POESIE
Cent humides baisers achèvent ses adieux. O vous, tristes plaisirs où leur âme se noie, Vains et derniers efforts d'une imparfaite joie , Moments pour qui le sort rend leurs vœux superflus , Délicieux moments, vous ne reviendrez plus! Adonis voit un char descendre de la nue : Cythérée y montant disparaît à sa vue.
C'est en vain que des yeux il la suit dans les airs :
Rien ne s'offre à ses sens que l'horreur des déserts.
Les vents, sourds à ses cris, renforcent leur haleine :
Tout ce qu'il vient de voir lui semble une ombre vaine.
Il appelle Vénus, fait retentir les bois,
Et n'entend qu'un écho qui répond à sa voix.
C'est lors que , repassant dans sa triste mémoire
Ce que naguère il eut de plaisir et de gloire,
Il tâche à rappeler ce bonheur sans pareiL:
Semblable à ces amants trompés par le sommeil ,
Qui rappellent en vain pendant la nuit obscure
Le souvenir confus d'une douce imposture.
Tel Adonis repense à l'heur qu'il a perdu ;
Il le conte aux forets, et n'est point entendu:
Tout ce qui l'environne est privé de tendresse :
Et, soit que des douleurs la nuit enchanteresse
Plonge les malheureux au suc de ses pavots ,
Soit que l'astre du jour ramène leurs travaux,
Adonis sans relâche aux plaintes s'abandonne ,
De sanglots redoublés sa demeure résonne.
Cet amant toujours pleure, et toujours les zéphyrs
En volant vers Paphos sont chargés de soupirs.
La moMe oisiveté, la triste solitude,
Poisons dont il nourrit sa noire inquiétude,
Le livrent tout entier au vain ressouvenir
Qui le vient malgré lui sans cesse entretenir.
Enfin, pour divertir l'ennui qui le possède,
On lui dit que la chasse est un puissant remède.
442 ADOXIS.
Dans ces lieux pleins de paix , seul aveeque l'amour.,
Ce plaisir occupait les héros d'alentour.
Adonis les assemble, et se plaint de l'outrage
Que ces champs ont reçu d'un sanglier plein de rage
Ce tyran des forêts porte partout l'effroi ;
Il ne peut rien souffrir de sûr autour de soi :
L'avare laboureur se plaint à sa famille
Que sa dent a détruit l'espoir de la faucille :
L'un craint pour ses vergers, l'autre pour ses guérets:
Il foule aux pieds les dons de Flore et de Cérès :
Monstre énorme et cruel, qui souille les fontaines,
Qui fait bruire les monts, qui désole les plaines,
Et, sans craindre l'effort des voisins alarmés,
S'apprête à recueillir les grains qu'ils ont semés.
Tâcher de le surprendre est tenter l'impossible :
Il habite en un fort épais , inaccessible.
Tel on voit qu'un brigand fameux et redouté
Se cache après ses vols en un antre écarté ,
Fait des champs d'alentour de vastes cimetières ,
Ravage impunément des provinces entières,
Laisse gronder les lois, se rit de leur courroux ,
Et ne craint point la mort, qu'il porte au sein de tous
L'épaisseur des forêts le dérobe aux supplices.
C'est ainsi que le monstre a ces bois pour complices.
Mais le moment fatal est enfin arrivé
Où, malgré sa fureur, en son sang abreuvé,
Des dégâts qu'il a faits il va payer l'usure.
Hélas ! qu'il vendra cher sa mortelle blessure !
