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Dans les affaires que de gens
Se disent : j'aurai tout le tems.
C'est souvent une maladresse , Et qui le dit consulte , il le faut avouer ,
Moins, la raison que sa paresse.
Du tems jamais on ne doit se jouer.
Sitôt que l'on a quelque affaire ,
On doit la finir à Tins tant ;
Si le tems manque pour la faire , Qu'on s'accuse soi-même , et non l'événement.
D'un apologue , à ma manière ,
J'en vais prouver la vérité.
Armé de son fusil et de sa gibecière ,
Certain chasseur , par un beau jour d'été , Vers un bois se rendit , pour aller à la chasse ,
Suivi de son fidèle Hector.
A ses yeux , un bon chien était un vrai trésor ,
Et dans son cœur il avait place.
Quelqu'un , à la maison de charger son fusil
Lui donna le conseil utile ;
— Ah, bàh ! sottise, répond- il,
Ce serait un soin bien stérile ;
Le chemin du bois m'est connu ;
Je n'ai de ma vie appercu
Même un moineau sur cette route.
Avant que d'arriver au bois , 1] me faut toute une heure, et j'aurai bieu,sans Joule,
Le tems de le charger cent fois 5
Mais quoi ! notre chasseur à peine
Venait de quitter son séjour , Que la fortune eut Pair de lui jouer un tour.
A l'extrémité d'une plaine ,
Elle présente à ses regards , Scr jouant dans un lac, un troupeau de canards. Le chasseur aurait pu d'une demi-douzaine ,
En tirant un coup , s'enrichir ; Sa table était fournie au moins pour la semaine , S'il eût mis son fusil en état de servir.
La chose en valait fort la peine.
Bien vite , maintenant il veut y procéder ; Mais les canards , personne ne l'ignore , Sont lins , et du danger ils savent se garder.
[Votre homme travaillait encore À charger son fusil ; la troupe jette un cri ,
( C'est leur ordinaire consigne , ) Prend l'essor , (end les airs , y formant une ligne , Et bientôt disparaît. Le chasseur ébahi Dans le bois alla perdre et ses pas et ses peines.
Il n'v trouva pas un moineau.
Ses recherches v Eurent vaines.
Pour l'achever, survint i\\\ incident nouveau;
Le tems changea. Mon chasseur sur la brune, La gibecière vide , el trempé jusqu'aux os,
Revint à la maison, pestant mal-à- propos Non contre lai , mais contre la fortune.
M>< f^ctntonicr et U g§.<r.
Jouet infortuné cle la fureur des flots , Un navigateur fit naufrage ; II était gisant au rivage , Et par pitié , Morphée avait cle ses pavots Assoupi sa douleur ; mais lorsqu'à la lumière Avec regret le naufragé Ouvrit de nouveau la paupière -, A l'aspect du malheur où le sort Ta plongé , Il maudit l'océan : — oui , c'est toi , mer perfide , Dit-il en gémissant , toi, de nos maux avide , Qui causes tous les miens. Par un calme trompeur L'homme que tu séduis , devenant ta victime ,
Trop tard reconnaît son erreur , Combat en vain tes flots , et tombe clans l'abyme. Alors , s' avançant sur les eaux , Pour le détromper , Amphitrite Au triste nautonnier fait entendre ces mots : C'est à tort contre moi que le chagrin t'irrite \ Dans mon empire sans danger Toujours l'homme peut voyager.
De ses ilôts écumeux , soulevés par l'orage ,
Quand tu vois, en tremblant , les aLymcs ouverts , Des seuls enfaus d'Eole alors tu vois l'ouvrage. Par eux point de repos sur l'empire des mers ; A mon dire peut-être auras-tu peine à croire ; Mais veux-tu t'assurer qu'il u'a rien d'illusoire , Attends qu'Eole dorme, et lance tes vaisseaux , La terre alors sera moins calme que mes eaux.
Le conseil est fort bon ; mais tient de l'hyperbole A voiles pour voguer , que faire sans Eole ?
§|< ©iffa^oi* et U <§S*r.f«.*t
Un jour vers un bon villageois Un rusé de serpent , tout en rampant , s'avance : — Voisin , dit-il , vivons en bonne intelligence ; Tu n'as plus nul sujet , ainsi que tu le vois ,
D'avoir aucune défiance ; Je suis tout autre et doux comme un agneau ;
Ce printems j'ai changé de peau.
