‹ Fables de P. LachambeaudieChapitre 42 sur 354 · MEDOR · texte numérisé non relu

MEDOR

Efflanqué, souffreteux, constamment enchaîné, Médor dans son chenil hurlait comme un damné.

Quand près de lui chacun passe et repasse,

Tous à l'envi savent le fustiger; Mais aucun ne lui donne un seul os à ronger. Pourquoi? — C'est que Médor n'est pas de bonne race, C'est qu'il n'a pas le poil assez lin, assez beau. I.e maître pour Azor réserve les caresses, Les morceaux délicats, les soins, les gentillesses;

Médor a les coups pour cadeau.

Le maître, armé d'un fouet, gagne nu jour le tonneau Où notre paria traîne son existence :

« Je m'en vais, lui dit-il, t'étriller d'importance, Et payer dignement ton infernal sabbat.

Disant ces mots, il le bat, il le liai, Tant que son pauvre dos n'est plus qu'une blessure. Mais de sa chaîne enfin Médor se délivrant,

S'élance au cou de son tyran, El lui l'ait à la face une large morsure, Les domestiques accourant.

Vont délivrer leur maître et saisir le coupable.

Chacun s'efforce alors d'inventer un tourment

Capable d'expier ce crime abominable.

« 11 faut le fusiller, dit quelqu'un... — Doucement!

11 faut l'écoreher vif... — Non pas, il faut le pendre... «

C'est un bruit à ne plus s'entendre.

Mais un voisin leur dit : « Amis, assurément, Vous auriez évité ce triste événement, Si vous aviez voulu , du Chien brisant la chaîne ,

Lui ménageT un meilleur sort.

Or, maintenant, quelque genre de mort

Que lui prépare votre haine, Je soutiendrai toujours que seuls vous avez tort; Car vous pouviez en faire un serviteur fidèle, Et vous n'en avez fait qu'un esclave insoumis. »

Chez nous un crime est-il commis, Tous nos législateurs, se piquant d'un beau zèle, Forgent cenl lois pour le punir :

Que font-ils pour le prévenir?...

FABLES DE LACIï VMBEAUDIE.

•il

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