‹ Fables de m. J. KrylofChapitre 3 sur 21 · e cessa doue d'être Gère · texte numérisé non relu

e cessa doue d'être Gère

Craignant de rester fille , enfin elle épousa

Le premier qui se proposa*

Ce n'était plus le tems de faire la sévère , Et ce fut encor trop heureux Qu'elle ait pu trouver un boiteux.

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Lorsque les Dieux , jadis de la Grèce chassés , Furent dans leurs états par d'autres remplacés ,

Du Parnasse le nouveau maître ,

A ce que dit le chroniqueur ,

Y mit des ânes pour y paître.

Les Aliborons , par malheur ,

Furent informés que les Muses ,

Depuis peu du Parnasse excluses , Avaient sur son vallon ci-devant habité.

Je savais bien , en vérité 7 S'écrie un des baudets en dressant les oreilles , Que pour bonnes raisons Ici nous demeurons.

C'est de nous maintenant qu'on attend des merveilles. Le monde , sûrement , des Muses dégoûté , Par nos accens ici désire être enchanté ; Eh bien ! attention ! mes amis , du courage , Vous allez voir comment je procède à l'ouvrage. Suivez-moi ; mais surtout pas de timidité. Des ânes le renom va passer d âge en âge. Nous sommes un troupeau >, bien mieux que les neuf

sœurs ,

11 faut que nous fassions résonner l'harmonie. Afin d'en faire ouïr à coup sûr les douceurs , D'ânes formons un choeur ; et de la confrérie Pour préserver la gloire et bannir les abus , Voici quel en sera le premier des statuts :

Tout candidat qui dans l'organe

JN'annoncera pas l'agrément ,

Qu'on admire en celui de l'âne ,

Doit du Parnasse absolument

Etre banni comme un profane.

Tous inclinent l'oreille , à ce doux règlement ,

En signe d'applaudissement , Et la cohorte en choeur vous entame un vacarme ,

A répandre partout l'allarme.

On eût dit mille chariots , Dont les essieux, graissés avec économie , Eussent fait crier l'air et grincer les échos. Enfin , au désespoir des coursiers d'Arcadie, La honte fut le prix de cette symphonie ;

Leur maître s'impatienta , Et chassés du Parnasse avec ignominie ,

Dans l'étable il les relégua.

Aux ignorans ici sans faire de querelle ,

Je prétends rappeler ce qu'on a toujours dit :

Lorsque la tête est sans cervelle , Ce ne sont pas les lieux qui donnent de l'esprit.

(*§£$ racfe,

Dans un temple payen , on prétend qu'autrefois Une divinité de bois Avait le don de prophétie ; De ses sages avis Ja foule était ravie ,

De tous côtés on accourait ; Aussi d'or et d'argent sans cesse on la couvrait ; On vous la. chamarrait des pieds jusqu'à la tête ; Des offrandes saus nombre encombraient ses autels ; Le plus riche ornement composait sa toilette ;

Par l'avidité des mortels , De prières , de voeux tout le jour étourdie , D'un nuage d'encens elle était assaillie. À l'oracle chacun croyait aveuglément, ïout-à coup, sans qu'on sût ni pourquoi, ni comment,

O surprise ! ô scandale !

L'oracle évidemment commence à radoter ;

Dans chaque réponse il signale ?

Sitôt qu'on vient le consulter ,

La plus absurde incohérence >

Et dans cette triste occurrence , Frappé d'étonnement , chacun se demandait : ( Tout en craignant encor de penser en impie , ) Mais qu'es t-il devenu ce don de prophétie > Qui jusqu'ici le distinguait ? -

Voici le secret de l'affaire :

Notre idole était creuse ; on y faisait poser ,

Probablement en grand mystère , Un prêtre intelligent pour y prophétiser ; Et tant qu'un pareil homme occupait cette idole , De l'oracle partait la voix de la raison j Mais si quelque imbécille allait jouer ce rôle , L'oracle devenait alors un franc-oison.

On prétend qu'on a vu dans mainte et mainte affaire, Plus d'un juge autrefois montrer du jugement ; Mais ce n'était , dit-on, je ne sais si l'on ment, Qua l'aide d'un bon secrétaire.

Avec discernement cédez à l'amitié ;

De son voile souvent l'intérêt seul se couvre.

C'est un abyme affreux que sous vos pieds il ouvre,

Pour vous y perdre sans pitié.

De celte vérité , je veux, à ma manière, Vous rendre , s'il se peut, l'évidence plus claire.

C'était l'hiver. Un feu qu'un voyageur avait ,

Selon toute apparence , Délaissé près d'un bois , sous la cendre couvait ; Mais sans quelque aliment, il n'est pas d'existence,

Et petit-à-petit notre feu s'éteignait.

L'infortuné , voyant sa fin prochaine ,

En ces termes s'adresse au bois :

— O mon ami , que ton sort me fait peine ! Vraiment il est cruel ; d'où vient que je te vois ,

Tristement solitaire , Dépouillé de feuillage , ainsi geler tout nu ? Dans un pareil état comment es-tu venu ? — La neige en est la cause, elle envahit la terre, Répond le bois , et d'ordinaire , L'hiver je n'ai ni fleurs, ni fruits.

