LITEE IV. FABLE VIII
Oui , dit l'autre ; ou m'y connaît fort :
S'il vous y survient quelque affaire,
Employez-moi ; car mes parents
Y tiennent tous les premiers rangs :
Un mien cousin est juge-maire.
Le dauphin dit : Bien grand merci ;
Et le Pirée1 a part aussi
A l'honneur de votre présence?
Vous le voyez souvent , je pense ?
— Tous les jours : il est mon ami;
C'est une vieille connaissance.
Notre magot prit, pour ce coup,
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
De telles gens il est beaucoup Qui prendraient Vaugirard pour Rome , Et qui, caquetant au plus dru, Parlent de tout, et n'ont rien vu.
Le dauphin rit, tourne la tête,
Et , le magot considéré ,
Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
Du fond des eaux rien qu'une bête.
Il l'y replonge , et va trouver
Quelque homme afin de le sauver.
\ ni. I/Honinie et l'Idole de bois.
Certain païen chez lui gardait un dieu de bois,
De ces dieux qui sont sourds, bien qu'ayants2 des oreilles:
Le païen cependant s'en promettait merveilles.
i Port d'Athènes.
2 La Fontaine met encore ici au pluriel le participe présent.
Il lui coûtait autant que trois :
Ce n'était que vœux et qu'offrandes , Sacrifices de bœufs couronnés de guirlandes.
Jamais idole, quel qu'il1 fût,
X'avait eu cuisine si grasse; Sans que, pour tout ce culte, à son hôte il échût Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce. Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit
S'amassait d'une ou d'autre sorte , L'homme en avait sa part ; et sa bourse en souffrait : La pitance du dieu n'en était pas moins forte. À la fin. se fâchant de n'en obtenir rien, Il vous prend un levier, met en pièces l'idole, Le trouve rempli d'or. Quand je t'ai fait du bien, M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole?
Tu ressembles aux naturels
Malheureux, grossiers et stupides :
On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton. Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides .
J'ai bien fait de changer de ton.