‹ Fables de m. J. KrylofChapitre 6 sur 21 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Certain gaillard peu scrupuleux Du vivant de 6a femme en épouse encor deux. Jusques au souverain le bruit de ce scandale En peu de tems parvint. Le prince sur ce cas Etait , dit-on , sévère ; il ne badinait pas.

San* grâce il fait juger notre Sardanapale.

Pour punir Je triple épouseur ,

11 ordonne qu'on imagine Le tourment le plus propre à frapper de terreur

Tous ceux dont l'humeur libertine Pourrait se faire un jeu d'un abus si faial ; Et si, pour ménager ce coquin déloyal , Je m'aperçois , dit-il , de quelques subterfuges ,

Au milieu de leur tribunal ,

Je fais pendre aussitôt les juges.

Pour ces messieurs ceci n'avait rien déplaisant ; On conçoit que la peur les saisit à l'instant. Pendant trois jours entiers , l'esprit à la torture , Les juges ne savaient quel supplice trouver. Il en est des milliers , mais pas un de nature A retenir du mal. C'est ce que peut prouver Des fastes de Thémis la triste connaissance. En les aidant , le ciel voulut bien les sauver.

On ordonne qu'à l'audience

Le criminel soit amené ,

Pour lui déclarer la sentence ,

Par laquelle il est condamné , Comme ayant épousé , contre la conscience ,

Jusqu'à trois femmes à la fois ,

A les garder toutes les trois.

Le peuple entier , frappe d'une telle indulgence, Voyait déjà du prince éclater le courroux , Et les juges en corps traînés à la potence ;

Cependant ils se trompaient tous.

Deux ou trois joui s après, sans pitié de son âme ,

Noire libertin se pendit.

Au pays cet arrêt tant d'effroi répandit , Qu'on ne fut plus tenté d'y devenir trigame.

Pour des bois en litige , ou bien quelque vallon , Peut-être une tanière , autrefois Je lion Avec ardeur soutint contre dame panthère

Une longue et cruelle guerre.

Par des ministres de bon choix

La discussion de leurs droits

Aurait pu terminer l'affaire ;

Mais quand on se croit le plus fort , A cet égard notre judiciaire

Le plus souvent n'est pas bien claire.

Alors le faible a toujours tort ;

Pour en démontrer l'évidence , Le plus sûr droit nous semble être le droit canon.

A guerroyer, même un lion

Finit par perdre patience ,

Et sa griffe par s'émousser.

Nos héros de lutter voulurent donc cesser ,

Pour s'arranger sans réticence ;

On fit trêve. Plus de combat.

Un bon congrès devait discuter la querelle , Et signer , comme on dit , une paix éternelle ,

Jusqu'à nouveau débat.

— Nous , dit au fier lion la maligne panthère ,

Ne ferions-nous pas beaucoup mieux De nommer au plutôt , pour terminer la guerre, Chacun notre ministre , et de laisser tous deux Régler le différend à leur judiciaire ; Moi, par exemple ici , je nommerais le chat ; C'est un mince sujet , il n'est pas grand juriste ; Mais pour îa conscience , ah ! c'est un rigoriste.

A ton choix donnant plus d'éclat , Toi, tu pourrais nommer.. .comme qui dirait Jane.

Sans vanter ici son organe , 11 est d'un très haut rang , et n'a pas son égal. Oh ! tu peux t'en vanter , c'est un rare animal !

Je te le dis en confidence , Je ne sais si ta cour , ou si ton conseil vaut Son sabot.

Donne-lui donc ta confiance ; Que son travail avec mon bonhomme de chat ,

Pour terminer notre débat , Soit notre ultimatum. — Sa majesté lionne Accepte sans aucun retard ; Mais nullement dans Je panneau ne donne. Bien loin de nommer l'âne, elle nomme un renard, En disant à part soi : ( certe, elle avait du monde

Une connaissance profonde. ) Tout cire que nous vienfl vanter notre ennemi , On peut le parier , n'est pas sot à-demi.

Voulant utiliser un moment de loisir,

Un grand causait avec un sage Sur maint et maint sujet , au gré de leur désir. Tout-à-coup il lui dit : Vous avez l'avantage De connaître le monde , et même dans les cœurs , Comme en un livre, on dit que votre esprit sait lire. Sur un abus, qu'on voit chez nous ainsi qu'ailleurs,

Ne pourriez- vous donc pas m'instruire ? C'est une trame dont je veux trouver le fil.

— Et de quoi , Monsieur , s'agit-il ?

— Quelque établissement qu'on fasse De magistrats ou de savans , Pourquoi sont-ce les ignorans

Qui les premiers y prennent place ?

Contre l'esprit usurpateur

]N'est-il donc aucun antidote,

Dont pour raison je prendrais note ?

— Aucun , répond le sage au grand seigneur.

Je vous le dis en confidence , Des établissemens il en est , je le crois ,

Comme de nos maisons de bois (2)«

Je le sais , par expérience ; J'en ai fait bâtir une ; eh bien, en conscience,

Les maîtres n'étaient pas entrés , Que déjà les grillons s'en étaient emparés.

D'une même maison et d'un même comptoir, En commun , des marchands étaient propriétaires. Ayant déjà gagné des monts d'or , aux affaires Chacun veut renoncer. On se met en devoir,

Sans tarder davantage , De régler les profits pour faire ]e partage ; Mais quel partage, hélas 1 a-t-on fait sans débat ?

Pour les fonds et les marchandises

Voilà du bruit et de l'éclat ;

ïaisant échange de sottises , Nos honnêtes marchands pestaient , se démenaient,

Criaient , juraient , se déchaînaient.

Soudain l'un d'eux aux autres crie :

La maison brûle ! au feu ï courez à l'incendie !

Nous ferons nos comptes après.

Il est bon, celui-là, répond alors un autre,

En jurant à l'excès , Je veux mon bien, ainsi que vous voulez le vôtre.

( Quand on dispute j on n'en finit jamais. ) — Et mon millier de francs , je l'aurai, je l'espère.

L'incendie est une autre affaire. Non, je ne bouge pas. — Et moi, les six cents francs Qu'il me revient! sans eux je ne sors de céans ; Le compte en est bien clair, crie encore un troisième,

En proférant force blasphème.

— Non, non, à quel propos? à quoi bon> et pourquoi ? JNon, je n'y consens pas.— Ni moi,— ni moi, ni moi.

Au milieu de tout ce vacarme , Le feu chez eux faisait de rapides progrès ,

Sans leur causer Ja moindre allarme.

Qu'arriva- 1- il ? le feu termina le procès ; Tandis que l'intérêt tapage et se gendarme, L'incendie eut beau jeu, tout périt, corps et biens.

Souvent aux intérêts de plus haute importance On est indifférent, pour ne penser qu'aux siens ; De Ja chose publique on voit la décadence, Quand un commun effort à combattre Je mal Aurait pu prévenir le malheur général.

Çggpt S3g) 0 H H II.

Pour deux jours un quidam vint prier son compère

De vouloir bien lui prêter un tonneau.

Obliger ses amis , c'est se faire un cadeau , Et de plus un tonneau ne peut être une affaire ;

Mais s'il avait parlé d'argent ,

Le cas eût été différent ;

11 n'est pas d'amitié qui tienne , Et d'un refus tout net on peut chanter l'antienne.

Le tonneau , sans difficulté

A l'emprunteur fut donc prêté ;

Mais bientôt de retour , ainsi qu'à l'ordinaire Pour l'eau que Ton devait puiser à la rivière ,

Il fut remis à son emploi.

Jusqu'ici tout est bien ; mais en voici d'une autre ! Ab certes , l'emprunteur était un bon apôtre ! Le tonneau , qui naguère était de franc aloi ,

D'une étrange métamorphose Offrait à l'odorat le dégoûtant venin.

Il fut évident que la cause

En provenait du brandevin.

Si bien que le tonneau d'une affreuse manière , En deux jours en avait contracté le poison. On n'y pouvait rien mettre , aussitôt la boisson Les vivres mêmes, tout, grâce au tour du compère,

N'était bon qu'à jeter aux chiens.

Pendant plus de six mois , notre propriétaire A le purifier épuisa ses moyens ,

Rien au monde n'y pouvait faire ;

Et l'air et l'eau tout fut en vain.

Donc, le tonneau toujours sentant le brandeviu ,

Force lui fut de s'en défaire.

De cette fable , vous , parens , N'oubliez pas quel est le sens.

Sur des principes faux la jeunesse enseignée A beau dire et beau faire , elle en reste imprégnée, Et comme le disait le bon Uenri-le-Grand , La caque , mes amis , sent toujours le hareng.

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Un jour , deux amis sur le soir ,

Marchaient tout en causant d'affaire.

Voici que se glissant sous la porte- cochère, Un chien de cour leur vient disputer le trottoir. Des yeux , des dents leur déclarer la guerre , Et de ses aboîmens étourdir nos passans. En arrive un deuxième , En survient un troisième Enfin tant il en vint de côtés différens , Qu'on en aurait au moins compté la cinquantaine ;

La rue en était presque pleine.

L'un de nos deux passans se saisit d'un caillou : Eh mon cher , à quoi bon , lui dit son camarade ,

Une "vaine fanfaronade ?

Vraiment il faudrait être fou , Pour penser que par-là tu vas en être quitte , Ce n'est pas , mon ami , le cas de guerroyer , Arrête-t-on des chiens qui veulent aboyer ?

D'autant , mon cher , on les excite ;

Laisse-les et filons bien vite ;

Mieux que toi > moi , je les connais.

De cet avis prudent et sage

Bientôt ils virent les effets:

Car de ces chiens qui faisaient rage ,

Depuis les grands jusqu'aux roqncls, Trente pas ont suffi pour dissiper la bande, Et les rendre aussitôt muets.

Insensibles et sourds à toute réprimande , Les envieux ainsi ne font que clabauder ; Passez votre chemin, vous Jes verrez céder.

Rôdant la nuit , un loup dans une bergerie Croyait s'être glissé , mais son étourderie D'une meute l'avait approché par erreur. Dans la loge des chiens s'élève une rumeur Qui fait mettre sur pieds la chasse tout entière. Sentant le loup , les chiens de leur ardeur guerrière Font retentir l'enclos , y portent la terreur.

Au voleur ! au loup ! camarades , Vont criant les valets.

Tout est en l'air ; on ferme et portes et guichets ;

C'était la nuit des barricades , Un véritable enfer. L'un s'arme d'un gourdin , Un autre d'un fusil. — Vite de la lumière î On se hâte , on revient , on en apporte enfin. Que voit-on ? notre loup blotti sur le derrière , Se serrant dans un coin, le poil tout hérissé El menaçant des dents j ses yeux , brillant de rage ,

Pour sortir du danger dont il est menacé , Auraient bien désiré tout livrer au carnage ; Mais voyant qu'il n'est pas en face de brebis ,

Qu'il fallait à la fin répondre

Des forfaits qu'il avait commis , Et dont trop aisément on pouvait le confondre ,

Le matois voulut composer :

Eli mes amis , dit-il , à quoi bon cet esclandre ?

Veuillez un seul instant m'entendre ; Comme ancien allié , je viens vous proposer La paix ; mais d'un cartel je n'ai pas la pensée ; En la consolidant par un traité nouveau , Oublions pour toujours notre baine passée.

Non seulement jamais troupeau , Chez vous dorénavant , n'aura plus à se plaindre

De mon appétit carnassier; Mais en moi vos brebis auront un chevalier Qui, pour les protéger , saura se faire craindre. Je jure , foi de loup , que je ... . Mais un piqueur

L'interrompant d'un air moqueur, — Ecoute-donc , voisin, dit-il, si d'un poil fauve

Dame nature t'a pourvu , Tu vois que je grisonne et suis même un peu chauve, Ainsi l'instinct des loups doit m'être bien connu, Jamais donc avec eux je ne finis la guerre ,

Qu'après avoir conquis leurs peaux.

Et notre chasseur , à ces mots , Vous lâche contre lui la meute tout entière.

g( g^tffc»Y.

D'an long voyage de retour , Un gentilhomme , il se peut même un prince , Avec un sien ami , de la même province , Dans la campagne à pied se promenait un jour, Sur ses courses faisant mensonge sur mensonge , Lui contant fièrement tout ce qu'il avait vu ,

Tout ce qu'il n'avait qu'apperçu ,

Ou ce qu'il n'avait vu qu'en songe.

— De pareilles choses , je crois,

TSTe se rencontrent qu'une fois.

Ah! vive l'étranger, mon cher, pour l'existence! D'avec votre pays grande est la différence !

Ici l'on brûle , ou bien on meurt de froid , Le soleil vous aveugle , ou bieu l'on n'y voit goullc ; Mais dans ces pays-là, sans mentir, on se croit Dans un vrai paradis. Quand j'y pense , je goûte In plaisir qui , d'honneur , me pénétre les sens. On n'a pas besoin, là, de toutes vos fourrures ; De la vie on n'entend parler de nuits obscures, Pour éclairer , jamais on ne prend de mesures. L'année entière n'est qu'un éternel printems.