—L'hiver, dis-tu, parbleu! moi, j'en fais mon affaire, Pourvu qu'à mes efforts les tiens soient réunis, Reprend le feu , tu peux compter sur mes services. Je suis le frère du soleil , Et pour rendre de bons offices , Mon pouvoir au sien est pareil ; Et même, empêche-t-il que les fleurs ne périssent?

Eh-bien , l'hiver , demande un peu Aux serres, mon ami, des nouvelles du fen. La neige tombe ... et les lys y fleurissent. L'aquilon souffle ... et les fruits y mûrissent. C'est à moi seul pourtant que l'honneur en revient.

De se vanter à nul il ne convient ; Mais au soleil je puis , sans trop de confiance ,

Le disputer pour la puissance.

L'hiver , avec orgueil il brille ; son éclat A la neige peut-il porter la moindre atteinte ? Il parvient au coucher, sans y laisser d'empreinte. Moi , je livre à la neige un bien autre combat.

Et juge de la différence : Si je parais , la neige fond.

Entre elle et moi tu peux voir quelle est la distance.

Mon pauvre ami , si tu veux donc Que tes arbres, au tems où la sève s'arrête, Du printems , de l'été conservent la faveur, Accorde-moi dans ton intérieur

Un petit coin pour ma retraite.

Le bois d'y consentir , sans se faire prier. Alors le feu n'était qu'une étincelle , Mais admis dans le bois , il devint un brasier. Un brasier ne dort pas , bientôt il se décèle ; Le l'eu gagne, et détruit tout dans ses environs ,

De branche en branche il étend ses ravages ; Une épaisse fumée , en brûlans tourbillons , S'élève , en mugissant , jusqu'au sein des nuages. Le bois bientôt n'est plus qu'un immense foyer, Pas un arbre n'échappe, et tous jusqu'au dernier, Tombent, cruellement dévorés par les flammes. D'un ingrat tels sont donc les procédés infâmes } Et dans ces mêmes lieux, où contre la chaleur

On se plaisait sous le feuillage ,

A venir chercher Ja fraîcheur , Des arbres,qui naguère offraient un doux ombrage, On ne retrouvait plus (pic les troncs ruinés.

Devons-nous en être étonnés ?

INous le savons; en ' conscience , Le bois avec le feu peut-il (aire alliance ?

r|giflf« et Us ^tuUs.

Par un soleil d'été , l'aigle , le roi des airs , Pour jouir d'un beau tems , sous la Toute azurée Planait aux régions d'où partent les éclairs. Enfin lassé des cieux , bientôt de Tempyrée

L'oiseau de Jupiter descend , Et pour se reposer , soit faveur , soit malice , Auprès d'un four à blé s'abat sur un auvent ( 1 )• Le siège pour un roi n'était pas très brillant.

Peut-être aussi fût-ce un caprice , ( Pour être souverain , on n'en est pas exempt , ) Ou bien ne trouva-t-il dans tout le voisinage Ni cbênes élevés , ni roebers de granit , Plus dignes de son rang que l'auvent d'un village. J'ignore enfin ce qu'il eut dans l'esprit ;

Mais il y fit courte séance , Et sur un autre auvent l'aigle va se poster. Une poule le voit , et vite en confidence , Cbez la poule voisine elle en va caqueter : —Ma commère, entre nous, dis-moi donc, je te prie,

Soit dit pourtant sans jalousie , Ce n'est pas mon défaut , je puis le protester ; De l'aigle conçois- tu d'où vient la renommée ? Serait-ce pour son vol ? ma foi ! sans me vanter, D'en faire autant que lui je suis accoutumée , Et d'auvent en auvent je puis bien voleter.

Voisine , désormais n'ayons plus la folie

Aux aigles d'accorder plus de gloire qu'à nous ;

Et qu'ont-ils donc de plus? Tu le vois, ils n'ont tous,

N'en déplaise à la flatterie, Que deux pattes, deux yeux. Ces aigles si jaloux, Que sans raison l'on croit jetés en d'autres moules ,

Volent aussi bas que les poules.

— Tu peux avoir raison, pourtant pas tout-à-fait , Répond l'aigle ennuyé de si plats commérages ; L'aigle plus bas que vous peut voler en effet ; Mais les poules jamais n'atteindront aux nuages.

O toi, qui du talent implacable censeur, Perds le tems à compter les défauts du génie, Connais-en la beauté , la force , l'énergie , Et sache en tous les points mesurer sa hauteur.

Libre à vous d'imiter , mais il faut , pour ce faire, De l'esprit et du jugement ; Sachez que dans le cas contraire , Hélas! il nous en cuit souvent.

Je prends dans un autre hémisphère L'exemple que j'en veux citer.

