‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 156 sur 287 · XIX. 1/ Avantage de la Science · texte numérisé non relu

XIX. 1/ Avantage de la Science

Entre deux bourgeois d'une ville

S'émut1 jadis un différend :

L'un était pauvre, mais habile;

L'autre, riche, mais ignorant.

Celui-ci sur son concurrent

Voulait emporter l'avantage;

Prétendait que tout homme sage

Était tenu de l'honorer.

C'était tout homme sot : car pourquoi révérer

Des biens dépourvus de mérite?

La raison m'en semble petite.

Mon ami , disait-il souvent Au savant,

Vous vous croyez considérable ;

Mais, dites-moi, tenez-vous table?

Que sert à vos pareils de lire incessamment2? Ils sont toujours logés à la troisième chambre3 , Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre , Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.

1 Survint, s'éleva.

- Sans cesse. C'est dans ce sens que Boileau a dit :

La vieillesse chagriné incessampieRt amasse.

Art poétique, eh. III, V. 283.

Hais le mol incessamment signifie plus ordinairement sans délai. 3 C'est-à-dire au troisième étage.

La république a bien affaire

De gens qui ne dépensent rien !

Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. >~ous en usons , Dieu sait ! notre plaisir occupe L'artisan , le vendeur, celui qui fait la jupe , Et celle qui la porte , et vous , qui dédiez

A messieurs les gens de finance

De méchants livres bien payés.

Ces mots remplis d'impertinence

Eurent le sort qu'ils méritaient.

L'homme lettré se tut, il avait trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient :

L'un et l'autre quitta sa ville.

L'ignorant resta sans asile ;

il reçut partout des mépris :

L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.

Cela décida leur querelle.

Laissez dire les sots : le savoir a son prix.

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