfans ! — Quand lu ne me dirais que la vérité pure , Je ne pourrais encor te recevoir chez moi , Répond le paysan ; d'un exemple semblable Je craindrais l'influence ; et voici le pourquoi : Après un bon serpent , il est plus que probable Qu'il afïlûrait chez nous des milliers de serpens ,

Qui dévoreraient nos enfans.

I ne raison encor te rend inacceptable ; Les meilleurs des serpens ne valent pas le diable. Après cl- compliment , Je reptile s'en l'ut.

De ce récit , païens , comprenez-vous le but?

Qg? e ©3 (t H 5 0 H n.

Chacun de nous a son talent ;

Mais il arrive bien souvent

Qu'aveuglé par son amour-propre

Dont on devrait se méfier ,

On veut se mêler d'un métier

Auquel on ne peut être propre ;

Mais voici mon conseil à moi :

Voulez-vous toujours voir la réussite sûre?

Ne vous chargez que de l'emploi Pour lequel aurait pu vous créer la nature.

Un sansonnet

Avait , dès sa plus tendre enfance , Appris à répéter , sans nulle différence,

Les accens d'un chardonneret.

On l'eût cru né de lui , sitôt qu'on l'entendait , Et toute la forêt en était enchantée.

C'était une admiration.

De tout autre l'ambition D'un talent si flatteur se serait contentée ; Mais un jour il entend , du chantre harmonieux Qui charme les forêts , faire un pompeux éloge. La jalousie hélas ! ce défaut odieux , Dans le cœur des oiseaux, comme au nôtre se loge.

— Attendez , mes amis , dit alors l'envieux , Je puis bien imiter les sons mélodieux De votre rossignol , peut-être faire mieux. Aussitôt , sans se faire attendre , Notre jaloux se fait entendre ; Mais il chante tout de travers, I) fausse, il écorche , il criaille, Et des sons les plus durs sans pitié vous tenaille , En un mot il fait fuir les habitans des airs. Eh bien, quas-tu gagné par cette impertinence,

Hélas ! mon pauvre sansonnet ?

]NTe valait-il pas mieux de ton chardonneret Imiter savamment les sons et la cadence,

Sans dévoiler ton ignorance Dans un art pour lequel jamais tu ne fus fait.

r^ncenbie et fc Spiamant.

Une étincelle avait produit un incendie ;

Des flammes la rapidité , Dissipant de la nuit l'affreuse obscurité ,

Dévorait tout dans sa furie, Et répandait au lointain la terreur.

Un diamant perdu , traînant dans la poussière,

Non loin de là , jetait une faible lueur. Le feu lui dit : hélas ! de ta lumière ,

Auprès de mon éclat, vois quelle est la misère ? Un œil bien exercé , pauvre et chétif joyau, Te pourrait seul distinguer , à distance , D'un simple verre, ou d'une goutte d'eau

Que j'éclaire par ma présence , Ou que ferait briller un rayon du soleil. Par exemple , vit-on jamais rien de pareil ? Un lambeau de ruban , enfin la moindre ebose Qui viendrait te couvrir , te porterait malheur. Il ne faut qu'un cheveu pour masquer ta lueur ,

A tes feux sans peine on s'oppose ; Mais qu'un bâtiment soit en proie à ma fureur, D'éclipser mon éclat il n'est pas si facile , Tous les efforts de Tbomme excitent mon mépris , Et toujours contre moi leur audace est stérile. La terre sous mes pas se couvre de débris. Vois avec quel fracas je dévore et ravage

Ce que rencontre mon passage.

Aux nuages mes feux vont prêter leur couleur, S'y jouer , et porter en tous lieux la terreur. — De briller comme toi si je n'ai l'avantage >

Répond alors le diamant , A personne mes feux ne causent de dommage , D'aucun malheur du moins je ne suis l'instrument , Et , cet éclat , qu'en moi ton orgueil déprécie ,

Ne déplait qu'à la jalousie.

Tu ne brilles qu'en dévastant ; Pour tétouffer, tu sais que la prudence humaine Réunit ses efforts ; vois son empressement. Plus tu jettes d'éclat, plus ta fin est prochaine.

