‹ Fables de m. J. KrylofChapitre 5 sur 21 · VI · texte numérisé non relu

VI

D'un singe vieillissant la vue enfin faiblit ; Mais avant appris (pie de L'homme Cet accident n'était en somme De ses maux que le plus petit , Les lunettes rendant la vue alors parfaite, D'une demi-douzaine il iit bientôt emplette. 11 les tourne de-ci , de-là,

Se les applique au crâne et dit : ce n'est pas ça. 11 les place à sa queue , il les lèche , il les flaire ,

Sa vue , hélas ! n'en devient pas plus claire. Foi de singe ,, dit-il , il faut être hébété , Pour s'en fier à l'homme et croire à ses sornettes ! Que ne m'avait-on pas conté sur ses lunettes !

Les lunettes , en vérité ,

N'ont pas un grain d'utilité.

Dans son chagrin , de dépit sur la pierre

Il lance celles qu'il tenait ;

Si juste le drôle visait , Qu'en mille éclats il fit élinceler le verre.

Par malheur il en est ainsi chez les humains ; De quelque utilité que puisse être une chose , Nous la méconnaissons, ou l'ignorant en glose , Et le mérite doit trembler sur ses destins , Quand sur cet ignorant quelque crédit repose.

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