Encor mien y , je te dirai même

Que jamais un n'y plante, et jamais on n'y sème. Pointant lu ne pourrais contempler sans plaisir

Ce que Ton y voit croître , et ce qu'on voit mûrir. A Home, par exemple, ah bon Dieu, quel concombre (Non, je n'en reviens pas) me vint frapper les yeux! C'était une montagne , il était monstrueux ! Je crois qu'un éléphant s'y serait mis à l'ombre.

— De quoi t'étonnes- tu si fort , Répond l'ami , le monde est rempli de merveilles ;

Il en est partout de pareilles.

On ne veut pas les voir , et voilà notre tort. Tout en marchant, aussi nous en allons voir une

Dont jamais dans aucun pays Tu ne vis le pendant , tant elle est peu commune. Comme toi je prétends soutenir mon avis. Yois-tu là-bas ce pont flottant sur la rivière ? La route nous y mène, eh bien, il te parait

Peut-être un pont tout ordinaire ;

Tu te trompes , c'est qu'en effet D'une propriété toute particulière ,

Et dont je connais plus d'un fait , Ce pont , ce même pont nous offre le spectacle.

Vraiment cela tient du miracle.

Jamais menteur ne peut en toiser la moitié ,

Qu'il n'en soit sitôt châtié ;

Soudain sous lui le pont s'entr'ouvre , Le menteur tombe et l'eau vous le recouvre. C'est, j'en conviens, un très singulier cas , Il n'en est pas moins vrai, c'est moi qui te l'assure.

D'ailleurs , quiconque ne ment pas Peut , s'il lui semble bon, le passer en voiture. — Et du fleuve , dis-moi , quelle est la profondeur,

D'un air déconcerté demanda le hâbleur ? —Mais passable. Ainsi donc, tu vois , mon cher, qu'en

somme On peut trouver partout de ces merveilles-là. — Oui; cependant ce concombre qu'à Rome Ma stupeur contempla, Quoique d'une grosseur . . —Voudrais-tu te dédire ?

Tel que tu viens de le décrire , C'était une montagne . . . —Une montagne , non ; Mais il était au moins gros comme une maison.

— Certes, mon ami, ton histoire

Est un peu difficile à croire.

Soit enfin ; ton concombre est vraiment surprenant , Mais mon pont,conviens-en,n'est pas moins étonnant; Nous y voilà bientôt, et tout en le passant, Je pourrai t'en conter des nouvelles bien tristes. Sans même aller plus loin ,

(Toute la ville eu fut témoin,)

Un tailleur et deux journalistes Au pont ce printems même ont payé le tribut.

Te démentir n'est pas mon but , Ton concombre est de même une grande merveille, S'il est bien vrai qu'il soit gros comme une maison. —Merveille! pas si grande, en se grattant l'oreille, Répond notre hâbleur; en voici la raison :

Il faut te mettre au fait des choses ;

(l'est une erreur, si tu supposes

Qu'en tout pays chaque maison

Soit aussi grande que les nôtres.

À Rome, par exemple, et sans parler des autres,

Quelles maisons , grands dieux !

A peine est-il place pour deux.

A s'y tenir debout il faudrait de l'adresse , Et deux hommes assis y seraient sous la presse. — Soit, conviens cependant que, sans pécher, je peux Admirer un concombre où l'on peut tenir deux. Mais que dis-tu d'un pont où menteur ne peut faire Cinq pas sans être sûr de boire à la rivière? Ton concombre est unique , et dire le contraire.... — A propos , interrompt le hâbleur intrigué, Pourquoi passer le pont? allons chercher un gué.

t r^fc n i s s e d u.

Languissamment couché sur les bords d'un ruisseau , Un berger exhalait une douleur amère ;

Depuis peu , son plus cher agueau

Avait péri dans la rivière.

Le sensible ruisseau , qui l'avait entendu , Contre elle dans ce sens murmura sa colère : Rivière insatiable , hélas ! que dirais-tu , Si ton eau devenant claire comme la mienne ,

On pouvait , au fond de la tienne ,

Découvrir parmi ton limon ,

Outre le genre de tes crimes ,

Le nombre affreux de tes victimes?

Tu creuserais alors la terre avec raison ,

Pour t'y cacher de honte au fond de ses abymes.

Si le sort m'eût donné tes abondantes eaux ,

J'aurais été , je te l'assure ,

Un ornement dans la nature , Et n'aurais pas lésé les moindres animaux. Respectant la chaumière et les riants bocages , Mes eaux, avec prudence , eussent toujours coulé ;

Jamais elles n'auraient foulé

Les richesses d'aucuns rivages ; J'en aurais rafraîchi les prés et les vallons , Et tous m'eussent comblé de bénédictions ; Le bonheur eût partout signalé mon passage , La moindre feuille enfin , tout m'aurait été cher ; Et m'abstenant toujours du plus léger outrage , J'aurais roulé mon eau jusqu'au sein de la mer, Irréprochable et pure ainsi qu'une INaïade. — Ici notre ruisseau termina son discours.

