IX. Le Loup et le Renard
D'où vient que personne en la vie N'est satisfait de son état?
i Coste explique ce mot de la manière suivante : « Terme plaisant et burlesque emprunté des Italiens, qui l'ont inventé pour désigner un maître d'école qui, pour se rendre plus vénérable à ses écoliers, porte une longue barbe, barbam colit. » Cette explication a été répétée par tous les commentateurs de notre poète. On peut douter qu'elle soit exacte. Le mot barbacolet, ou aucun autre semblable, ne se trouve point dans le grand dictionnaire de la langue italienne d'Alberti. On trouve dans un opéra intitulé Carnaval Mascarade, seconde entrée, un maître d'école italien nommé Barbacole. Le Carnaval Mascarade parut pour la première fois en 1G7.">; c'est un ballet à neuf entrées. Voyez A necdotes dramatiques, 177"». tome I, |>. lTtj.
374 Livre xii. fable iz.
Tel voudrait bien être soldat A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on, Se faire loup. Eh ! qui peut dire Que pour le métier de mouton Jamais aucun loup ne soupire?
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince1 eu fable ait mis la chose, Pendant que sous mes cheveux blancs Je fabrique à force de temps Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés Ne sont en l'ouvrage du poète Ni tous ni si bien exprimés :
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette , C'est mon talent ; mais je m'attends Que mon héros, dans peu de temps, Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un grand prophète :
Cependant je lis dans les deux , Que bientôt ses faits glorieux Demanderont plusieurs Homères; Et ce temps-ci n'en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères , Essayons de conter la fable avec succès.
Le renard dit au loup : Notre cher, pour tout mets J'ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets :
C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard :
Le duc de Bourgogne.
J'approche des maisons, tu te tiens à l'écart. Apprends-moi ton métier, camarade , de grâce.
Rends-moi le premier de ma race Qui fournisse son croc de quelque mouton gras : Tu ne me mettras point au nombre des ingrats. Je le veux , dit le loup : il m'est mort un mien frère , Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras. Il vint ; et le loup dit : Voici comme il faut faire , Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.
Le renard , ayant mis la peau , Répétait les leçons que lui donnait son maître. D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux , puis bien;
Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvait l'être , Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
Tel, vêtu des armes d'Achille, Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville : Mères, brus, et vieillards, au temple couraient tous. L'ost1 du peuple bêlant crut voir cinquante loups : Chien, berger, et troupeau, tout fuit vers le village Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s'en saisit. A quelques pas de là Il entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla,
Jetant bas sa robe de classe , Oubliant les brebis, les leçons, le régent,
Et courant d'un pas diligent.
Que sert-il qu'on se contrefasse?
Prétendre ainsi changer est une illusion : L'on reprend sa première trace A la première occasion.
De votre esprit , que nul autre n'égale ,
i L'armée.
Prince, ma muse tient tout entier ce projet: Vous m'avez donné le sujet, Le dialogue, et la morale.