Un matin que l'Aurore au teint frais et riant A peine avait ouvert les portes d'Orient , La jeunesse voisine autour du bois s'assemble ; Jamais tant de héros ne s'étaient vus ensemble. Anténor le premier sort des bras du sommeil, Et vient au rendez-vous attendre le soleil ; La déesse des bois n'est point si matinale :
Cent fois il a surpris l'amante de Céphale; Et sa plaintive épouse a maudit mille fois Les veneurs et les chiens, le gibier et les bois. Il est bientôt suivi du satrape Alcamène, Dont le long attirail couvre toute la plaine. C'est en vain que ses gens se sont chargés de rets ; Leur nombre est assez grand pour ceindre les forêts. On y voit arriver Bronte aii cœur indomptable : Et le vieillard Capys, chasseur infatigable , Qui, depuis son jeune âge ayant aimé les bois, Rend et chiens et veneurs attentifs à sa voix. Si le jeune Adonis l'eût aussi voulu croire , Il n'aurait pas sitôt traversé l'onde noire. Comment l'aurait-il cru, puisqu'en vain ses amours L'avaient sollicité d'avoir soin de ses jours? Par le beau Callion la troupe est augmentée. Gilippe vient après, fds du riche Acantée. Le premier, pour tous biens, n'a que les dons du corps; L'autre, pour tous appas, possède les trésors. Tous deux aiment Chloris , et Chloris n'aime qu'elle : Ils sont pourtant parés des faveurs de la belle. Phlègre accourt et Mimas, Palmyre aux blonds cheveux, Le robuste Crantor aux bras durs et nerveux, Le Lycien ïélame , Agénor de Carie , Le vaillant Triptolème , honneur de la Syrie , Paphe expert à lutter, Mopse à lancer le dard , Lycaste , Palémon , Glauque , Hilus , Amilcar ; Cent autres que je tais, troupe épaisse et confuse : Mais peut-on oublier la charmante Aréthuse , Vréthuse au teint vif, aux yeux doux et perçants, Qui pour le blond Palmyre a des feux innocents ? On ne l'instruisit point à manier la laine ; Courir dans les forêts , suivre un cerf dans la plaine , Ce sont tous ses plaisirs : heureuse si son cœur . Eut pu se garantir d'amour comme de peur ! On la voit arriver sur un cheval superbe
Dont à peine les pas sont imprimés sur l'herbe ; D'une charge si belle il semble glorieux : Et, comme elle, Adonis attire tous les yeux : D'une fatale ardeur déjà son Iront s'allume ; Il marche avec un air plus fier que de coutume. T'el Apollon marchait quand l'énorme Python L'obligea de quitter l'ombre de l'Hélicon. Par l'ordre de Capys la troupe se partage. De tant de gens épars le nombreux équipage, Leurs cris, l'aboi des chiens, les cors mêlés de voix, Annoncent l'épouvante aux hôtes de ces bois. Le ciel en retentit, les échos se confondent, De leurs palais voûtés tous ensemble ils répondent. Les cerfs , au moindre bruit à se sauver si prompts , Les timides troupeaux des daims aux larges fronts, Sont contraints de quitter leurs demeures secrètes : Le bois n'a plus pour eux d'assez sombres retraites. On court dans les sentiers , on traverse les forts ; Chacun, pour les percer, redouble ses efforts.
Au fond du bois croupit une eau dormante et sale : Là le monstre se plaît aux vapeurs qu'elle exhale; I! s'y vautre sans cesse, et chérit un séjour Jusqu'alors ignoré des mortels et du jour. On ne l'en peut chasser : du souci de sa vie Bien plus à sa valeur qu'à sa fuite il se fie. Les cors ont beau sonner, l'air a beau retentir, Rien ne saurait encor l'obliger à partir. Cependant les destins hâtent sa dernière heure. Dryope la première évente sa demeure :
Les autres chiens, par elle aussitôt avertis, Répondent à sa voix, frappent l'air de leurs cris, Entraînent les chasseurs, abandonnent leur quête : Toute la meute accourt , et vient lancer la bête , S'anime en la voyant, redouble son ardeur : Mais le fier animal n'a point encor de peur.
Le coursier d'Adonis , né sur les bords du Xanthe , Ne peut plus retenir son ardeur violente : Une jument d'Ida l'engendra d'un des Vents; Les forêts l'ont nourri pendant ses premiers ans. Il ne craint point des monts les puissantes barrières, >i l'aspect étonnant des profondes rivières, Ni le penchant affreux des rocs et des vallons; D'haleine en le suivant manquent les aquilons. Adonis le retient pour mieux suivre la chasse.
Enfin le monstre est joint par deux chiens dont la race
Vient du vite Lélaps, qui fut l'unique prix
Des larmes dont Céphale apaisa sa Procris :
Ces deux chiens sont Mélampe et l'ardente Sylvage.
