LE CÈDRE DU LIBAN
Un cèdre rabougri, véritable avorton,
D'un cèdre gigantesque indigne rejeton,
Végétait au Liban, inconnu, solitaire.
Mais, rêvant les honneurs d'un rang héréditaire,
L'orgueilleux se disait : « Si mon père autrefois
Orna de ses lambris les palais de nos rois ,
Je puis des temples saints enrichir les portiques,
Ou, me transfigurant sous la main du sculpteur,
Déployer sur l'autel mes ailes séraphiques. »
Hélas! qu'il bâtissait un avenir menteur!
Bientôt, l'appréciant à sa juste valeur,
Le bûcheron armé sans pitié vint l'abattre.
Et jusqu'à la racine extirpa le crétin.
Il en fit des fagots qu'il porta dans son âtre, Où le cèdre expira maudissant son destin.
Que du sang d'un héros naisse un lâche Thersite, Qu'un homme de génie enfante un ignorant, Au fils dégénéré donnera-t-on le rang Que le glorieux père acquit par son mérite?