XIV. Le liion devenu vieux
Le lion , terreur des forêts , Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse, Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied; Le loup, un coup de dent; le bœuf, un coup de corne. Le malheureux lion , languissant , triste , et morne , Peut à peine rugir, par l'âge estropié, il attend son destin, sans faire aucunes plaintes; Quand voyant l'àne même à son antre accourir : Ah ! c'est trop , lui dit-il ; je voulais bien mourir ; Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes1.
1 II semble que la Fontaine ail craint d'outrager la majesté du lion en nous le montrant supportant le dernier des opprobres; il n'afaitqu'iudiquerle tableau qui, dans Phèdre, termine cette fable. Calcibus frontem exterit. Ainsi c'est de l'auteur ancien que nous \ient l'expression proverbiale dont l'application est si fréquente, le coup de pied de l'âne.