‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 150 sur 287 · POUR MADEMOISELLE DE SILLEKY I · texte numérisé non relu

POUR MADEMOISELLE DE SILLEKY I

J'avais Esope quitté

Pour être tout à Boecace2;

1 Gabrielle-Françoisé Brûlait de Sillery, nièce, par sa mère, du duc de la Rochefoucauld, l'auteur des Maximes. Elle fui mariée te -2"> mai i<i~;> à Louis de Tibcrgeau, marques de la Mothe au Maine, el mourut à Paris, le -27 juin 1732, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. (Voyez notre Histoire de la vie et des ouvrages de la Fou/aine, troisième édition, p. 289.) Ces faits prouvent que notre auteur a com-i posé celte (aide avant le mois de mai 1675.

- Un grand nombre de fables de notre poêle sont tirées d'Ésope,

Mais une divinité Veut revoir sur le Parnasse Des fables de ma façon.

Or, d'aller lui dire : Non, Sans quelque valable excuse, Ce n'est pas comme on en use Avec les divinités, Surtout quand ce sont de celles Que la qualité de Belles Fait reines des volontés.

Car, afin que l'on le sache, C'est Sillerv qui s'attache A vouloir que , de nouveau , Sire loup, sire corbeau, Chez moi se parlent en rime.

Qui dit Sillerv dit tout; Peu de gens en leur estime Lui refusent le liant bout, Comment le pourrait-on faire?

Pour venir à notre affaire, Mes contes, à son avis, Sont obscurs : les beaux esprits N'entendent pas toute chose1.

Faisons donc quelques récits Qu'elle déchiffre sans glose :

et il a puisé dans Boccace les sujets de plusieurs de ses contes. Il en avait publié un recueil en 1675, dont la vente avait été interdite par sentence de police • ce qui ne l'empêchait pas d'avouer qu'il s'occupait encore à composer de nouveaux contes. Peut-être aussi cet aveu prouve-l-il que la composition de celle fable est antérieure à l'année 1675. Quoi qu'il en soit, il inséra de nouveaux contes parmi d'autres poésies de lui. publiées postérieurement à cette fable, en 108-2 et en 1685.

1 Une demoiselle qui ne craignait pas d'avouer qu'elle avait lu les contes de notre poète, devait désirer l'aire croire qu'elle ne les comprenait pas bien. Il est étonnant qu'un esprit aussi délié que "Jiamfort n'ait pas entendu le sens de celte phrase, ni aperçu l'iïQnie line et délicate qu'elle renferme.

Amenons des bergers ; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moutons.

Tircis disait un jour à la jeune Amarante :

Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal

Qui nous plaît et qui nous enchante, Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal !

Souffrez qu'on vous le communique ;

Croyez-moi, n'ayez point de peur :

Voudrais-je vous tromper, vous, pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur?

. Amarante aussitôt réplique :

Comment l'appelez- vous, ce mal? quel est son nom?

— L'amour. — Ce mot est heau ! dites-moi quelques marques A quoi je le pourrai connaître : que sent-on?

— Des peines près de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie , on se plaît

Toute seule en une forêt.

Se mire-t-on près d'un rivage , Ce n'est pas soi qu'on voit ; on ne voit qu'une image Qui sans cesse revient , et qui suit en tous lieux :

Pour tout le reste on est sans yeux.

II est un berger du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir :

On soupire à son souvenir ; On ne sait pas pourquoi, cependant on soupire, On a peur de le voir, encor qu'on le désire.

Amarante dit à l'instant :

Oh! oh! c'est là ce mal que vous me prêchez tant! II ne m'est pas nouveau : je pense le connaître.

Tircis à son but croyait être , Quand la belle ajouta : Voilà tout justement

Ce que je sens pour Clidamant.

L'autre pensa mourir de dépit et de honte.

Il est force gens comme lui.

J.A FONTAINE. If

Qui prétendent n'agir que pour leur propre compte Et qui font le marché d'autrui.

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