L'ASSAUT D'ARMES ET LE PAYSAN
On donnait un Assaut dans une salle d'armes.
Les maîtres, les prévôts, les simples amateurs,
D'un jeu fort innocent venaient goûter les charmes.
Un lourdaud se trouvait parmi les spectateurs;
C'était un Paysan de Brivcs-la-Caillarde.
Voyant que nos champions allaient se mettre en garde,
11 sanglote et s'écrie : « Oh! ne vous tuez pas!
Je ne puis d'un poulet contempler le trépas,
El l'on veut que je voie un tel carnage en face!
Messieurs, laissez-moi fuir ou finissez, de grâce...
— Es-tu fou, lui dit-on, radotes-tu, vraiment?
Ce n'est qu'un jeu paisible, un pur amusement.
I ii plastron rembourré cuirasse leur poitrine;
Sous un bouton se cache une pointe assassine;
Un masque est sur leur face et des gants a leurs mains...
Tu les verras bientôt, débonnaires, humains,
En loyaux compagnons se donner l'accolade.
Et s'en aller gaîment boire mainte rasade. »
Cet assaut de bretleurs, combat inoffensif, Je le compare à ceux de certains journalistes
Que le public, par trop naïf, Croit de grands ferrailleurs, de francs antagonistes. Au rocher de Cancale, au bal, à l'Opéra, Où chaque jour le plaisir les rassemble,
Us s'en vont préparer ensemble
Les bottes qu'on se portera; Us se disent aussi comment on parera
El comment on ripostera...
Lecteur, ne les prends plus, par trop de confiance,
Pour des ennemis acharnés; D'élastiques plastrons couvrent leur conscience,
El leurs fleurets sont boutonnés...
LE IlOI ET LES MINES D'OU.
Dans un pays fertile en Mines d'or, Un Prince, à son orgueil donnant un libre essor,
Disait : « Les Mines du Potosc, Près des nôtres, ma foi, vaudraient fort peu de chose, El Crôsus, entre nous, n'était qu'un mendiant.
Les merveilles de l'Orient Vont pâlir à ma voix ainsi qu'un vain fantôme : Je veux que dès demain on pave mon royaume De ce métal divin à l'éclat sans pareil, Et que cent palais d'or éclipsent le soleil.
Pauvres, qui vous courbez sans cesse Pour de maigres épis sur des sillons ingrats, De plus nobles travaux réclament tous vos bras; Dans les flancs de la terre est l'unique richesse I... Dès qu'un Roi dit : Je veux! sans aucun examen
Les courtisans disent : Amen!
Ils applaudirent tous à cette œuvre insensée. La reine, alors, voyant la glèbe délaissée
Pour une futile moisson,
Réserve à son époux une haute leçon :
Une femme a toujours quelque sainte pensée.
Elle annonce pour certain jour Un festin somptueux au Monarque, à sa cour. Le jour dit, au salon la foule qui s'avance Des mets les plus exquis savoure l'espérance. L'heure du banquet sonne, et l'on apporte enfin Des plats tout chargés d'or, mais de l'or le plus fin, Qu'on place en observant l'ordre et la symétrie. « C'est, pensa-t-on d'abord, pure plaisanterie; On veut par ces retards aiguiser notre faim ; Patience! les dents vont faire leur office. »
On attend le second service :
Au second, au dernier, qu'apporte-t-on encor? De l'or; puis au dessert? de l'or, toujours de l'or. « Vous le voyez, seigneurs, dit la sage princesse, Ce métal attrayant n'est qu'un fictif trésor, El sans l'agriculture il n'est pas de richesse!... »