Du peuple en ce moment l'innombrable concours En peu de tems du feu sut arrêter le cours. Bientôt il ne resta de sa rage infernale Qu'une infecte fumée et qu'en vain il exhale ; Mais , trouvé par hasard , le riche diamant ,

De la couronne impériale

Devint le plus bel ornement.

^** j^iffai) < o i s il fit G§^ivtcr'<.

Au retour du printems , les petites rivières ,

Les grands et les moindres ruisseaux

Portaient , en déchaînant leurs eaux ,

Le ravage au milieu des terres.

Désespérés , les paysans Aufleuve,où ces ruisseaux avaient tous leur décharge, Veulent aller se plaindre , et sans ménagcmens Nombrer tous les griefs qu'ils savaient à leur charge.

Par malheur on n'en manquait pas :

Dans son germe par eux la moisson de l'année

Etait sans pitié* ruinée.

Us noyaient le hélai I et jetaient tout à-bas , Sons les moulins la terre était minée

Et les hatiincns enlevés.

Le compte du dommage était incalculable ;

— Mais nous allons en être préservés ,

Disaient les villageois ; ce fleuve respectable ,

Bien qu'un peu fier de sa grandeur,

Roule ses flots avec douceur.

Sur ses fertiles bords que d'opulentes villes , A l'abri des dégâts, sont heureuses, tranquilles ! Allonc donc, mes amis ; sans le moindre pardon, Le fleuve va, pour sûr, les mettre à la raison.

La troupe aussitôt vers la rive ,

Pleine d'espoir , guide ses pas.

Enfin à son but elle arrive ;

Mais voici bien un autre cas:

Les bonnes gens à peine abordant la rivière , La trouvent chariant la moitié de leur bien,

Et sans vouloir se plaindre en vain,

De leur espérance dernière

Dans un silencieux chagrin , Leurs yeux suivent sur Teau l'irréparable perte ; Et puis , frappé de cette découverte ,

On se regarde tour- à- tour, On chuchote , l'on fait un mouvement de tête ,

Et l'on finit par la retraite.

Ainsi l'oppression est à l'ordre du jour ,

Et contre tes petits il n'est pas de justice ,

Lorsque dans le partage un grand est leur complice.

©^ * ^on oïl i n * r &•

Atteinte par le plomb d'un perfide chasseur, Un beau jour duprinteins , périt une fauvette;

Encor passe si la pauvrette Seule eût été victime du malheur

Qui frappa toute une famille ; Mais non , un coup y fit trois orphelins.

A peine hors de leur coquille, Faibles, simples, en proie aux plus affreux destins,

C'est en vain que dans leur misère , Par de plaintifs accens , ils réclamaient leur mère , De la faim , de la soif éprouvant le tourment.

— Ace spectacle déchirant, 11 faudrait , je l'avoue , avoir l'âme bien dure ,

Pour demeurer indifférent ,

Dit un renard , qui , d'aventure

Sous le nid de ces malheureux

Etait assis sur une pierre.

INaurez-vous donc pas pitié d'eux , Disait-il aux oiseaux ; écoutez ma prière :

De chacun de vous un seul grain

Suffirait pour calmer leur faim.

Vous pourriez leur sauver la vie, Si chacun d'une paille allait tresser leur nid ;

Oui, (userait une œuvre pie.

S'adressant au coucou , notre orateur lui dit : Toi , paresseux coucou, tu vois que par la mue Tes plumes sont du vent l'inutile jouet , Fais-toi les arracher , alors sur le duvet Cette nichée ici , que tu vois toute nue , Se trouverait couchée ; aussi bien sans profit Egalement la perte en serait toujours faite ,

Donne-les donc plutôt au nid.

Et toi , fille des champs , sémillante alouette ,

Qui t'égosilles sous les cieux ,

Y folâtrant de cent manières ,

Ne ferais- tu pas beaucoup mieux

D'aller chercher dans les jachères

Ou dans les prés , ou dans les champs Pour ces infortunés d'utiles alimens ?

Toi , pendant tout le jour , plaintive tourterelle,

Que fais-tu près de tes enfans ?

Ils n'ont plus besoin de ton zèle,

Tu vois qu'ils sont bien assez grands.

Pour se pourvoir ils peuvent se suffire ,

Qu'est-il besoin de les instruire?