Leur sort fut différent, mais non pas leur courage;
Par l'homicide dent Mélampe est mis à mort;
Sylvage au poil de tigre attendait même sort,
Lorsque l'un des chasseurs se présente à la bête,
Sur lui tourne aussitôt l'effort de la tempête :
11 connaît, mais trop tard, qu'il s'est trop avancé;
Son visage pâlit, son sang devient glacé;
L'image du trépas en ses yeux est empreinte :
Sur les traits des mourants la mort n'est pas mieux peinte.
Sa peur est pourtant vaine 3 et, sans être blessé,
Du monstre qui le heurte il se sent terrassé.
Nisus, ayant cherché son salut sur un arbre,
Rit de voir ce chasseur plus froid que n'est un marbre :
Mais lui-même a sujet de trembler à son tour.
Le sanglier coupe l'arbre, et les lieux d'alentour
Résonnent du fracas dont sa chute est suivie :
NiSus encore en l'air fait des vœux pour sa vie.
Conterai-je en détail tant de puissants efforts,
Des chiens et des chasseurs les différentes morts,
Leurs exploits avec eux cachés sous l'ombre noire?
Seules vous les savez, ô filles de Mémoire :
Venez donc m'inspirer, et , conduisant ma voix ,
Faites-moi dignement célébrer ces exploits. Deux lices d'Anténor, Lycoris et Niphale, Veulent qu'aux yeux de tous leur ardeur se signale. Le vieux Capys lui-même eut soin de les dresser: Au sanglier l'une et l'autre est1 prête à se lancer. Un matin les devance , et se jette en leur place ; C'est Phlégon, qui souvent aux loups donne la chasse. Armé d'un fort collier qu'on a semé de clous, A l'oreille du monstre il s'attache en courroux : . Mais il sent aussitôt le redoutable ivoire; Ses flancs sont décousus; et, pour comble de gloire, Il combat en mourant, et ne veut point lâcher L'endroit où sur le monstre il vient de s'attacher.
Cependant le sanglier passe à d'autres trophées : Combien voit-on sous lui de trames étouffées ! Combien en coupe-t-il! Que d'hommes terrassés! Que de chiens abattus, mourants, morts, et blessés! Chevaux, arbres, chasseurs, tout éprouve sa rage. Tel passe un tourbillon, messager de l'orage; Telle descend la foudre, et d'un soudain fracas Brise, brûle, détruit, met les rochers à bas. Crantor d'un bras nerveux lance un dard à la bête : Elle en frémit de rage, écume, et tourne tête, Et son poil hérissé semble de toutes parts Présenter au chasseur une forêt de dards. Il n'en a point pourtant le cœur touché de crainte. Par deux fois du sanglier il évite l'atteinte ; Deux fois le monstre passe, et ne brise en passant Que l'épieu dont Crantor se couvre en cet instant. Il revient au chasseur : la fuite est inutile; Crantor aux environs n'aperçoit point d'asile : En vain du coup fatal il veut se détourner ; Ne pouvant que mourir, il meurt sans s'étonner. Pour punir son vainqueur toute la troupe approche,
i Solécisme que la Fontaine aurait pu facilement éviter.
L'un lui présente un dard, J 'autre un trait lui décoche :
Le fer ou se rebouche1 , ou ne fait qu'entamer
Sa peau, que d'un poil dur Je ciel voulut armer.
Il se lance aux épieux , il prévient leur atteinte ;
Plus le péril est grand, moins il montre de crainte.
C'est ainsi qu'un guerrier pressé de toutes parts
Ne songe qu'à périr au milieu des hasards :
De soldats entassés son bras jonche la terre;
Il semble qu'en lui seul se termine la guerre :
Certain de succomber, il fait pourtant effort,
Non pour ne point mourir, mais pour venger sa mort.
Tel et plus valeureux le monstre se présente.
Plus le nombre s'accroît, plus sa fureur s'augmente:
L'un a les flancs ouverts, l'autre les reins rompus;
Il mâche et foule aux pieds ceux qui sont abattus.
La troupe des chasseurs en devient moins hardie :
L'ardeur qu'ils témoignaient est bientôt refroidie.
