XIV
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Pour un dommage assez chétif ,
À la justice criminelle
Un villageois , un jour , appelle
Une pauvre brebis- L'affaire est prise au vif; Je le crois bien , le renard était juge.
Aux plaideurs aussitôt il fait l'injonction
De répondre sans bruit à chaque question,
Article par article , et sans nu! subterfuge. Les preuves de conviction , Et tous les détails de l'affaire ,
Ainsi qu'il se pratique au barreau d'ordinaire y Sans différer un seul instant , Devaient être , par le plaignant , En forme précise et bien claire , Présentés d'abord à la cour';
Et le villageois dit : un matin de tel jour > Deux poules me furent volées , Et par le voleur étranglées ;
Quelques plumes , des os , voilà ce qu'il laissa , Et dans ma cour ? la chose est attestée , La brebis seule était restée.
L'innocente ainsi s'excusa :
— Je ne sais rien de cette affaire 7 J'ai dormi la nuit toute entière ,
Je m'en rapporte à mes voisins ,
lis en ont tons été témoins,
Et l'on sait bien que , de ma vie ,
De vol ou de coquinerie
On n'eut sujet de m' accuser ;
Et de plus pour ma nourriture De nulle viande on ne me vit user ;
Vous savez que la chose est sûre ,
Et voudrais- je vous abuser ? — Voici donc mot pour mot quelle fut la sentence
Que rendit alors le renard :
—Vu que tous les coquins ont l'art De bien cacher leur jeu, pour sauver l'apparence ,
Vu qu'en ce tems , de la maisou
La brebis ne fit pas d'absence ,
Vu que les poules ont le don
De tenter même l'innocence ,
Vu du cas l'opportunité, Et par ainsi , du fait la probabilité , A ces causes , d'après l'examen de l'affaire , En conscience ici voici donc mon avis :
Au bon sens il paraît contraire Que l'accusée ait pu résister à la chère ,
Donc le coupable est fa brebis,
Et je prononce son supplice ; Son corps revient de droit au tribunal ,
El de sa peau le bénéfice
Du demandeur sera le partage légal.
xy.
Dans les entrailles de la terre Certain génie était à garder un trésor ; ( 5 ).
Mais voici bien une autre affaire !
Le gardien doit quitter son or.
Au fin fond du monde l'envoie
Un ordre du chef des démons ; Et tel est le service ; il n'est pas de raisons ,
Lorsque le maître vous emploie ,
Bon-gré , mal-gré, Ton doit partir.
De longtems ce démon ne devant revenir ,
Sur tous les dangers de l'absence Son esprit se trouvait dans un grand embarras.
A qui donner sa confiance ?
C'est ce qu'il ne devinait pas.
11 eût fallu trop de dépense ,
Pour gager un nouvel Argus ,
Et pour le magasin qu'il aurait à construire.
Au hasard laisser l'or, pensait encor le sire ;
C'était risquer on ne peut plus,
Quelle serait sa destinée ,
Et pouvait- on d'une journée
Répondre du trésor ? On peut le déterrer ,
Puis aisément s'en emparer,
2kh
Cette maudite espèce humaine
Pour l'argent a l'odorat fin ;
Mais une heureuse idée enfin
Vint tirer le démon de peine.
Son hôte était un ladre , et l'or étant son Dieu , Ce démon s'en va donc , comme pour dire adieu ,
Trouver son homme , et lui tient ce langage : -Cher hôte, il m'est enjoint de faire un long Voyage;
Je fus toujours content de toi ,
Je veux que tu le sois de moi.
• Pour te donner d'une amitié sincère
Les témoignages les plus forts , Je te laisse , en partant , le don de mes trésors.
Tu les accepteras , j'espère.
Divertis-toi, bois , mange, uses en sans remords ;
Je n'y mets qu'une seule clause :
C'est ([lie si tu viens à mourir , Ton héritage alors devra me revenir ,
Et certes , c'est la moindre chose ; Mais que le ciel d'ailleurs te prolonge les jours. A ces mots , du voyage il entreprend le cours. Après vingt ans et pins d'un pénible service , Le voyageur revient dans son ancien hospice.
Que voit-il alors ? ô transport !
I cuant les clefs en main , il trouve son avare
Mort de faim sur son coffre-fort ,
El <l«' rechei il s'en empare.
Son trésor se trouvait dans le meilleur état ,
Il n'y manquait pas un ducat.
—.le suis enchanté, dit le drôle ,
Que sa garde n'ait pas coûté la moindre, obole. Ali ! le défunt vraiment était bien délicat !
Toutefois qu'un avare r à celui-ci semblable, Près de son or s'abstient de boire et de manger,
Voulant toujours le ménager ,.
