XIII. L,es Loups et les Brebis
Après mille ans et plus de guerre déclarée , Les loups firent la paix avecque1 les brebis. C'était apparemment le bien des deux partis : Car, si les loups mangeaient mainte bête égarée . Les bergers de leur peau se faisaient maints habits. Jamais de liberté , ni pour les pâturages ,
Ni d'autre part pour les carnages2 :
Ils ne- pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens. La paix se conclut donc : on donne des otages; Les loups, leurs louveteaux; et les brebis, leurs chiens. L'échange en étant fait aux formes ordinaires3.
Et réglé par des commissaires , Au bout de quelque temps que messieurs les louvats4 Se virent loups parfaits et friands de tuerie , Ils vous prennent le temps que dans la bergerie
Messieurs les bergers n'étaient pas, Étranglent la moitié des agneaux les plus gras,
i Du temps de la Fontaine, on pouvait écrire avecque ou avec, et taire ce mol de deux ou trois syllabes à volonté.
s Carnage ne s'emploie ordinairement qu'au singulier; niais, malgré l'assertion d'un habile grammairien, nous pensons qu'on peul aussi fort bien se servir de ce mot au pluriel, et ce vers eu fournit un heureux exemple.
3 Dans les formes. Aux formes est pour es formes., style de pratique.
i « » 1 1 disait dans notre ancien langage, louvat, lovel, loviau, pour un louveteau ou un petit loup.
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent. Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort bonne de soi ; J'en conviens : mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi?