‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 62 sur 287 · VI. Le Combat des Rats et des Belettes · texte numérisé non relu

VI. Le Combat des Rats et des Belettes

La nation des belettes,

Non plus que celle des chats,

Ne veut aucun bien aux rats ,

Et, sans les portes étrètes*

De leurs habitations ,

L'animal à longue échine

En ferait, je m'imagine,

De grandes destructions.

Or, une certaine année

Qu'il en était à foison ,

Leur roi , nommé Ratapon ,

Mit en campagne une armée.

Les belettes, de leur part,

Déployèrent l'étendard.

Si l'on croit la renommée,

La victoire balança :

Plus d'un guéret s'engraissa

Du sang de plus d'une bande;

Mais la perte la plus grande

Tomba presque en tous endroits

Sur le peuple souriquois.

Sa déroute fut entière ,

Quoi que pût faire Artarpax ,

Psicarpax, Méridarpax1,

* YAK. Ktrites pour étroites, à cause de la rime et par licence poétique ; d'ailleurs on n'écrivait pas , mais on prononçait ainsi ce mot , dont les éditeurs modernes ont changé à tort l'orthogTaphe. Voyez-ci-dessus la note sur la fable VIII du livre III, qui offre un exemple semblable.

1 Ces noms soin tirés dé la Batrachojnyovhachte, ou du poème intitulé le Combat des Grenouilles et des Rats attribué à Homère,

Qui, tout couverts de poussière, Soutinrent assez longtemps Les efforts des combattants.

Leur résistance fut vaine ; Il fallut céder au sort :

Chacun s'enfuit au plus fort Tant soldat que capitaine.

Les princes périrent tous.

La racaille, dans des trous Trouvant sa retraite prête , Se sauva sans grand travail ; Mais les seigneurs sur leur tête Ayant chacun un plumail1, Des cornes ou des aigrettes , Soit comme marques d'honneur.

Soit afin que les belettes En conçussent plus de peur, Cela causa leur malheur.

Trou, ni fente, ni crevasse, Ne fut large assez pour eux :

Au lieu que la populace Entrait dans les moindres creux.

La principale jonchée Fut donc des principaux rats.

Une tête empanachée ?s'est pas petit embarras. Le trop superbe équipage Peut souvent en un passage Causer du retardement.

et qui se trouve souvent placé à la suite des fables d'Ésope dans d'anciennes éditions, comme dans celle de Baie, 1538, in-8°, page 263. 1 lue touffe de plumes. Le mot plumail n'a jamais été admis dans le dictionnaire de l'Académie française, et parait mal défini dans les autres dictionnaires, qui le font synonyme de houssoir. Dans nos anciens auteurs, plumail cm plumais sont presque toujours employés pour désigner des plumets servant d'ornement.

Les petits, en toute affaire,

Esquivent fort aisément :

Les grands ne le peuvent faire.

Vil. lie Singe et le Dauphin

C'était chez les Grées un usage Que sur la mer tous voyageurs Menaient avec eux en voyage Singes et chiens de bateleurs.

Un navire en cet équipage Non loin d'Athènes fit naufrage.

Sans les dauphins tout eût péri.

Cet animal est fort ami De notre espèce : en son histoire Pline le dit * ; il le faut croire.

Il sauva donc tout ce qu'il put.

Même un singe en cette occurrence , Profitant de la ressemblance, Lui pensa devoir son salut :

Un dauphin le prit pour un homme, Et sur son dos le fit asseoir Si gravement qu'on eût cru voir Ce chanteur que tant on renomme2.

Le dauphin l'allait mettre à bord Quand, par hasard, il lui demande : Êtes- vous d'Athènes la grande?

] Plin., Hist. uni., lib. IX, cap. yfti.

- Arion. qui, menace par les matelots, fut sauvé par un dauphin

qui l'avait entendu chanter. (Voyez Plin., Hist.nat., lib. IX, cap. vin; Aul.-Gell., Noctes attiese, VII, vm, et xvi, xix, etc.) L'amitié du dauphin pour l'homme était, chez les anciens, un préjugé fondé sur ce que ce cétacé se rencontre dans toutes les mers, qu'il aime à suivre les vaisseaux, et que peut-être il est jusqu'à un certain point sus-

cr'ntililf i!V»tro Einnrivnlci*

Page 1