Pour qui le garde-t-il ? si ce n'est pour le diable.
* ^0ttf ei i(i ©Q^WtM5,
Un jour , certain loup d'un troupeau En tapinois s'approcbe et ravit un agneau , Puis dans le fond d'une forêt obscure
Le voleur l'emporte aussitôt r.
Non pas pour l'y fêter , la cbose était très sûre ;
Mais bien pour lui livrer assaut.
Sur son innocente victime , Dont déjà sa fureur avait ouvert les flancs.
Si bien le ravisseur s'escrime , Qu'on eût ouï les os craquer entre ses dents ;
Et bien que l'appétit du sire
Fût très vorace assurément ,
A dévorer tout l'aliment
Pourtant il ne pouvait suffire ;
Force lui fut , pour son souper ?
De laisser des os en réserve ;
Mais sa prudence se réserve De dire un mot à qui les lui voudrait happer ,
Et de peur que l'on ne survienne , Le glouton bien repu se couche tout auprès ,
Pour faire sa méridienne.
Séduite par l'odeur du mets , Une jeune souris , du loup proche voisine y
Bien prudemment aborde la cuisine , Attrape son morceau, puis décampe à l'instant. A son réveil le loup , témoin de la rapine , Fait retentir le bois du plus long hurlement , Et s'écrie : au voleur ! arrête , arrête , arrête ! Il m'a dévalisé , ma ruine est complète !
D'un pareil trait chez nous je me suis rappelé : D'une patraque un juge avait été volé ; C'est sa faute , pourquoi n'y prenait-il pas garde ? Mais le comique était que lui , contre un voleur
Osât bien crier à la garde.
Cétait fort impudent , d'honneur !
XYIL
Bon jour,compère André,—bon jour Jean,moncompère; Et comment va la barque, assez bien je l'espère? — Ab ! tu ne sais donc pas ce qui m'est arrivé ? Dieu m'a , pour mes péchés , durement éprouvé ; Par le feu ma maison est réduite en poussière , Et moi , depuis ce tems , je traîne le bissac ,
Pour quelques verres de cognac.
— Et comment donc cela , compère ?
Le jeu n'est pas du tout plaisant.
— Ma foi ! je ne sais trop comment
A pu se bâcler cette affaire ;
On était au tems de Noël ;
Comme il n'est que trop naturel ,
Je fesais un peu la ribotte
Avec mes amis les plus cliers , Et ma perruque était tant soit peu de travers. Je veux porter de foin aux chevaux une botte ,
J'ignore par quel accident
Je laissai tomber ma lumière,
Et tout mon bien devint poussière.
Ce fut l'affaire d'un instant.
Ma personne , mon cher compère ,
Faillit en essuyer autant.
Et toi donc, comment va, dis-moi, la crémaillère ? En es-tu satisfait du moins , mon cher André. —Pas trop ! du ciel aussi, j'éprouvai la colère. Sans jambes tu me vois , et si d'être enterré J'évitai le malheur, c'est vraiment un miracle ,
Car Dieu seul y put mettre obstacle.
Comme toi , c'était à JNoël ;
Pour fêter ce jour solennel y A la cave j'allai pour tirer de la bierre ; Mais avec mes amis , je l'avoûrai , j'avais D'un rude brandevin flûte quatre à cinq traits > Et de crainte de feu j'éteignis ma lumière.
Quoiqu'ivre , il faut être prudent.
Voilà que le diable , à l'instant ,
Profilant de la nuit obscure , Me fait dégringoler l'escalier tout entier.
Il sut si bien m'estropier , Que depuis je n'ai plus d'un homme la figure» —Mes amis , je vous prie , ici de m'excuser ; Mais du malheur chacun se doit seul accuser y
Leur dit alors le cousin Gille ;
Toi , si tu n'as plus de maison >
Et toi , si tu vas à béquille , Je n'y vois nul miracle. Un homme ivre , dit- on , Sans danger ne saurait se servir de lumière y Mais il risque encor plus } lorsque rien ne l'éclairé.
Ayant dans son vaste domaine Non seulement des bois , mais encore des eaux , Le lion ordonna qu'en une vaste plaine
S'assemblassent les animaux.
Réunis en conseil , ils y devaient élire
Aux poissons un bon gouverneur.
Au scrutin d'ordinaire en pareil cas on tire ; De l'emploi le renard obtint l'insigne honneur. L'intègre gouverneur , installé dans sa place , Prenait de jour en jour un nouvel embonpoint.
Aux embarras pour faire face ,
Notre renard s'était adjoint Un rusé villageois , son ami , son compère.
