‹ Fables de m. J. KrylofChapitre 12 sur 21 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Nous rejetons souvent nos fautes sur autrui. Que de fois on nous entend dire :

Je n'aurais pas pense' d'agir ainsi sans lui , Et si Ton n'a de qui médire y On accuse , au défaut d'humains ,

Quoiqu'il n'y soit pour rien, l'un des esprits malins,

De cette vérité je cite un trait sur mille.

Certain Brahme de l'Orient Pour sa religion d'un zèle très ardent Se piquait ; ( en parole , et la chose est facile , )

Sa conduite le démentait.

IJ faut donc que l'hypocrisie , Chez Jes brahmes aussi ? soit connue en Asie ! Mais , sans nous écarter , allons tout droit au fait.

Notre homme dans sa confrérie , Pour son relâchement se voyait seul cité ; Mais les autres vivaient en toute sainteté. Une chose surtout déplaisait au confrère , C'est que son Révérend était d'humeur sévère. Mai heur à qui voudrait frauder le Règlement ! Notre Brahme pourtant ne perd pas le courage. Un jour maigre survient ; sans remords, le faux- sage

Dit , faisant le mauvais plaisant :

Du maigre , mon ami , ma bonté te dispense. 11 se procure un oeuf, attend jusqu'à minuit,

Puis, à son titre en diligence Allume sa chandelle , y tient l'œuf et l'y cuit , Comme on ferait rôtir un poulet à la broche.

Le gourmand le couve des yeux , Il Je gobe en idée , et son zèle pieux

IV e s'en fait ombre de reproche.

Puis, parlant de son chef avec dérision : Tu ne m'y prendras pas, pour le coup, vieux barbon,

El malgré toi , sans crainte de surprise , De ce régal je vais goûter la friandise j

Mais voilà que dans ce moment

Le chef entre dans la cellule,

El sans faire de préambule ,

11 lui dit d'un ton menaçant :

—Qui te rend si hardi de pécher sans scrupule . —

I'a> moyen de nier sa mauvaise action.

Si par la négative il eût voulu répondre ,

La pièce de conviction

Se trouvait là pour le confondre.

La larme à l'œil , alors il dit :

— Au repentir le plus sincère

Pardonne, très révérend père,

L'erreur d'un énorme délit, Car j'ignore comment je pus aussi mal faire.

Hélas I quelque maudit démon

M'induisit en tentation.

Aussitôt de la cheminée S'élance un diablotin qui dit : ame damnée , IN'as-tu pas honte ainsi de nous calomnier ? De toi-même je viens d'apprendre le métier ; Pour la première fois , je vois , grâce à ton zèle , Comment on pouvait cuire un œuf à la chandelle.

Qj^xtrin ni fe !§&t3<0tt'

Sur un tarin avec grand bruit Un maudit trébuchet un jour se détendit. Le pauvre prisonnier s'y débat , s'y démène , Tandis qu'un pigeonneau se riait de sa peine :

—Se laisser prendre en plein-midi !

Ah , fi-donc ! mon petit ami ,

Dit-il, jamais, d'honneur! je n'eusse été si dupe

Pendant que le moqueur parlait , Je ne sais quoi le préoccupe ,

Et voilà que lui-même est pris dans un filet. Ce fut bien fait.

On ne saurait assez nous dire

Que du malheur d'autrui l'on ne doit jamais rire.

Le houblon dans un potager Commençait à pousser -, mais sa faiblesse cherche Un appui qui voulût, par bonté , s'en charger ; Il le trouve, et voilà qu'il assiège une perche. D'un jeune chêne dans un champ Tout auprès brillait le feuillage :

— A quoi peut servir ce manant , Aussi bien que son parent âge , Dit à la perche le houblon ?

Du corps quand tu n'aurais sur lui que l'avantage , Pourrait- il avec toi faire comparaison? N'en déplaise à son étalage, Le sien est loin d'être aussi droit.