Palmyre toutefois s'avance malgré tous; Ce n'est pas du sanglier que son cœur craint les coups Vréthuse lui fut jadis plus redoutable ; Jadis sourde à ses vœux, mais alors favorable, Elle voit son amant poussé d'un beau désir, Et le voit avec crainte autant qu'avec plaisir. Quoi ! mes bras , lui dit-il , sont conduits par les vôtres , Et vous me verriez fuir aussi bien que les autres ! Non , non ; pour redouter le monstre et son effort , Vos yeux m'ont trop appris à mépriser la mort. Il dit, et ce fut tout : l'effet suit la parole: Il ne va pas au monstre, il y court, il y vole, Tourne de tous côtés, esquive en l'approchant, Hausse le bras vengeur, et d'un glaive tranchant
1Ou s'émousse. Le mot reboucher a actuellement une tout autre Signification; mais celle que lui donne ici la Fontaine est la seule qui se trouve indiquée dans la première édition du dictionnaire de l'Académie.
S'efforce de punir le monstre de ses crimes. Sa dent allait d'un coup s'immoler deux victimes . L'une eût senti le mal que l'autre en eût reçu , Si son cruel espoir n'eût point été déçu. Entre Palmyre et lui l'amazone se lance ; Palmyre craint pour elle , et court à sa défense. Le sanglier ne sait plus sur qui d'eux se venger : Toutefois à Palmyre il porte un coup léger ; Léger pour le héros, profond pour son amante. On l'emporte ; elle suit , inquiète et tremblante : Le coup est sans danger; cependant les esprits, En foule avec le sang de leurs prisons sortis . Laissent faire à Palmyre un effort inutile. Il devint aussitôt pâle, froid, immobile; Sa raison n'agit plus, son œil se sent voiler : Heureux s'il pouvait voir les pleurs qu'il fait couler! La moitié des chasseurs, à le plaindre employée, Suit la triste Aréthuse en ses larmes noyée.
Non loin de cet endroit un ruisseau fait son cours : Adonis s'y repose après mille détours.
Les nymphes, de qui l'œil voit les choses futures, L'avaient fait égarer en des routes obscures. Le son des cors se perd par un charme inconnu; C'est en vain que leur bruit à ses sens est venu. Ne sachant où porter sa course vagabonde, Il s'arrête en passant au cristal de cette onde. Mais les nymphes ont beau s'opposer aux destins, Contre un ordre fatal tous leurs charmes sont vains. Adonis en ce lieu voit apporter Palmyre ; Ce spectacle l'émeut , et redouble son ire. A tarder plus longtemps on ne peut l'obliger; Il regarde la gloire , et non pas le danger. Il part, se fait guider, rencontre le carnage.' Cependant le sanglier s'était fait un passage, Et, courant vers son fort, il se lançait parfois
Aux chiens, qui dans le ciel poussaient de vains abois.
On ne l'ose approcher, tous les traits qu'on lui lance .
Étant poussés de loin, perdent leur violence.
Le héros seul s'avance, et craint peu son courroux:
MaisCapys l'arrêtant s'écrie : Ou courez-vous?
Quelle bouillante ardeur au péril vous engage?
Il est besoin de ruse , et non pas de courage.
N'avancez pas, fuyez; il vient à vous, ô dieux!
Adonis, sans répondre, au ciel lève les yeux.
Déesse , ce dit-il , qu'adore ma pensée ,
Si je cours au péril, n'en sois point offensée-,
Guide plutôt mon bras, redouble son effort;
Fais que ce trait lancé donne au monstre la mort.
A ces mots , dans les airs le trait se fait entendre :
A l'endroit où le monstre a la peau le plus tendre
Il en reçoit le coup, se sent ouvrir les flancs,
De rage et de douleur frémit . grince les dents ,
Rappelle sa fureur, et court à la vengeance.
Plein d'ardeur et léger, Adonis le devance.
On craint pour le héros; mais il sait éviter
Les coups qu'à cet abord la dent lui veut porter.
Tout ce que peut l'adresse étant jointe au courage,
Ce que pour se venger tente l'aveugle rage.
Se fit lors remarquer par les chasseurs épars.
Tous ensemble au sanglier voudraient lancer leurs dards,
Mais peut-être Adonis en recevrait l'atteinte.
Du cruel auimal ayant chassé la crainte ,
En foule ils courent tous droit aux fiers assaillants.
