LA MASCARADE
Jupiter, — je l'ai lu dans les vieilles annales. Pour une mascarade, en sa royale cour, Une nuit, rassembla les hordes infernales Et les esprits sur nous veillant avec amour. On voyait se croiser sous les lambris célestes
Les vices effrontés et les vertus modestes. Chacun d'eux, sous des traits grimaçants ou riants,
Déroutait les plus clairvoyants.
Le jour venu, Jupin voulut par leurs visages Connaître tour à tour les divers personnages. Sans masque, devant lui, sous leur déguisement, Ils dénièrent tous silencieusement.
Ils avaient pris, changeant de gestes, de langages, A chaque caractère un habit opposé.
L'hypocrisie avait osé De la piété sainte affecter l'apparence;
Le crime s'avançait, paré
De la robe de l'innocence;
L'avarice avait pénétré
Sous les traits de la bienfaisance;
Le mensonge avait emprunté
Le miroir de la vérité.
Qui le croira? portant une étoffe menteuse, On dit que les vertus passèrent à leur tour, Et que chacune avait, n'osant fixer le jour, De quelque vice impur la défroque honteuse.
Même chose arrive ici-bas :
De toute> [es vertus le m«'<1 prend le masque, Et le plus vertueux, <"> caprice fantasque! Affiche quelquefois les Vices qu'il n'a pas.
\c,i FABLES.