Il a , c'est vrai , quelque feuillage ; Mais pour se pavaner e'est un bien faible droit ; Aussi, touchez son corps , est- il rien de plus rèehe ?

Sa couleur est un peu plus fraîche ; Mais l'oeil ne peut le soutenir.

A quoi pense la terre , en voulant le nourrir ? Une semaine au plus se passe , Que de ce houblon le bourgeois ?

Se trouvant en besoin de bois , Prend cette perche , et vous la casse ; Puis , bientôt dans son potager Il transplante le jeune chêne , Et le voit y pour prix de sa peine , De nouveaux bourgeons se charger ; Autour du chêne alors le houblon s'entortille , De plus , à le vanter chaque jour s'égosille.

C'est ainsi que procède ici-bas tout flatteur ;

En butte auxsotsdiscours, quand vous seriez des anges,

N'en attendez pas de louanges ,

Si vous n'avez pas de bonheur ; Vous trouveriez plutôt des roses en décembre 'f

Mais parvenez à la faveur, Il viendra le premier chez vous faire antichambre.

fl* iâoutU et te <§|<if.

Voisin , sais-tu l'excellente nouvelle , Au rat un jour vint dire la souris ?

— Non , dit le rat , et quelle est-elle ? — C'est que le chat enfin est pris.

Quelqu'un m'a très fort assurée Qu'hier , sur le déclin du jour , La griffe du lion s'en était emparée.

Reposons-nous à notre tour.

— Va , de te réjouir ce n'est pas trop la peine , Répond le rat , ton espérance est vaine. Des griffes s'il est question , C'en est fait , crois-moi , du lion ; Car la partie entre eux } certes , n'est pas égnle , .Sur tous les animaux le matou se signale.

De celui qui le fait trembler J'ai vu plus d'un poltron croire que tout le monde,

Ainsi que lui, devait parler, Tandis que rarement dans son sens ou abonde.

Quel bruit ! mais peut-on rien de plus impertinent !

Disait , voyant tomber la pluie , Une pierre gisant certain jour en un champ. — D'où vient qu'on l'attendait autant que le Messie? A quoi bon tant de joie , et qu'a-t-elle donc fait ?

Une heure ou deux elle a fait du tapage ; Mais de moi qu'on s'informe, et du moins ou verrait î Que de siècles ici dont j'ai vu le passage ! Assidue à ma place , ah ! j'y suis toujours , moi, Immobile et modeste. En quel lieu qu'on me jette , J'y reste et m'y tiens coi

Dans une inaction complette.

Jamais d'un seul lemerciment

Iiécompensa-t^on mon service ?

Voilà du monde la justice !

A juste titre assurément ,

De la plus noire ingratitude On l'entend accuser ; je l'en accuse aussi.

Témoin de sa sollicitude :

—Cesse de murmurer ainsi , Et de juger autrui de te faire une étude >

Lui dit alors un vermisseau ; Si la pluie en effet fut de courte durée * Elle a rendu la vie à toute une contrée;

L'espoir du laboureur est l'effet de son eau ; Mais, toi, dans ce sillon tu n'es qu'un vain fardeau.

Avec tout autant de justice L'idiot fait sonner ses trente ans de service.

r^vgttr* inspecteur bcs ç^ucljes.

Au retour du printems, les animaux voulurent Sur les ruches nommer un fidèle inspecteur ; Qui le croirait jamais? ce fut l'ours qu'ils élurent. Certe ils auraient pu faire un choix beaucoup meilleur;

Ils connaissaient sa gourmandise ; Us le savaient très faible à la tentation ; M ais dans les animaux cherchez de la raison ! Mettre un ours près du miel n'est qu'une balourdise.

Tous ceux qui s'étaient présentés Par un refus bien net se voyant écartés , On fit tomber sur l'ours ce choix si dérisoire.

U arriva bientôt malheur,

Et la chose est aisée à croire ;

l^ans sa lanière l'inspecteur Emporta tout le miel : et la fraude connue, Jugez de la rumeur ! Dr l'insignfe voleur La mise en jpgemeni sitôt est résolue.

