‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 61 sur 287 · V. L'Ane et le petit Chien · texte numérisé non relu

V. L'Ane et le petit Chien

Ne forçons point notre talent ;

Nous ne ferions rien avec grâce :

Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,

Ne saurait passer pour galant.

Peu de gens, que le ciel chérit et gratifie, Ont le don d'agréer infus avec la vie.

C'est un point qu'il leur faut laisser, Et ne pas ressembler à l'âne de la fable ,

Qui, pour se rendre plus aimable Et plus cher à son maître , alla le caresser.

Comment ! disait-il en son âme ,

Ce chien , parce qu'il est mignon ,

Vivra de pair à compagnon

Avec monsieur, avec madame ;

Et j'aurai des coups de bâton!

Que fait-il? il donne la patte;

Puis aussitôt il est baisé :

S'il en faut faire autant afin que l'on me flatte,

Cela n'est pas bien malaisé.

Dans cette admirable pensée, Voyant son maître en joie, il s'en vient lourdement,

Lève une corne tout usée , La lui porte au menton fort amoureusement, Non , sans accompagner, pour plus grand ornement , De son chant gracieux cette action hardie. Oli! oh! quelle caresse! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt. Holà, Martin-bâton1 !

i Le valet d'écurie, arme d'un bâton, chargé de corriger l'âne. Cette burlesque dénomination est prise de Rabelais, 1. III, chap. IV.

Martin-bâton accourt : l'âne change de ton. Ainsi finit la comédie.

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