LA VERTE ET LA CONSCIENCE
Certain jour, la Vertu passait, Répandant sur chaque souffrance Le. pain si doux de l'espérance.
A chaque cœur elle laissait Le souvenir d'une caresse, Le diviti baume d'un bienfait :
Tous avaient part à sa tendresse.
Or, quand les justes dans leurs chants
Mêlaient leurs actions de grâces,
Les Vices, ingrats et méchants,
En blasphémant suivaient ses traces.
Mais tant que ces démons jaloux ,
Lançant l'outrage et les cailloux,
Confondirent leurs cris de rage, Une voix lui cria : Courage!
Lue main essuya le sang Qui baignait son corps fléchissant.
Jusqu'au sommet de son calvaire, Elle entendit la même voix, Et la main douce et tutélaire Porta la moitié de sa croix.
« Accepte ma reconnaissance, Dit en expirant la Vertu ; M, ds, terrestre ou divine essence, Ange ou femme, qui donc es-tu / — Je suis... je suis ta Conscience.
FABLES DK LACHAMBEADDIE.
LE LABOIREIR.
D'un terrain rocailleux maudissant la culture,
fiuillot laisse ses bœufs errer à l'aventure.
Brise et rejette au loin l'impuissant aiguillon ,
S'assied, désespéré, sur un triste sillon,
Et dit : « Je ne veux plus, sur un sol infertile.
Supporter les sueurs d'un labeur inutile;
Dans ces champs, de cailloux, de ronces hérissés,
Vingt bœufs, avant le soir, tomberaient harasses;
Puis, les oiseaux du ciel, avant qu'ils soient en herbe
Dévoreront les grains par ma main dispersés,
Et, plus tard, la tempête et les vents courroucés
Ne me laisseront pas récolter une gerbe... »
Aussitôt un passant, qui l'avait entendu.
Vient lui rendre en ces mots l'espoir qu'il a perdu :
« Tu t'imposas, sans doute, une pénible tâche;
Eh bien! jusqu'à la fin poursuis-la sans relâche; Arrache, chaque jour, avec acharnement, Les ronces, les cailloux qui causent ton tourment, Et lu verras, malgré les oiseaux et l'orage, D'abondantes moissons te payer ton courage... »
Vous qui de l'avenir creusez les vastes champs.
Kl semez du progrès la semence céleste,
Si plus d'un épi meurt sous le pied des méchants,
De l'incrédulité si le souffle est funeste,
Sachez d'un dur labeur vaincre les longs ennuis;
Par la persévérance enfantez des prodiges.
De grandes vérités mûriront sur leurs tiges,
Dont les peuples un jour recueilleront les fruits.