Du service d'abord exclus ,

Par ordonnance , au préalable ,

Dans sa caverne le coupable

Tout l'hiver doit rester reclus.

Après on procède aux enquêtes ,

Aux preuves de conviction ,

A mainte interrogation ,

Et quand les pièces furent prêtes , En forme Ton signa l'arrêt du criminel ; Mais on ne parla pas de reprendre le miel. L'ours , en son coin , de rien ne s'inquiète ;

Du monde il avait fait retraite ; . Dans sa tanière, chaudement , Bravant l'opinion , la bise et la gelée ,

Il suçait sa patte emmiellée , Et, bien tranquille au port, il attendait le vent-

S&~ c W&> t n a c et l <

Dans un miroir un singe en voyant son image , D'un léger coup de pied , pousse son voisin l'ours , Et tout en grimaçant , il lui tient ce langage : Compère , j'ai besoin ici de ton secours ;

Quelle est , dis-moi , cette mâchoire ? Le grimacier ! quels sauts ! quelles contorsions ! Vraiment , c'est une pièce à montrer à la foire !

JN'a-t-il pas des convulsions ?

De dépit , je crois que moi-même

A l'instant je m'étranglerais ,

Si j'avais la douleur extrême De ce vilain magot d'avoir les moindres traits. De ces figures , certe , il en est , je l'avoue f

Parmi les nôtres cinq à six,

Et c'est beaucoup ce que je dis ;

Mais aussi comme on les bafoue !

Je pourrais aisément , je crois,

Te les compter tous sur mes doigts.

— Ecoute donc , l'ami , répond l'autre , un ours aime A parler franc ; au lieu d'aller compter les tiens,

Tu ferais mieux , je le soutiens ,

De faire un retour sur toi-même ; Mais d'un avis un sot connaît-il le pouvoir !

Que d'exemples pareils dans le monde on peut voir -r

Personne dans une satire N'aime à se reconnaître , et je puis bien le dire , Je fus à même hier de m'en appercevoir ; On parlait de fripons , de leurs ruses secrètes ; 1) union à cet égard qui n'a pas les mains net les , lui tapinois pourtant , de l'air le plus malin , Du coin de l'œil , désignait son voisin.

fght Q^ousiu et fc Q^ercjer.

En ses chiens ayant mis tonte sa confiance ,

Un jour , un villageois à l'ombre s'endormit ;

De derrière un buisson , un serpent l'entrevit ;

Soudain vers l'imprudent , à longs plis , il s'avance.

De poison il avait déjà chargé son dard ,

C'en était fait de lui 3 quelques momens plus tard ;

Mais un cousin , par aventure ,

De notre dormeur prend pitié , Et , sans le ménager , lui fait une piqûre ; Par le rustre, à l'instant, frappé d'une main sûre ,

Le serpent est expédié.

En sursaut s'éveillant, notre homme, au préalable,

Dans l'état le plus pitoyable Avait mis le cousin , gisant à son côté y

Comme s'il n'eût jamais été.

C'est ce qu'on voit souvent arriver dans le monde ; Sur ses intentions le faible en vain se fonde ,

Pour ouvrir sur la vérité Les yeux à l'homme fort ; d'ingrats la terre abonde , Ainsi que ce cousin , il en sera traité.

|||e ^(j <?t>a fie r ^rrftnl.

Un quidam , à l'instar des anciens chevaliers , Voulut aller chercher les grandes aventures , Combattant , sans quartier , fantômes et sorciers, Redressant tous les torts , et vengeant les injures. Armé de pied-en-cap , au bas de l'escalier , 11 fait amener son coursier ; Mais avant de sauter en selle , Il crut devoir lui tenir ce discours : Ecoute-moi , coursier fidèle , Qu'anima toujours un beau zèle ; Je pars , à l'aventure cours Et les plaines et les montagnes , Et les forêts et les campagnes ; Ainsi nous l'ordonnent les lois De l'antique chevalerie.

