‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 224 sur 354 · L'ORCHESTRE · texte numérisé non relu

L'ORCHESTRE

Deux amis, le premier pessimiste et railleur.

Dit notre pessimiste, en reprenant son thème.

L'autre rêvant pour tous un avenir meilleur,

Le parallèle est peu flatteur,

Chaudement soutenaient leurs différents systèmes.

Mais il offre l'attrait de la vérité même. »

« Mon cher, vous poursuivez d'insolubles problèmes

11 parlait; tout à coup l'archet régulateur

Dit enfin le sceptique; il y faut renoncer.

Soumet les instruments à sa loi fraternelle.

De votre Eldorado nous devons nous passer.

Pas un ne s'y montre rebelle ;

Loin de vous confier aux mensonges d'un prisme,

Le rôle est à chacun sagement adapté;

. Descendez au réel', songez à l'égoismc

Et le rauque clairon, et le hautbois si tendre.

Qui tient les hommes divisés.

Et la flûte au son velouté,

Les voyez-vous de caractères,

Ensemble ou tour à tour savent se faire entendre.

De vœux el de besoins constamment opposés?

Depuis le violon, virtuose accompli,

Comment associer ces éléments contraires?

Jusqu'au triangle monotone,

Tous les beaux résultats, par des rêveurs promis.

A nul on n'imposa le silence et l'oubli.

Ce sont les fruits dorés du pays des chimères :

L'Orchestre pleure, gronde, tonne;

Je le crois comme vous, les hommes seront frères;

C'est l'amour, c'est la paix, la guerre, l'ouragan.

Mais toujours ils vivront en frères ennemis. »

De celle immense voix, de ce foyer géant

A riposter l'autre s'apprête,

L'harmonie en torrents roule et se précipite.

Lorsque d'un grand concert l'affiche les arrête.

Tout l'auditoire est enchanté

Ils prennent place. En ce moment

Et de bonheur tout cœur palpite.

Chaque instrument ,

« Ami, dit le croyant, de plaisir transporté,

Sur tous les tons, à part, sans mesure, résonne.

Loin de vous, désormais, le doute et l'ironie;

C'est un bruit, un vacarme à rendre les gens sourds

Le contraste des sons a produit l'harmonie :

Mais ce lohu-bohu n'épouvante personne :

C'est le tableau vivant de la fraternité,

Tout concert, on le sait, prélude ainsi toujours.

El l'unité nailra de la diversité. »

« Du chaos social je trouve ici l'emblème!

LE BOUQUET D'ÉGLÀNTINES.

Victor, écolier paresseux, Eût voulu sans élude acquérir la science. Il admirait les beaux-arts, l'éloquence; Mais pour lui le travail était un joug affreux.

Son maître, homme plein de prudence, Lui prépare, un beau jour, une utile leçon 11 conduit dans les champs le petit polisson : « Cueille-moi, lui dit-il, un Bouquet d'Églantines. » Victor vole soudain au [dus prochain buisson. Il h est pas, on le sait, de roses sans épines : H se pique les doigts, et s'enfuit en pleurant

Son professeur, le rassurant, Lui dit : « Arrache, enfant, une épine traîtresse, Et de la fleur alors ta main sera maîtresse. » Bientôt notre écolier, justement orgueilleux, Revient en brandissant le Bouquet périlleux, ci J'ai su l'offrir par là, dit le professeur sage, Des travaux de l'esprit une vivante image : Veux-tu de la science atteindre les beautés? Par un travail ardent surmonte avec courage

L'étude et ses difficultés, Ronces qui devant loi naissent de tous côtés. »

KAlSl.ES DE LACllAMli! \l LUI:.

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