UNE NUIT D'ETE
Des moissons c'est le mois brillant; Le pied loger, le cœur brûlant,
T'en souviens-tu ?
A l'heure où la lune étincelle, Nous voilà partis, ô ma belle;
T'en souviens-tu?
Du pain, du vin dans un panier, Nous suivions un étroit sentier,
T'en souviens-tu ?
Toi plus heureuse qu'une reine, El moi plus fier qu'un capitaine :
T'en souviens-tu ?
Cote à côte, main dans la main, Nos voix animaient le chemin,
T'en souviens-tu?
En ces instants chaque parole Est un mélodieux symbole :
T'en souviens-tu ?
Sur le gazon , n'est-ce pas, dis, S'offrit à nous le paradis ,
T'en souviens-tu?
Sur nos têtes les tourterelles En extase agitaient leurs ailes :
T'en souviens-tu?
De son calme et mouvant flambeau La lune argentait ce tableau,
T'en souviens-tu ?
Les chênes, les hêtres, les aulnes Vers le ciel dressaient leurs colonnes
T'en souviens-tu ?
Les Heurs embaumaient à l'enlour ; Celait le temple de l'amour,
T'en souviens-tu?
L'Opéra, fertile en merveilles, Jamais n'en montra de pareilles:
T'en souviens-tu?
Le couple, sans peur des jaloux , Revint bras dessus bras dessous,
T'en souviens-tu?
Leur âme comme une ambroisie lîuvail à flots la poésie :
T'en souviens-tu?
Pour mon esprit et pour mon cœur Que celle nuit eut de douceur!
T'en souviens-tu?
Toujours, ô belle fiancée, Elle vivra dans ma pensée :
T'en souviens-tu?