Du temple de la gloire il faut que nos exploits Nous découvrent la route, eu dépit de l'envie ; Tu sauras , mon ami , justifier mon choix , El quand j'aurai bien chanté noise Aux ennemis du genre humain , Lorsque j'aurai reçu la main De quelque princesse chinoise ,

Et que de mon bras la valeur

Aura soumis quelques royaumes ,

Alors laissant là , de bon cœur y

Magiciens , esprits , fantômes , Je ne t'oublîrai pas , et je veux , mon ami ,

ïe faisant partager ma gloire,

Que dans les fastes de l'histoire

Au mien ton nom soit réuni.

Je prétends que ton écurie

Ait l'apparence d'un palais ,

Et que l'herbe d'une prairie

Toujours fraîche et toujours fleurie

Flatte le goût de ton palais.

Au lieu de cette triste aveine ,

Que pourtant tu connais à-peine ,

Car tu n'en eus presque jamais,

L'orge sera ta nourriture , Et l'hydromel ton unique boisson.

Don Quichotte , à ces mots , saute sur sa monture, Et sa main laisse aller la bride à l'aventure. Aussitôt son coursier , sans quitter la maison , Part , ainsi qu'un éclair , et sans cérémonie , Emporte son héros tout droit ... à l'écurie.

fg^omme et son (^). m lire.

De son ombre un enfant prétendait se saisir ;

Il fait deux pas vers elle , et l'ombre le devance ,

11 en fait un de plus , et moins il s'en avance ,

Enfin il se met à courir , Plus il court, plus son ombre à l'éviter s'empresse ; Et par sa résistance on eût dit d'un trésor. Le jeune espiègle alors veut user de finesse , Voilà qu'il se retourne, et vous prend son essor, Il regarde en arrière , et que voit-il ? sans cesse A courir après lui son ombre s'obstinait.

De ce genre il est plus d'un trait, Tendres beautés , que de fois , dans ma vie,

J'ai vu . . . quoi ? • • . qu'allez-vous penser ? Non , vrai , ce n'est pas vous que je veux dénoncer,

Mais la fortune. Observez, je vous prie , Qu'à la poursuivre tel perd sa peine et son tems,

Tandis qu'un autre qui l'évite , S'efTorçaut de marcher toujours en contre-sens , La voit se fatiguer d'autant plus à sa suite.

Un jour y dit-on , un villageois ,

Pour se bâtir une chaumière ,

Travaillant à tailler son bois , Trouve en défaut sa hache et se met en colère.

La hache , hélas ! n'avait pas tort , Et tout le mal gisait au travail du butor,

Qui sans sujet cherchait matière

A gourmander son instrument.

Coquine , lui dit- il , un jour, dorénavant

Je te relègue aux allumettes ; Mes affaires sans toi seront beaucoup mieux faites ;

Il ne faut qu'un peu de cerveau , Donc , avec mon savoir et mon adresse sache

Qu on fait plus avec un couteau ,

Que tel autre avec une hache.

Alors , du ton le plus soumis ,

La hache répond à ses cris :

—Maître, au travail pour toi mon sort est d'être prête

Ta sainte volonté soit faite ;

Je ne puis que la respecter.

Il te plaît de me rejeter ,

Te juger n'est pas mon affaire ;

Je rends justice à ton cerveau; Mais jamais avec un couteau Tu ne saurais taiJJer le bois d'une chaumière.

e Ki u a <| c,

D une pluie abondante infaillible présage,

Vers des champs desséchés s'avançait un nuage ;

11 passe , et le terrein brûlé par la chaleur,

Du moindre filet d'eau n'obtint pas la faveur ;

Mais bientôt dans la mer la chute de ses ondes

Fait retentir des flots les cavités profondes ;

A la montagne ensuite il vient , par vanité,

Exalter à l'excès sa générosité.

— Et quel bien as-tu fait , lui répond la montagne ?

