‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 189 sur 287 · IX. Le t'iiien à qui on a coupé les oreilles · texte numérisé non relu

IX. Le t'iiien à qui on a coupé les oreilles

Qu'ai-je fait , pour me voir ainsi

Mutilé par mon propre maître ?

Le bel état où me voici !

Devant les autres chiens oserai-je paraître * ? O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,

Qui vous ferait choses pareilles !

Ainsi criait Mouflar1, jeune dogue; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Venaient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyait perdre. Il vit avec le temps Qu'il y gagnait beaucoup ; car, étant de nature A piller ses pareils, mainte mésaventure

L'aurait fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée : Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.

Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui , C'est le mieux. Quand on n'a qu'un endroit à défendre, On le munit , de peur d'esclandre.

- V.ut. Édit. 1679 et 1729 : Parêtre. La Fontaine a écrit ainsi pour la rime, et par licence poétique. Voyez la fable xiv du livre VIII, qui présente un exemple semblable.'

1 Corps à grosse tête, du mot mufle. Ce nom est encore emprunté de Rabelais, 1. H, en. xu.

Témoin maître Mouflar armé d'un gorgerin1; Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main, Un loup n'eût su par où le prendre.

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