‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 158 sur 287 · XXI. L<e Faucon et le Cliaprm · texte numérisé non relu

XXI. L<e Faucon et le Cliaprm

Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;

Ne vous pressez donc nullement :

Ce n'était pas un sot, non, non , et croyez-m'en ,

Que le chien de Jean de Nivelle 2.

* TAR. La Fontaine, comme tous ses contemporains, écrit toujours VuJcan. Cette orthographe , plus conforme à l'étymologie , introduirait dans ce vers une désagréable cacophonie.

i Le carrel, ou carreau, ou quarriau, était une flèche fort, grosse, dont le fer avait la pointe triangulaire.

2 Allusion au proverbe qui dit . Il ressemble au chien de Jean de Nivelle, qui s'enfuit quand on l'appelle. La Fontaine parait avoir ignoré l'origine de ce proverbe, qu'on raconte de la manière suivante : Jean II, duc de Montmorency, voyant que la guerre allait se rallumer avec Louis XI et le duc de Bourgogne, fit sommer à son de trompe ses deux fils, Jean de Nivelle et Louis de Fosseuse, de quitter la Flandre, où ils avaient des biens considérables, et de venir servir le roi; aucun des deux ne voulut se fendre à cette sommation. Leur père, irrité, les traita de chiens, et les déshérita.

Un citoyen du Mans, chapon de son métier,

Était sommé de comparaître

Par-devant les lares du maître, Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose : Petit, petit, petit! mais, loin de s'y lier, Le Normand et demi laissait les gens crier. Serviteur, disait-il; votre appât est grossier :

On ne m'y tient pas , et pour cause.

Cependant un faucon sur sa perche voyait

Notre Manseau qui s'enfuyait.

Les chapons out en nous fort peu de confiance ,

Soit instinct, soit expérience.

Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé. Devait, le lendemain, être d'un grand soupe, Fort à l'aise en un plat , honneur dont la volaille

Se serait passée aisément.

L'oiseau chasseur lui dit : Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille, Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.

Le vois-tu pas à la fenêtre?

Il t'attend : es-tu sourd? Je n'entends que trop bien, Repartit le chapon : mais que me veut-il dire? Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau?

Reviendrais-tu pour cet appeau?

Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.

Si tu voyais mettre à la broche

Tous les jours autant de faucons

Que j'y vois mettre de chapons , Tu ne me ferais pas un semblable reproche.

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