On a bien plus d'esprit à deux ,
Réciproquement on s'éclaire ,
Et les affaires en vont mieux.
Donc, pendant qu'au rivage, il juge, prêche, arrange, Eclaircit les procès , et parle comme un ange,
Le villageois à l'hameçon
Attrapait maint et maint poisson , Et qu'en secret ensuite il partageait en frère.
La coquinerie a beau faire , On la pince à la fin. En effet au lion
Sur quelques bruits vint le soupçon
Que la fraude et que l'artifice
Fesaient pencher chez le renard
La balance de la justice ;
Et pour surprendre le cafard ,
Le lion veut dans son domaine
Promener , plus tôt que plus tard ,
Son autorité souveraine.
Les apprêts faits , le prince part.
Ji commence donc son voyage ,
Eu longeant toujours le rivage ;
Cependant notre villageois ,
De maint poisson propriétaire ,
Pour en régaler son compère ,
Sur la rive allumait son bois.
Prévoyant leur heure dernière , Les poissons frétillaient de peur /
Et plus encore de chaleur.
Ouvrant sur le fripon sa gueule menaçante Le lion , dont l'aspect le frappe d'épouvante ,
En ces termes l'interpella :
— Qui donc es-tu ? que fais-tu là?
Le renard , s'empressant de prendre la parole , ( Dans tous les cas, renard est toujours fort adroit ; ) — Grand prince , lui répond le drôle, Celui que ta majesté voit
Est mon honnête secrétaire ; Il n'a pas, j'en suis sur , son second SOI' la terre.
Pour son désintéressement 1J est vanic par tout le monde , El ces petits messieurs sont habitons de l'onde.
Tous , nous venons avec empressement , A notre excellent prince apportant notre hommage , Lui faire compliment sur son heureux passage. —Tout cela, gouverneur, sans doute est hel et bon,
Re'pond le sévère lion, Mais ici, comment va, dis-moi donc , la justice ?
Est-on heureux dans ce canton ?
—Ah ! sire, que le ciel , à nos souhaits propice,
Daigne seulement de tes jours
Prolonger le précieux cours ;
Ici , Ton n'est pas sur la terre ,
On est dans un vrai paradis ; — Cependant les poissons à moitié déjà frits , Dans la poêle sautaient de la belle manière.
—Mais pour quelle raison ceux-ci ,
Dans une posture inquiète ,
Sont-ils à s'agiter ainsi ,
Et de la queue et de la tête ?
—Cesse d'être surpris , ô le plus grand des rois ,
Du spectacle qu'ici tu vois , Et que de tes bontés les dieux te récompensent ! Du bonheur de te voir c'est que de joie ils dansent. Indigné d'un mensonge à ce point impudent ,
Qui n'était que trop évident , Afin que l'on n'eût pas à danser sans musique,
Le lion , pour toute réplique ,
A droite , à gauche , dans l'instant , Daubant sur les larrons , fit chanter dans sa serre Monsieur le gouverneur avec son secrétaire.
si/ cHcta &*1 ct & §S>******<t.
Avec un petit chat doux , bon, plein de candeur, Un sansonnet vivait de compagnie , Dans Ja plus douce sympathie.
Il était philosophe et de plus grand parleur. Un jour au petit chat on fit faire abstinence ; Le pauvre malheureux,, tourmente par la faim, Pensif et miaulant , mendiant sa pitance , Par toute la maison promenait son chagrin. Le philosophe ailé , témoin de son martyre , Pour sortir d'embarras se charge de l'instruire , lu lui dit : pourquoi donc de bon gré , mon ami , Te plaît-il de jeûner ainsi?
C'est être aussi par trop bonasse ; Va , tu n'es eucor qu'un blanc-bec ; Moi , je ne serais pas aussi dupe à ta place. Au dessus de ton nez , peux-tu voir d'un œil sec , Que ce chardonneret ait une chair si grasse ? —Oui, mais la conscience?...— oh! c'est très bien jugé La conscience n'est , crois-moi , qu'un préjugé, Qui «les esprits bornés dénote la faiblesse , Mais dont \m grand esprit connaît ta petitesse Si l'absurde à tes jeux passe endor pour vertu,
Le monde , je le vois , ne t'est guère connu;
La force est son code ordinaire ,
Avec elle Ton peut tout faire.
Par maint et maint exemple on peut te le prouver ;
Ils sont bien aisés à trouver.
