LE TORRENT
Des flancs d'une montagne une onde jaillissante, Torrent impétueux, cascade mugissante, Creusait d'affreux sillons dans les champs désolés. Elle avait renversé mainte digue impuissante. Un jour, aux paysans vers la source assemblés Un voyageur disait : « Pour cette onde sauvage
Qui tout entraîne et tout ravage, Pratiquez dans le roe un oblique chemin,
Et par mille détours vous la verre*, docile. Suivre le cours lent et facile
Que lui tracera votre main.
Et de ses rives odorantes Se répandra la vie en vos moissons riantes. » Le conseil était bon, et, dès le lendemain,
Pleins d'espérance et de courage,
Nos gens se mirent à l'ouvrage.
On lit on doux raissean d'un torrent destructeur, De l'ennemi d hier on fit un bienfaiteur.
Que l'amour remplace la crainte!
Par la menace et la contrainte In mauvais naturel est en vain combattu. Mais l'éducation fraternelle, prudente, De chaque passion adoucissant la pente, D'un vice originel peut l'aire une vertu.