Crois-moi , quitte vite ton nid ,

Où la tendresse n'a que faire , Et rends à ces petits une seconde mère ;

Laisse celui qui nous nourrit

A tes enfans servir de père.

Toi , sensible Progné , qu'on aime avec raison ,

Que la bonté caractérise ,

De quelque tendre moucheron

Qu'ils te doivent la friandise.

Et Loi , par tes accens , par les accords divins,

Harmonieuse Philomèle ,

Au sommeil de ces orphelins Tu pourrais ajouter une douceur nouvelle ; Et le malheur bercé par un léger zéphyr , Dans un heureux oubli , se pourrait endormir.

De la perte la plus cruelle

Ces innocens dédommagés,

Se croiraient eucor protégés

Par la tendresse maternelle.

Croyez-moi, mes amis, prouvons que dans les bois Il est de très bons cœurs , et que.. .dans la minute Par la faim à laquelle ils se trouvent en butte Les petits agités du nid tombent tous trois.

Que fit alors notre compère?

Il les croqua , sans plus de commentaire.

C'était agir en bon chrétien !

Il ne faut pas , lecteur , que cela vous étonue. Le zélateur du bien le fait et ne dit rien.

S'il donne , c'est toujours du sien ,

Et n'exige rien de personne.

De tel sur cet article on est abasourdi , Qui n'exerce le bien qu'aux seuls dépens d'autrui.

Toujours généreux eo paroles, 11 ne donnerait pas seulement deux oboles;

Et que de gens , à cet égard , Sont malheureusement parens de mon renard.

Un roi jadis doutant de l'efficacité

De l'étude et des connaissances , Ne sachant trop si les sciences , Loin d'être à ses sujets de quelque utilité , Ne les exposaient pas à de funestes chances,

Et si du savoir les trésors N'affaiblissaient plutôt et l'esprit et le corps , Pour résoudre à la fin cet étrange problême ,

Il se demandait à lui-même , S'il ne ferait pas mieux de purger ses états Des savans , dont peut-être on faisait trop de cas ; Mais ce prince , honorant le sceptre et la couronne , Offrait à ses sujets un père sur le trône. 11 ne songeait qu'à leur bonheur , Et ne faisant rien par caprice , La partialité n'entrait pas dans son coeur,

Sanctuaire de la justice.

Qu'à tous les peuples Dieu donne un prince pareil ! Ce monarque fit doue convoquer un conseil , Où , chacun , en frais d'éloquence Sans perdre un trop précieux tems , Mais d'accord avec le bon sens, Surtout avec la conscience , Par un oui simple , ou par un non

Donnerait son opinion ;

Savoir : si d'abord de l'empire

Les savans devaient s'exporter ,

Ou bien s'iJs y devaient rester.

Cependant le conseil ne savait trop que dire.

Celui-ci parlant d'après soi ,

1 /autre d'après son secrétaire, On finit d'autant plus par embrouiller l'affaire , Et sans lever en rien le doute du bon roi. L'un disait : l'ignorance , hélas ! n'est que ténèbres,

Et Dieu n'eût pas de notre esprit

Ecarté les voiles funèbres , Dont la stupidité naguère le couvrit , 11 n'eût pas à nos yeux découvert ses merveilles ,

Si sa rigueur avait voulu Que de ses facultés quand l'homme fut pourvu , A celles de la brute elles fussent pareilles.

Ainsi l'on ne saurait douter Qu'au bonheur le savoir ne peut que nous porter. D'autres disaient : non , jamais la science

Ne rendit les hommes meilleurs ;

Au contraire , son influence

]Ne sert qu'à corrompre les mœurs.

La science est absurde, et c'est à la scieuce

Que de maint empire puissant,

Autrefois riche et florissant , On doit attribuer la prompte décadence.

Brefj de l'un et l'autre côté

On raisonne , Ton déraisonne , On écrit , on cent, et l'objet agite

ISe fut résolu par personne.

Le prince alors fît encor plus :

Il ordonne qu'une assemblée

Des esprits les plus entendus Juge la question , qu'on avait embrouillée :

Mais , bêlas ! ce fut encor pis.

C'étaient pourtant des érudits.