Sincère était son algarade.

A peine cependant se passa-t-il huit jours ,

Que précurseur du plus affreux orage, Sur un des monts voisins vint crever un nuage. Bientôt on voit le sensible ruisseau

Si pauvre et si calme naguère , En richesse égaler les eaux de la rivière , Et ses beaux sentimens s'en aller à vau-l'eau. Il roule, en mugissant, une eau trouble et sauvage. Il déborde , et partout va portant Je ravage, Il bouillonne, il QUgit. Du courroux de ses flots

l\ait et tourne une écume immonde ;

11 répand entons lieux une terreur profonde. Le cliêne centenaire est miné par ses eaux, Il tombe— son fracas fait tonner les échos , Et le Berger lui-même auquel la bienveillance Avait, de l'intérêt prodigué l'éloquence,

Dans les flots trouva son tombeau , Avec tout son troupeau.

De la pauvre chaumière il ne resta pas trace ; On en aurait en vain cherché la place.

Nous voyons maint et maint ruisseau , Dont l'onde calme et toujours pure Nous charme de son doux murmure , Parce qu'ils n'ont qu'un filet d'eau.

M^c ÇQ^****b et U ^^(xvmottc.

Où cours-tu donc ainsi , sans détourner les yeux , Au renard son compère , un jour, dit la marmotte ? — Ah! ne m'en parle pas, ma bonne, c'est affreux!

Jamais plus à propos de botte On ne fit un affront; je me vois dépouiller,

Pour avoir vendu la justice.

Tu sais bien qu'en un poulailler

J'étais juge ; mais quel supplice !

J'y perdais la santé , j'y perdais le repos ; Je ne pouvais, le jour, achever mes morceaux ,

Ni mou somme, la nuit. Toujours soucis nouveaux!

Et pourtant à la calomnie

Pour cela Ton me sacrifie.

La calomnie ! . . . hélas ! qui pourrait se vanter, Ma bonne , d'être net , si l'on veut l'écouter ? Moi , vendre la justice !

A urais- je la fièvre au cerveau ?

Vis-tu jamais en moi d'un si coupable vice ,

Penses-y bien , le moindre indice ?

Non, mais parfois j'ai vu, dit l'autre au fripoimeau,

Plus d'une plume à ton museau.

Coupable d'un tel artifice , Tel soupire souvent , d'une charge pourvu , Gomme s'il en était à son dernier écu. Sa chère épouse et lui n'ont ni denier ni maille , Tout le monde le sait , et peut-être on en raille ; Patience ; sous peu d'un joli petit bien Le voilà possesseur ; puis d'une maisonnette 11 fait encor l'achat ; mais d'après la recette,

Puisque de rien Ton ne fait rien , La dépense du sieur ne m'a pas l'air bien nette. Ça ne se prouve pas en face du barreau , Mais je prétends qu'il a . . . des plumes au museau.

xvn.

^. « @^ t <t> t e a ta i$g^ 5 a 5 5e.

Rassemblés en grand nombre, un jour les animaux A la chasse , sans trop de peine ?

Prirent un ours. A l'instant nos héros

S'en vont, en triomphant, l'étrangler dans la plaine ,

Pour qu'à son gré chacun pût en faire sa part.

Pendant qu'on j procède , ô surprise , ô merveille ï Voilà qu'un plaisant égrillard ,

Un lièvre , approche l'ours , et lui tire à l'oreille. Bah ! lui dit-on , par quel hasard Ici veux- tu bien prendre place ?

Personne ne t'a vu , ce nous semble A à la chasse ?

Que dites-vous , amis , leur répond notre intrus y Sans en paraître plus confus :

Qui l'a chassé du bois ? et qui prit donc la peine

De lui donner Pallarme , et jusque vers la plaine

Sut à votre merci vous livrer le cher ours ? N'est-ce pas moi qui Feus toujours , Et vous procurai cette aubaine? —

Voilà ce qui s'appelle être bien impudent ! De sa jactance sans pareille L'excès était trop évident ;

Mais comme aux animaux il parut très plaisant,

A Tours on lui laissa tirer son bout d'oreille.

Chez nous des fanfarons on se rit à l'écart ; Mais souvent au partage ils attrappent leur part.

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