Certes , aucun à mon avis ; Mais en versant tes eaux au sein de la campagne, De la famine alors tu sauvais un pays. Va ! sans toi, les poissons d'assez d'eau sont fournis.

Un homme , un chat , un chien avec certain faucon,

Un jour, se jurèrent, dit-on , D'une étroite amitié la durée éternelle, Et de mémoire d'homme , aucune liaison N'eût été plus sincère , et surtout plus fidèle.

Us avaient tous même maison ,

Et presque une table commune.

Par un serment les bons amis

S'étaient l'un à l'autre prorais De partager la bonne et mauvaise fortune.

Pour se défendre et s'entre aider,

Ils auraient une ardeur extrême.

L'un pour l'autre , plutôt que de jamais céder, De leur vie ils feraieut le sacrifice même.

Or , voilà que par un beau jour , Les alliés , livrés au plaisir de la chasse ,

Emportés loin de leur séjour, Fatigués , épuisés, au gibier faisant grâce, Font halte sur les bords d'un limpide ruisseau. Un chasseur en dort mieux, quand il est près de Peau,

Enfin chacun choisit sa place.; L'un couché , l'autre assis , on se livre au sommeil ;

Mais à peine endormis , on leur donne l'éveil. Voilà qu'un ours sorti d'une foret prochaine , Grognant, la gueule ouverte, arrive en tapinois. Le faucon prend son vol , et le chat fuit au bois. L'homme effrayé ne sait comment sortir de peine ; ( /eu était fait de lui ; mais le fidèle chien Entréprit sa défense, et s'en acquitta bien;

Furieux , écumant de rage , Ji enfonce sur Jours et la griffe et la dent.

Le danger même ajoute à son courage ; Froissé par la douleur , le monstre rugissant Fait pour saisir le chien un effort impuissant ; Le zélé défenseur se suspend à sa proie, Jusqu'aux os la déchire , et l'arrache et la broie ? Tous les deux combattaient dans l'écume et le sang ; Enfin notre héros ne quitta la partie , Que quand l'ours eut perdu les forces et la vie.

Et l'homme ? — Et l'homme ! dites-vous?

L'homme , mes amis , nous fit honte,

Car tandis que le chien affronte Pour lui mille dangers , on vit que parmi nous 11 peut s'en rencontrer qui n'ont pas l'avantage

D'avoir pour la fidélité Ni !.. même vei tu , ni le même courage ; L'homme avec son fusil s'était vite écarté.

De bouche il est aisé d'être très serv iablcs.

In paroles on trouve un grand nombre d'amis ;

Mais c'esl dans le besoin qu'on voit les véritables ; I ls sont ! .ires .1 mon a\ is.

J'ai vu plus d'un ingrat , à cet homme sembiabJe , Dans l'infortune aussi trahir son bienfaiteur, Comme on vit délaisser Je héros de ma fable, Et, de plus , ajouter l'outrage à son malheur.

@M (g^ton et U <§g^u|L

Pour son déjeûner un lion Dépeçait un agneau ; c'était son ordinaire.

Un jeune chien simple, espiègle et mignon Vers la table du sire approche sans mystère , S'agite , prend son tems , et soutire un morceau

De dessous la griffe royale.

Sans humeur le lion de ce jeune étourneau Souffre l'espièglerie ; elle eut élé fatale A tout autre qu'à lui. Voilà que certain loup

Qui fut témoin de cette affaire ,

Se met en tête tout-à-coup Que le lion , connu par son humeur altière ,

Ne se fut pas montré si doux ,

S'il eût possédé quelque force.

De conquérir sa part notre glouton jaloux ,

Vers l'agneau dont l'odeur l'amorce, Glisse la patte , et crac ! aussitôt du lion ,

JNotre imprudent devient la proie ;

Le roi des animaux le déchire et le broie ,

En ajoutant : c'est à tort , mon fripon,

Que le roquet te fit compter sur ma clémence 5

Son exemple , l'ami , ne peut être le tien ;

Je pardonne à son innocence ,

Mais tu n'es pas un petit chien.

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