LE COURSIER ET L'ABRICOTIER
Amaigri par la faim, criblé par la mitraille, Loin des camps se traînait un cheval de bataille, t Adieu, gloire stérile, adieu, sanglants lauriers! Désertant les combats et les feux meurtriers, Vivons paisiblement au sein des pâturages;
Affronte qui voudra les périls et la mort;
Je vais me reposer sous ces riants ombrages... *
Il dit, il se couche et s'endort.
Dans un enclos du voisinage,
Un abricotier sans feuillage Vers la terre courbait ses rameaux mutilés. « De ceux qui de mes dons s'en retournent comblés
Est-ce là la reconnaissance?
De mai quand reviendront les fécondes chaleurs, J'appellerai les vents qui, servant ma vengeance, Arracheront mes fruits en arrachant mes fleurs. Plus je fus généreux, plus je veux être avare!... »
Ainsi parlait l'abricotier.
Mais, tout à coup, une fanfare Retentissant au loin, réveille le coursier, Qui se lève, hennit, agite sa crinière, Et galope, docile au belliqueux appel... Mais sur l'arbre bientôt la brise prin tanière Fait éclore des fleurs plus douces que le miel.
Eh bien! pour venger ses injures, Secoua-t-il son front, appela-t-il le vent? Renonçant à la haine, oubliant ses blessures, L'abricotier donna ses trésors comme avant.