A sa manière , aussitôt son génie
Epuise sa philosophie ,
Et le petit chat démentit
L'antique proverbe qui dit :
Ventre affamé n'a pas d'oreilles , Car la philosophie opéra des merveilles ; Le disciple s'en va droit au chardonneret , Et sans aucun remords vous le croque tout net. Quoiqu'à son appétit il n'ait pas pu suffire >
Au mets il trouva du plaisir ,
Et de plus en plus de s'instruire
Il conçut le plus grand désir.
Il y parvint. Un jour , le friand remercie
Son maître de l'avoir instruit
Et d'avoir formé son esprit , Puis , brisant sa prison , l'attrape et l'expédie.
ï^tè oc xxx ffij|i<u
Serviteur zèle de son^ maître,
Le chien Brifaut , gardant la cour ,
Avec surprise voit , un jour ,
Joujou couché sur la fenêtre.
C'était un épagneul , son ancien compagnon ,
Qui sur un coussin d'édredon , Après un bon dîner , reposait sa mollesse. On n'a pas plus de joie à revoir un parent.
Vers la fenêtre il s'élance à l'instant , Puis agitant la queue , en signe de caresse , 11 saute , il se démène , il gémit de tendresse : —Eh bien! mon cher Joujou, comment te trouves- lu Depuis qu'en la maison les maîtres t'ont reçu ? Dans la cour, mon ami , jadis, qu'il t'en souvienne,
Tu jeûnas parfois avec moi ;
Maintenant quel est ton emploi ?
Ta vie est , je crois bien , plus douce que la mienne.
— De me plaindre j'aurais grand tort.
Je suis on ne peut plus Batisfait de mon sort.
Je nage ici dans l'abondance,
Je dirai même l'opulence ; (lar je ne suis servi que sur des plais d'argent. De jour en jour plus caressant , De moi mon niai Ire est idolâtre ,
11 permet qu'avec lui je joue et je folâtre ,
Et suis-je fatigué , je vais , comme un Sultan ,
Ronfler sur un tapis , ou sur un bon divan.
Et toi, mon vieux Brîfaut , quelle est ton existence ?
Ton appétit du moins a-t-il sa suffisance ?
— Hélas ! ainsi qu'auparavant ,
Lui répond Brifaut tristement, La faim , la soif sont souvent mon partage. Mes profits, cher Joujou, pour garder la maison, Sont le chaud et le froid, et la pluie et forage. Quand de dormir, la nuit , j'ai le rare avantage,
Le pavé me sert d'édredon.
Si d'aboyer, cher camarade ,
Je m'avise mal-à-propos,
D'une cruelle bastonade
Je me vois échiner le dos ; Mais , toi , dune faveur aussi particulière Pour jouir à-présent comment as-tu pu faire ?
D'où te vient donc tant de crédit , Toi, qu'on a toujours vu si faible et si petit ? Tandis qu'à me tuer ici je perds ma peine , D'où vient donc que ma vie est pire que la tienne ? Que fais-tu? . . . —Que fais- tu! la belle question!
Lui répond l'autre avec dérision.
Moi , je marche debout sur les pieds de derrière.
Combien de gens heureux de la même façon, Qui ne savent servir que de cette manière.
fj,< ©(jat c( U <§|o*Vi0«#f.
Soit malheur , soit étourderie.
Un rossignol tomba sous la patte d'un chat.
Avec l'air de l'hypocrisie :
— Mon doux ami , lai dit lé scélérat , J'entends dire partout qu'à merveille tu chantes , Et que de ton gosier les roulades touchantes
Te laissent peu de rivaux dans les bois. J'ai le pins grand désir d'entendre aussi ta voix.
Je tiens du renard mon compère ,
Que le charme de tes accens
Porte l'ivresse dans les sens
Du berger et de la bergère.
Gesse , mon bon ami 7 de trembler à ce point ,
]Ne t'opiniâtre donc point ,
Et sois sans crainte pour ta vie ; De te manger je n'ai , foi de chat ! nulle envie. Chante-moi quelque chose , après en vérité ,
Je te donne la liberté ,
Et tu pourras de ton ramage A ton aise charmer foret , bois et bocage.
Autant que toi certainement
Je suis porté polir la musique ,
Il m'arrive même souvent
\)c m'endormir en fredonnant.
Pressé par le ressort d'une griffe élastique ,
Le pauvre rossignol était à demi-mort.
— Eh-biendonc,dit le chat,chante un peu, je t'en prie,
Allons , quelque petit accord ;— Mais l'innocent martyr ne chante pas , il crie. — C'est donc ainsi, l'ami, que tu charmais les bois, Reprend-il avec ironie ?
Seraient-ce là de cette voix Les grâces, l'harmonie et l'ame sans pareilles , Dont on m'a tant de fois rebattu les oreilles ?
