XVII. Parole île Socrate
Socrate un jour faisant bâtir.
Chacun censurait son ouvrage :
L'un trouvait les dedans . pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage; L'autre blâmait la face . et tous étaient d'avis Que les appartements en étaient trop petits. Quelle maison pour lui ! l'on y tournait à peine.
Plût au ciel que de vrais amis .
Telle qu'elle est, dit-il. elle put être pleine!
Le bon Socrate avait raison De trouver pour ceux-là trop grande sa maison. Chacun se dit ami ; mais fou qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que ce nom , Rien n'est plus rare que la chose.
Y VIII. Le Vieillard et ses Enfants.
Toute puissance est faible, à moins que d'être unie :
Écoutez là-dessus l'esclave de Phrygie.
Si j'ajoute du mien à son invention ,
C'est pour peindre nos mœurs, et non point par envie;
Je suis trop au-dessous de cette ambition.
1 Beaux sires loups.
i l'as.
1 Mn.' tançant son Gis.
Phèdre enchérit souvent par un motif de gloire ; Pour moi, de tels pensers me seraient mal séants. Mais venons à la fable, ou plutôt à l'histoire De celui qui tâcha d'unir tous ses enfants.
Un vieillard près d'aller où la mort l'appelait :
Mes chers enfants , dit-il (à ses fils il parlait) ,
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble ;
Je vous expliquerai le nœud qui les assemble.
t7aîné les ayant pris , et l'ait tous ses efforts ,
Les rendit, en disant : Je le donne aux plus forts.
Un second lui succède . et se met en posture ,
Mais en vain. Un cadet tente aussi l'aventure.
Tous perdirent leur temps; le faisceau résista :
De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata.
Faibles gens, dit le père, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre.
On crut qu'il se moquait; on sourit, mais à tort :
Il sépare les dards, et les rompt sans effort.
Vous voyez , reprit-il , l'effet de la concorde :
Soyez joints, mes enfants, que l'amour vous accorde !.
Tant que dura son mal il n'eut autre discours.
Enfin se sentant près de terminer ses jours ,
Mes chers enfants , dit-il , je vais où sont nos pères ;
Adieu.: promettez-moi de vivre comme frères;
Que j'obtfenne de vous cette grâce en mourant.
Chacun de ses trois fils l'en assure en pleurant.
Il prend à tous les mains ; il meurt. Et les trois frères
Trouvent un bien fort grand , mais fort mêlé d'affaires.
Un créancier saisit, un voisin fait procès :
D'abord notre trio s'en tire avec succès.
Leur amitié fut courte autant qu'elle était rare.
Le sang les avait joints ; l'intérêt les sépare :
L'ambition, l'envie, avec les consultants,
Dans la succession entrent en même temps.
On en vient au partage , on conteste , on chicane : Le juge sur cent points tour à tour les condamne. Créanciers et voisins reviennent aussitôt , Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut. Les frères désunis sont tous d'avis contraire : L'un veut s'accommoder, l'autre n'en veut rien faire. Tous perdirent leur bien , et voulurent trop tard Profiter de ces dards unis et pris à part.