Ï/OMBRE DE SALOMON
A certain laboureur le plus sage des mis
En songe apparut une fois :
« A tes pieds, lui dit-il, contemple La fourmi du travail suivant les saintes lois. Et son activité le servira d'exemple. » A ces mots s'envola l'Ombre de Salomon. De la charrue alors saisissant le timon, L'homme aux champs chaque jour allait avant l'aurore. A quatre-vingt-dix ans il labourait encore», Lorsqu'un soir reparut l'antique vision : « Et quoi! jusqu'à la mort tu travailles.' > dit-elle. « Vous m'offrîtes jadis la fourmi pour modèle... — Mais, l'été, la fourmi l'ait sa provision
Pour vivre, dans l'hiver, à l'abri de l'orage : L'hiver, c'est la vieillesse, et l'été, le jeune Age : L'homme a droit au repos ainsi que la fourmi...
— Sans relâche an travail la misère m'enchaîne. Car le travail du jour au jour suffit à peine.
— N'as-tu pas quelque fils ou quelque jeune ami Dont le hras vigoureux du travail te dispense?
— Comme moi, pour compagne ils ont la pauvreté!
— Au laboureur, grand Dieu, donne sa récompense
Dit l'Ombre ; accorde . en ta bonté, Un travail fructueux à l'ardente jeunesse, Et du repos à la \ ieillcsse !... »