XIX. 1/ Avantage de la Science
Entre deux bourgeois d'une ville
S'émut1 jadis un différend :
L'un était pauvre, mais habile;
L'autre, riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
Voulait emporter l'avantage;
Prétendait que tout homme sage
Était tenu de l'honorer.
C'était tout homme sot : car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite?
La raison m'en semble petite.
Mon ami , disait-il souvent Au savant,
Vous vous croyez considérable ;
Mais, dites-moi, tenez-vous table?
Que sert à vos pareils de lire incessamment2? Ils sont toujours logés à la troisième chambre3 , Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre , Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
1 Survint, s'éleva.
- Sans cesse. C'est dans ce sens que Boileau a dit :
La vieillesse chagriné incessampieRt amasse.
Art poétique, eh. III, V. 283.
Hais le mol incessamment signifie plus ordinairement sans délai. 3 C'est-à-dire au troisième étage.
La république a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien !
Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. >~ous en usons , Dieu sait ! notre plaisir occupe L'artisan , le vendeur, celui qui fait la jupe , Et celle qui la porte , et vous , qui dédiez
A messieurs les gens de finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d'impertinence
Eurent le sort qu'ils méritaient.
L'homme lettré se tut, il avait trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient :
L'un et l'autre quitta sa ville.
L'ignorant resta sans asile ;
il reçut partout des mépris :
L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.