C'est ce qu'on appelle piailler ; Je ne puis même ouïr mes chatons criailler. Sur ton compte on a beau publier des merveilles , Pour chanter, mon ami, tu n'es pas fort savant ; Voyons donc de quel goût tu seras sous ma dent» A ces mots , la cruelle bête Le croqua , sans en laisser miette.
A l'oreille faut-il un peu plus clairement
Vous développer ma pensée ?
Sous la griffe d'un chat , pour chanter autrement , La voix d'un rossignol est bien embarrassée.
Il est de telles gens ; soyez de leurs amis , Au nombre des plus grands génies , Des premiers écrivains, vous allez être mis ;
Voilà l'esprit des coteries.
D'un autre , empruntât-il la lyre d'Apollon, Les plus beaux vers n'auront ni rime ni raison ; Ou leurs beautés , par eux à grand regret senties, Dans de malins propos se verront poursuivies. Au lieu de fable, moi , je veux faire un récit , Qui va peut-être encore exciter leur dépit.
Certain prédicateur , dont la noble éloquence
Semblait annoncer de Platon Le digne successeur , du plus touchant sermon Charmait ses auditeurs , et toute l'assistance Prêtait à son discours , dans un profond silence,
La plus pieuse attention.
De notre saint pasteur les touchantes paroles , De ses lèvres coulant comme le plus doux miel ,
Reportaient les pensers au Ciel.
11 tonnait sur le monde el sos plaisirs frivoles. On eût dit que la pure et simple vérité , Rejetant du discours l'éloquence illusoire,
Par une chaîne d'or , à la divinité' ,
Sans effort et sans art , rattachât l'auditoire.
Le pasteur cependant termina son discours ,
Et chacun l'ëcoutait toujours.
Dans le Ciel se trouvant encore,
Leur saint enthousiasme ignore De ses pleurs onctueux l'abondance et le cours. Avec recueillement enfin, l'on sort du temple.
— Quel talent et quelle douceur , Se disait-on , il n'en est pas d'exemple I
Dans son discours quelle chaleur !
De quelle force au bien il entraîne le coeur ! —Mais, toi , voisin, il faut que le tien soit de glace ,
Dit-on à l'un des auditeurs ?
Verses-tu seulement avec nous quelques pleurs ?
— Pourquoi veux-tu que je le fasse? — Tu n'as donc pas compris ? Oh! j'ai compris très fort, Sur la pierre veux-tu qu'en un champ le blé croisse ? Pour pleurer j'aurais fait un bien stérile effort ,
Je ne suis pas de la paroisse.
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cGO
<§^ a GS? 0 r n c i i l c.
Si vous ne voulez pas prêter au ridicule , De votre état jamais gardez-vous de sortir.
A la noble race d'Hercule
Thersite ne doit pas s'unir.
D'un nain si vous avez la taille , A celle d'un géant pour vouloir parvenir,
Envain votre orgueil se travaille, De la vôtre plutôt gardez le souvenir.
A sa queue, un beau jour , on vit une corneille Adapter les plumes d'un paon , Et croire que ce talisman Opérerait mainte merveille ; Puis la voilà parmi les paons Promenant fièrement ses appas rayonuaus.
Elle croyait de ses pareilles Captiver l'admiration :
Les complimens allaient enchanter ses oreilles ! Dieux! qu'elle est belle, dirait-on!
Des paons elle est la sœur aînée , Et bientôt la cour de Junoii De ses charmes doit être ornée ! — Que produisit ce soi orgueil ?
ns pitié, par les paons la belle fut plumée. Aile, à ce fraternel accueil,
( Pour ne pas se voir assommée ) La sœur des paous sans bruit se déroba ; Mais elle y laissa son costume ; A-peine même on lui laissa De son corsage quelque plume.
Chez les siens elle s'en alla ; Mais la pauvrette presque nue, N'étant nullement reconnue , De la plumer on acheva , Et voici ce qu'il arriva :
Elle cessa d'être corneille , Et nul paon ne voulut l'avoir pour sa pareille.
À ce récit je fais cette application:
La fille d'un bourgeois , qu'on appelait Suzon, S'imagina de faire une haute alliance ; Pour sa dot elle avait un demi-million ,
Et Suzon épouse un baron;
Mais quelle en fut la conséquence ?
C'est que toute la parenté Traita de haut-en-bas madame la baronne ;
Car n'être pas de qualité ,
Est-ce un crime que l'on pardonne ?
Et pour avoir tenté d'être noble personne , Suzon se mit à dos sa propre parenté.
Alors qu'en est-il résulté?
Une conséquence pareille :
Suzon ne se trouva ni panne ni corneille.