Les singes sont connus ; on sa il que leur manie ( Les animaux ont aussi leur folie , )

Est de vouloir tout imiteiv Donc 7 en Afrique où leur race pullule , Des singes , un beau jour 7 sur un arbre montés , Guettaient , comme filous en conciliabule , Un chasseur dont l'aspect les avait agite's , Et de ses mouvemens , selon leur habitude , On conçoit qu'à leurs yeux pas un seul n'échappait. Sachant que d'imiter ils se font une étude , Dans des filets notre homme à dessein se roulait. Chaque singe tout- bas au voisin son compère En grimaçant , faisait son commentaire.

Eh mais ! voyez donc le gaillard , Observe l'un d'entr'eux , en tours de toute espèce On n'est pas plus adroit ! c'est un bon égrillard.

Néanmoins il est teins qu'il cesse.

Voyez comme il fait le poirier !

Ainsi que ce maraud ferions-nous la culbute ? En boule admirez donc comme il sait se plier ! Où sont ses pieds , ses mains ? on dirait d'une butte. De notre adresse en tout nous pouvons nous vanter ; Mais ce drôle l'emporte y et nous laisse en arrière. Eh bien , mes beaux amis , tâchons de l'imiter. Le bonhomme à la fin s'en ira , je l'espère , Alors, nous sur le champ. ... il avait deviné;

Le tout étant bien ordonné , Avec un ris malin , le chasseur fit retraite y

Aux singes laissant ses filets.

De se mettre à l'ouvrage ils se font une fête. — Pourquoi perdre le tems , précieux comme il est, Dirent-ils? allons vite essayer notre adresse.

De descendre aussitôt chaque singe s'empresse ,

Et dans les filets du chasseur,

Tout préparés pour leur visite ,

Avec une bruyante ardeur ,

Notre troupe se précipite ,

Et les voilà de gambader , Crier , pirouetter , se rouler , s'excéder. A singer le chasseur leur vanité s'emploie ,

Bref, ils s'en donnent à cœur-joie:

Mais voici bien le diable , alors que des filets On voulut s'esquiver ! blotti dans sa cachette ,

Le chasseur était aux aguets , Et quand il en fut teins , il voulut à la fête ,

Qui lui devait tous ses appas , Avoir aussi sa part. Le matois se présente , Et, pour cause, portant quelques sacs sous le bras* La visite aux Messieurs ne parait pas plaisante ; » Tous les singes pour fuir s'épuisent en débats ,

Dans leurs filets ils se démènent ,

Plus ils sautent , plus ils s'enchaînent ,

Et notre chasseur africain Tranquillement les prit tous à la main.

Le singe , grand farceur , voulu! de compagnie Avec l'âne, le bouc et Fours, fieffé butor,

Exécuter un quatuor.

S'élant donc procuré , pour faire leur partie , Basse ? notes , alto , de plus deux violons ,

Voilà les quatre compagnons , Assis sous un tilleul , sur la tendre verdure ,

Et munis de leurs instrumens , Bien assurés de faire admirer leurs talens.

Pour signaler leur ouverture , Leur premier coup d'archet vous fait grincer les dents. 11 aurait écorché l'oreille la plus dure.

C'était un vrai brouillamini ,

Un absurde charivari.

— Attendez , mes amis , dit le singe , de grâce ,

Sans conscience c'est racler.

Comment voulez- vous donc qu'un concert puisse aller, Quand les musiciens ne sont pas à leur place. Rangeons-nous autrement. 11 faut que Tours plutôt Se mette avec sa basse en face de l'alto 5

Et pour faire un effet unique , En ma qualité , moi , de premier violon , L'ordre est que je me place en face du second. On entendra dès-lors bien une autre musique , Et nous ferons danser les monts et les forêts.

Ainsi que le singe l'indique , Gravement on se place ; alors sur nouveaux frais Le concert recommence , et pas plus d'harmonie.

L'âne aussitôt s'écrie :

Attendez , mes amis , attendez donc ! paix , paix ! Puis il leur dit , avec l'air du mystère ;

Je sais bien , moi , ce qu'il faut faire 5

J'ai trouvé le secret, et nous serous d'accord.

Nous n'avons qu'à nous mettre en ligne.

Chaque artiste s'y mit d'abord.

De recommencer on fait signe ;

La musique n'en va pas mieux.

Sur les places encor nouveaux débats entre eux , Et pis que les premiers. Vers le lieu du tapage , Par extraordinaire , on dit qu'un rossignol

Dans ce moment guida son vol.

Voilà la troupe qui l'engage ,

Après le plus lourd compliment, A vouloir bien régler leur différend.

Daigne, lui dirent-ils, avoir la patience Dans notre quatuor , par un léger avis , D'établir ici l'ordre ; un peu de complaisance , Et dis-nous seulement comme on doit être assis. Tu vois que nous avons des instrumens , des notes. Sachez, répond alors le chantre, dont la voix Des accords les plus doux fait retentir les bois , Que vos prétentions sont on ne peut plus sottes , Que fait la place ici ? pour un musicien C'est du savoir qu'il faut et surtout de l'oreille , Pour la musique donc , nul de vous ne vaut rien.

Jlenoncez-y , je vous conseille.

Fin du livuk PREMIER.

FABLES

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