Ces messieurs , recevant du roi d'exceJJens gages. Trouvaient , ( et cela peut se comprendre aisément, ) A n'être pas d'accord de très grands avantages. On les verrait encor chamailler à présent ,

Pour peu qu'on les eût laissé faire ,

Et toucher leurs émolumens ; Par bonheur sur le fisc le prince était sévère;

Il fit , sans plus de complimens ,

Sans nul retard et sans mystère , Fermer le parlement. Un jour il arriva Que le prince , occupé de la même pensée ,

Seul à la chasse s'en alla.

Sa majesté , s'étant dans un bois enfoncée ,

Y fit la rencontre , soudain , D'un ermite tenant un gros livre à la main. Son maintien noble , ouvert i sa barbe vénérable ,

De son regard la dignité ,

De son air la sérénité , Tout en lui décelait un vieillard respectable. Sur son front on voyait , dans de nombreux sillons, Les ravages du tems et l'empreinte sacrée

De longues méditations ; C'était de la vertu l'image révérée.

Le monarque daigna converser avec lui ,

Et lui trouvant de vastes connaissances , Pour Je prince aussitôt un nouveau jour a lui

Sur Je probJême des sciences.

11 lui propose donc avec affection

De résoudre la question.

— Auguste souverain , lui répondit le sage , Permets que par devant ta hante majesté D'un apologue simple ici je fasse usage , Pour t'exposer sans art , avec sincérité, Ma façon de penser , fruit de l'expérience. Alors , après avoir un instant médité ,

En ces mots l'ermite commence :

Sur les bords orageux de l'indien Océan , Un vieux pécheur avait autrefois sa demeure; La misère bientôt hâta sa dernière heure ; De travail ses trois fils se font un nouveau plan. A la pêche ils devaient une triste existence, Et le pain paternel pour eux était amer ; Ne pouvant du métier vaincre la répugnance , Us voulurent chercher dans le sein de la mer ,

Croyant acquérir plus d'aisance ,

Des perles au lieu de poisson.

Pour mettre l'Océan à contribution , Croyant qu'ils possédaient tout les talens suprêmes, fCar ils savaient nager , Savaient même plonger ; ) Ht veulent percevoir le tribul par eux-mêmes* Cependant chacun eut un son bien différent

Le premier était nonchalant.

I] errait le long du rivage ,

Et craignait même que ses pieds

Par Jes eaux ne fussent mouillés ; Les flots devaient pour lui faire tout son ouvrage ,

Et c'est d'eux seuls qu'il attendait Les perles que leur cours sous ses yeux jetterait.

Donc , croupissant dans la paresse , Le premier de ces fils languit dans la détresse. Le second, au contraire, actif, laborieux, Sur les bords de la mer plongeant avec prudence, De perles sut pêcher un amas précieux

Qui le mirent dans l'opulence.

Mais le troisième fils , avide de trésors , Se mit à raisonner de la sorte en lui-même : Quoiqu'on puisse trouver des perles sur les bords,

Cependant quel bonheur extrême, Si jusqu'au fond des eaux je pouvais parvenir ! Qui sait que de trésors la mer peut contenir ? Peut-être y trouve-t-on d'innombrables richesses,

Perle, corail, rubis, saphir, Même des diamants de toutes les espèces.

On n'aurait peut-être en effet Qu'à se baisser , comme on dit , et qu'à prendre. Et l'avide insensé , charmé de ce projet , Jusqu'au fond de la mer aussitôt veut se rendre ;

11 va chercher la profondeur Le plus propre à répondre à l'ardeur qui l'anime , Et plein d'espoir , l'intrépide plongeur

Se précipite dans l'abyme ;

Mais , hélas ! la cupidité

Uft

De cet ambitieux fut aussitôt punie :

Jusqu'au fond sans avoir été ;

Dans In mer il perdit la vie. — Les sciences , grand prince , à tes sujets heureux , Certes , peuvent offrir de nombreux avantages ; Mais , roi , c'est une mer où les audacieux Vont chercher bien souvent de terribles naufrages , Et de plus, on les voit après eux entraîner Tous ceux qui sur leurs pas voudraient s'abandonner

Fin nu livre quatrième.

FABLES

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