Courez, courez, chasseurs un peu trop tard vaillants,
Détournez de vos noms un éternel reproche :
Vos efforts sont trop lents, déjà le coup approche.
Que n'en ai-je oublié les funestes moments !
Pourquoi n'ont pas péri ces tristes monuments!
Faut-il qu'à nos neveux j'en raconte l'histoire!
Enfin de ces forêts l'ornement et la gloire ,
Le plus beau des mortels, l'amour de tous les yeux,
Par le vouloir du sort ensanglante ces lieux.
Le cruel animal s'enferre dans ses armes ,
Et d'un coup aussitôt il détruit mille charmes.
Ses derniers attentats ne sont pas impunis ;
Il sent son cœur percé de l'épieu d'Adonis,
Et, lui poussant au flanc sa défense cruelle,
Meurt , et porte en mourant une atteinte mortelle.
D'un sang impur et noir il purge l'univers :
Ses yeux d'un somme dur sont pressés et couverts :
Il demeure plongé dans la nuit la plus noire;
Et le vainqueur à peine a connu sa victoire ,
Joui de la vengeance et goûté ses transports,
Qu'il sent un froid démon s'emparer de son corps.
De ses yeux si brillants la lumière est éteinte ;
On ne voit plus l'éclat dont sa bouche était peinte ,
On n'en voit que les traits; et l'aveugle trépas
Parcourt tous lés endroits où régnaient tant d'appas.
Ainsi l'honneur des prés, les fleurs, présents de Flore ,
Filles du blond Soleil et des pleurs de l'Aurore,
Si la faux les atteint , perdent en un moment
De leurs vives couleurs le plus rare ornement.
La troupe des chasseurs, au héros accourue, Par des cris redoublés lui fait ouvrir la vue : Il cherche encore un coup la lumière des cieux , Il pousse un long soupir, il referme les yeux , Et le dernier moment qui retient sa belle âme S'emploie au souvenir de l'objet qui l'enflamme. On fait pour l'arrêter des efforts superflus; Elle s'envole aux airs, le corps ne la sent plus.
Prêtez-moi des soupirs , ô Vents , qui sur vos ailes Portâtes à Vénus de si tristes nouvelles. Elle accourt aussitôt, et, voyant son amant, Remplit les environs d'un vain gémissement. Telle sur un ormeau se plaint la tourterelle ,
Quand l'adroit giboyeur a, d'une main cruelle,
Fait mourir à ses yeux l'objet de ses amours;
Elle passe à gémir et les nuits et les jours,
De moment en moment renouvelant sa plainte ,
Sans que d'aucun remords la Parque soit atteinte.
Tout ce bruit, quoique juste , au vent est répandu,
L'enfer ne lui rend point le bien qu'elle a perdu :
On ne le peut fléchir-, les cris dont il est cause
Ne font point qu'à nos vœux il rende quelque chose.
Vénus l'implore en vain par de tristes accents;
Son désespoir éclate en regrets impuissants ;
Ses cheveux sont épars, ses veux noyés de larmes,
Sous d'humides torrents ils resserrent leurs charmes,
Comme on voit au printemps les beautés du soleil
Cacher sous des vapeurs leur éclat sans pareil.
Après mille sanglots enfin elle s'écrie :
Mon amour n'a donc pu te faire aimer la vie!
Tu me quittes , cruel ! au moins ouvre les yeux ,
Montre-toi plus sensible à mes tristes adieux ;
Vois de quelles douleurs ton amante est atteinte !
Hélas! j'ai beau crier, il est sourd à ma plainte:
Une éternelle nuit l'oblige à me quitter;
Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvent l'arrêter.
Encor si je pouvais le suivre en ces lieux sombres!
Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres!
Destins, si vous vouliez le voir sitôt périr,
Fallait-il m'obliger à ne jamais mourir?
Malheureuse Vénus, que te servent ces larmes?
Vante-toi maintenant du pouvoir de tes charmes :
Ils n'ont pu du trépas exempter tes amours;
Tu vois qu'ils n'ont pu même en prolonger les jours.
Je ne demandais pas que la Parque cruelle
Prît à filer leur trame une peine éternelle;
I5ieii loin que mon pouvoir l'empêchât de unir,
Je demande un moment, et ne puis l'obteuir.
Noires divinités du ténébreux empire,