‹ Fables de P. Lachambeaudie (volume 2)Chapitre 193 sur 428 · LE BERGER ET LA VIOLETTE · texte numérisé non relu

LE BERGER ET LA VIOLETTE

Dans la chauniine étroite où vit la pauvreté, Comme sous les lambris où s'endort la mollesse,

La nature, dans sa largesse, Fit naître le désir d'un éclat mérité.

Un poète-berger (la poésie inspire Les ouvriers des champs et ceux de l'atelier ; Au temple du travail sa lampe aime à veiller, Et parfois le marteau s'accorde avec la lyre) Un poète-berger module une chanson :

« Humble et modeste violette

Qui te caches sous le buisson...

— Je ne me cache pas! interrompt la fleurette. Si j'ai reçu le jour sous le rude arbrisseau, C'est l'avare destin qui me fit ce berceau. Mais bientôt je renonce aux lieux de ma naissance; Ma couleur, mes parfums signalent ma présence; D'un amant quelquefois le doigt ensanglanté Avec bonheur m'attache au sein de la beauté; Je devance toujours la rose printanière; Aux bals, dans les concerts, au théâtre, aux salons, On accorde la palme à la fleur des vallons. . .

FABLLS. 181

Jadis d'un empereur j'ornai la boutonnière!

Que rêve, dans ses nuits, l'humble fille des champs?

In brillant mariage, une riche toilette;

Ne vois-tu pas la gloire en tes rustiques chants ?...

Ah î crois-moi, de la violette

Les poètes ont trop vanté L'antique modestie et la simplicité. »

Rade de Brest, à boid du Dogmmur, 29 janvier îsiis.

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