Le prudent villageois se saisit de sa hache, Et «lit : ta peau , voisin , est neuve , j'en conviens ; Mais ton cœur est le même, ei par conséquent: tiens
En même tems il lui détache
Un coup qui renvoie ad patres serpenl <jui croyait ici faire Jlores*
Quand une fois on a cause la méfiance , Aucun masque ne peut abuser la prudence ; Et Ton est en danger souvent D'éprouvé r le sort du serpent.
f§e fgion et te |§en<tr&.
Un renard , qui jamais n'avait vu de lion ,
En rencontre un , et crut perdre la vie , Tant il fut effrayé de l'apparition , Qui d'une autre bientôt fut encore suivie ;
Mais sur le renard cet aspect IN'opéra plus le même effet ; Le roi des animaux ]ui parut moins terrible ,
Et la troisième fois , dit-on ,
A la terreur inaccessible , Le renard entama la conversation , Tout étonné de voir le lion si paisible.
On se laisse effrayer souvent par des objets 7 Qui n'ont rien d'effrayant quand on les voit de
près
II exista jadis une fourmi , dit-on ,
D'uue force extraordinaire ,
Au point que jamais fourmilière N'en avait vu de telle en son giron.
Son historien vëridique
Dit qu'elle pouvait soulever Jusques à deux grains d'orge. Oli ! la chose est unique ! Pour le cœur son égal n'aurait pu se trouver.
S'il arrivait , par aventure , Qu'un faible vermisseau tombât sur son chemin ,
C'en e'tait fait de son des Lin ; L'infortuné devenait sa pâture ; Notre Alcide aussitôt , le saisissant au flanc ,
Vous lui faisait une saignée Qui le mettait à bas de sans- Sans second on la vit provoquer l'araignée , Et, grâce uses hauts-faits, enfin il n'était bruit
Que d'elle dans sa fourmilière.
Des éloges outrés sont pour moi sans crédit ; Ils ne sont qu'un poison , et pour elle , au contraire,
( Dû moins son histoire le dit , ) Elle en ('lait avide , el de la créature
Le trop crédule orgueil en jugeait la mesure. La pauvrette s ouïl tant < i tant flagorner ,
Que la tête à la fin parvint à lui tourner. A ses exploits voulant une scèue moins vile , Elle prétend aller les montrer à la ville. Pour y vendre de foin un très lourd chariot ,
Un rustaut fesait diligence ; Sur ce char de triomphe elle grimpe aussitôt , Et dans la ville enfin sa vanité s'avance. On est souvent puni par où l'on a péché ;
C'est ce qu'éprouva la donzelle.
Hélas ! quel mécompte pour elle !
Ainsi qu'au feu l'on court , elle crut qu'au marché Près d'elle avec clameur on aurait approché ; Personne ne bougea , l'on n'en parla pas même. Au marché l'on a bien d'autres chats à fouetter.
Dans sa confusion extrême , Il aurait fallu voir la* fourmi s'agiter
Autour d'une feuille légère , La traîner , la tirer , en soulever le poids ! Elle veut s'exhausser, elle tombe eu arrière, Personne n'y regarde, et l'Hercule aux abois , Las de se redresser , se tirer ... y renonce.
Confiant alors à Brifaut ,
Gardien zélé du chariot , Son dépit que d'ailleurs en elle tout/tnnonce : — L'ami, dis-moi, vit-on jamais rien de plus sot ?
IN'est-il pas vrai que cette ville N'a pas le sens commun , et même n'a pas d'yeux ? Oui, j'eus beau m'escrimer , ma peine était stérile , D'y faire attention nul ne fut soucieux. J'ai travaillé pourtant une heure tout entière.
Au reste on me connaît dans notre fourmilière ! Puis elle fit retraite avec un air piteux.
Tel dans ce monde sublunaire , Qu'il confond avec son réduit , Souvent pense faire grand bruit , Oui ne fut admiré que dans sa fourmilière.
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Des loups l'appétit trop vorace Inquiétait beaucoup un troupeau de brebis, Et pour les préserver de cette infâme race ,
Le prudent berger fut d'avis
D'augmenter de ses chiens le nombre.
ïï.n effet son troupeau , garanti du danger , Du moins de ce côté n'éprouvait plus d'encombre ; Mais de chiens par malheur il vint à regorger.
Les chiens veulent aussi manger.
Qu'arriva-t-il ? d'abord adieu la laine ; Après la laine au sort on s'adjugea la peau ,
Et comme ils étaient en haleine , De ciiKj à six brebis qui restaient du troupeau
Les chiens ne firent qu'un morceau.