A M. DE TURENNE
Hé quoi! seigneur, toujours nouveaux combats! Toujours dangers! Vous ne croyez donc pas Pouvoir mourir? Tout meurt, tout héros passe. Clothon ne peut vous faire d'autre grâce Que de filer vos jours plus lentement : Mais Clothon va toujours étourdiment.
Songez-y bien, si ce n'est pour vous-même, Pour nous, seigneur, qui sans douleur extrême, Ne saurions voir un triomphe acheté Du moindre sang qu'il vous aurait coûté. C*est un avis qu'en passant je vous donne2, Et je reviens à ce que fait Bellone.
A peine un bruit fait faire ici des vœux, Qu'un autre bruit y fait faire des feux. C'est un retour de victoires nouvelles.
i Michel Ronibut ou Coribul Wieçnowieçki, né l'au 1038, élu le 19 juin 166».
- Cet avis fut une espèce de prophétie qui s'accomplit peu de temps après. Turenne fut tue le 27 juillet 1675.
La Renommée a-t-elle encor des ailes, Depuis le temps qu'elle vient annoncer : Tout est perdu, l'hydre va s'avancer1; Tout est gagné, Turenne l'a vaincue; Et se voyant mainte tête abattue , Elle retourne en son antre à grands pas: Quelque démon, que l'on ne connaît pas, Lui rend en hâte un nombre d'autres têtes, Qui sous vos coups sont à choir toutes prêtes.
Voilà , seigneur, ce qui nous en paraît. Car, d'aller voir sur les lieux ce que c'est. Permettez-moi de laisser cette envie A nos guerriers, qui n'estiment leur vie Que comme un bien qui les doit peu toucher, Ne laissant pas de le vendre bien cher. Toute l'Europe admire leur vaillance, Bon fait de loin regarder tels acteurs. Ceux de Strasbourg , devenus spectateurs Un peu voisins, comme tout Se dispose, Pourraient bientôt devenir autre chose.
Je ne suis pas un oracle ; et ceci Vient de plus haut : Apollon, Dieu merci, Me l'a dicté. Souvent il ne dédaigne De m'inspirer. Maint auteur nous enseigne Qu'Apollon sait un peu de l'avenir.
L'autre jour donc j'allai l'entretenir
Du grand concours des Germains tous en armes.
LTIélicon même avait quelques alarmes.
i Lorsque Turenne eut envahi le Palatinal et l'eut ruiné, les Impériaux passèrent le Rhin à Strasbourg et à Mayence, et pénétrèrent dans la haute Alsace. On eut des craintes, et l'on convoqua L'arrière-ban. Turenne avait feint d'abandonner l'Alsace aux Impériaux; mais bientôt il y rentra par la plaine de Béfort , et força les ennemis, par de savantes manœuvres et des victoires répétées, à repasser le Rhin. Voyez les Mémoires de Villars, 1758, in -12, t. 1, p. 27-41 ; et Ueboulet, Histoire du règne de Louis XIV, in-4°, t. II, p. 126.
Le dieu sourit, et nous tint ce propos : Je vous enjoins de dormir en repos , Poètes picards et poètes de Champagne; Ni les Germains, ni les troupes d'Espagne, Ni le Batave , enfant de l'Océan , Ne vous viendront éveiller de cet an, Tout aussi peu la campagne prochaine.
Je vois Louis qui des bords de la Seine , La foudre en main, au printemps partira1. Malheur alors à qui ne se rendra !
Je vois Condé. prince à haute aventure, Plutôt démon qu'humaine créature ; Il me fait peur de le voir plein de sang, Souillé, poudreux, qui court de rang en rang*. Le plomb volant siffle autour sans l'atteindre : Le fer, le feu, rien ne l'oblige à craindre. Quand de tels gens couvriront vos remparts, Je vous dirai : Dormez, poètes picards; Devers la Somme on est en assurance; Devers le Rhin tout va bien pour la France : Turenne est là , l'on n'y doit craindre rien. Vous dormirez, ses soldats dorment bien; Non pas toujours : tel a mis mainte lieue
i Le sort des armes n'avait pas été aussi favorable à Louis XIV dans le Nord que dans la Franche-Comté et sur le Rhin. Les alliés, par la prise de Grave, de Huy, et de Dinan, avaient forcé les Français d'abandonner la Hollande.
- C'estbien ainsi que le peint Mademoiselle, lorsque, après avoir raconté comment elle le sauva ainsi que son aimée, en lui assurant sa retraite dans Paris, elle ajoute : « J'entrai dans la maison d'un maître des comptes nommé M. de la Croix, qui me la vim offrir; c'est la plus proche de la Bastille, et les fenêtres donnent sur la rue. Aussitôt que j'y fus, M. le prince m'y vint voir; il était dans un éiat pitoyable, il avait deux doigts de poussière sur le visage, ses cheveux tout mêlés; son collet et sa chemise étaient pleins de -Aw-i, quoiqu'il n'eûl pas été blessé; sa cuirasse était pleine de coups, cl il tenait son épée nui' a la main, ayant perdu le fourreau. •-■ (Mademoiselle de Montpensier, Mémoires, t. il, p. 262, édit. in-8°, 1825; t. XL! de la collection de Petitol et Monmerqué.)
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Entre eux et lui , qui les sent à sa queue. Deux de la troupe avec peine marchaient ; Les pauvres gens à tout coup trébuchaient , Et ne laissaient de tenir ce langage : « Le conducteur, car il est bon et sage , « Quand il voudra, nous fera reposer1. » Après cela , qui peut vous excuser De n'avoir pas une assurance entière?
Morphée eut tort de quitter la frontière. Dormez sans crainte à l'ombre de vos bois , Poètes picards et poètes champenois.
Ainsi parla le dieu qui nous inspire ; Et je ne fais, seigneur, que vous redire, Mot après mot, le discours qu'il nous tint. Un temps viendra que ceci sera peint Sur les lambris du temple de Mémoire.
Les deux soldats sont un point de l'histoire , A mon avis , digne d'être noté.
Ces vers, dit-on, seront mis à côté :
« Turenue eut tout : la valeur, la prudence , « .L'art de la guerre , et les soins sans repos. « Romains et Grecs , vous cédez à la France « Opposez-lui de semblables héros. »