‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 249 sur 287 · SUR LE MÊME SUJET QUE LA PIECE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET QUE LA PIECE PRÉCÉDENTE

Vous trouvez que ma satire Eût pu ne se point écrire, Et que tout ressentiment, Quel que soit son fondement , La plupart du temps peut nuire , Et ne sert que rarement.

J'eusse ainsi raisonné si le ciel m'eût fait ange

Ou Thiange; Mais il m'a fait auteur, je m'excuse par là :

Auteur, qui pour tout fruit moissonne Un peu de gloire. On le lui ravira , Et vous croyez qu'il s'en taira ?

11 n'est donc plus auteur : la conséquence est bonne.

S'il s'en rencontre un qui pardonne , Je suis cet indulgent ; s'il, ne s'en trouve point , Blâmez la qualité, mais non pas la personne. Je pourrais alléguer encore un autre point : Les conseils. — Et de qui? — Du public. C'est la ville, C'est la cour, et ce sont toutes sortes de gens,

Les amis , les indifférents , Qui m'ont fait employer le peu que j'ai de bile : Ils ne pouvaient souffrir cette atteinte à mon nom.

La méritais-je? on dit que non.

Mon opéra, tout simple, et n'étant, sans spectacle,

i Madame dcTIiianges, sœur de madame de Montespan, et la protectrice de notre poète, le blâma de s'être abandonné à la colère, et d'avoir écrit la satire précédente : elle entreprit de le raccommoder avec Lulli, et y parvint. Voyez, pour plus d'éclaircissements sur ce sujet, l'Histoire de la vie et des ouvrages de J. de la Fontaine, troisième édition, 182i, p. 304.

ÉPITEES. 499

Qu'un ours qui vient de naître, et non encor léché, Plaît déjà. Que ma donc Saint-Germain1 reproché? Un peu de pastorale? enfin ce fut l'obstacle. J'introduisais d'abord des bergers ; et le roi Ne se plaît à donner qu'aux héros de l'emploi. Je l'en loue. Il fallait qu'on lui vantât la suite ; Faute de quoi ma muse aux plaintes est réduite. Que si le nourrisson de Florence2 eût voulu,

Chacun eût fait ce qu'il eût pu.

Celui qui nous a peint un des travaux d'Alcide

(Je ne veux dire Euripide, Mais Quinault3) , Quinault donc pour sa part aurait eu Saint-Germain4, où sa muse au grand jour eût paru;

Et la mienne , moins parfaite , Eût eu du moins Paris , partage de cadette : Cadette que peut-être on eût cru quelque jour Digne de partager en aînée à son tour. Quelque jour j'eusse pu divertir le monarque. Heureux sont les auteurs connus à cette marque ! Les neuf Sœurs proprement n'ont qu'eux pour favoris.

Qu'est-ce qu'un auteur de Paris?

Paris a bien des voix; mais souvent, faute d'une,

Tout le bruit qu'il fait est fort vain. Chacun attend sa gloire ainsi que sa fortune

Du suffrage de Saint-Germain.

Le maître y peut beaucoup ; il sert de règle aux autres :

Comme maître premièrement , Puis comme ayant un sens meilleur que tous les nôtres. Qui voudra l'éprouver obtienne seulement

Que le roi lui parle un moment.

Ah ! si c'était ici le lieu de ses louanges ! Que ne puis-je en ces vers avec grâce parler

i C'est-à-dire la cour.

•- Jean-Baptiste LuIIi

3 Dans son Opéra d'Alceste.

i Saint-Germain en i.aye.où la cour se tenait alors.

Des qualités qui font voler

Son nom jusqu'aux peuples étranges1!

On verrait qu'entre tous les rois

Le nôtre est digne qu'on l'estime :

Mais il faut pour une autre fois

Réserver le feu qui m'anime.

Je ne puis seulement qu'étaler aujourd'hui Son esprit et son goût à juger d'un ouvrage; L'honneur et le plaisir de travailler pour lui. Ceux dont je me suis plaint m'ôtent cet avantage :

Puis-je jamais vouloir du bien

A leur cabale trop heureuse?

D'en dire aussi du mal , la chose est dangereuse :

Je crois que je n'en dirai rien.

Si pourtant notre homme se pique D'un sentiment d'honneur, et me fait à son tour

Pour le roi travailler un jour,

Je lui garde un panégyrique !

Il est homme de cour, je suis homme de vers ;

Jouons-nous tous deux de paroles :

Ayons deux langages divers ,

Et laissons les hontes frivoles.

Retourner à Daphné2 vaut mieux que se venger; Je vous laisse d'ailleurs ma gloire à ménager. Deux mots de votre bouche et belle et bien disante

Feront des merveilles pour moi.

Vous êtes bonne et bienfaisante,

Servez ma muse auprès du roi.

i C'est-à-dire les nations étrangères. On retrouve fréquemment relie locution dans Malherbe, et dans d'autres poètes de cette époque.

2 C'est le litre de cet opéra rejeté, et notre poète trouvait plus sage de le perfectionner que de se venger de celui qui l'avait dédaigné-

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