‹ Fables et poésies diversesChapitre 109 sur 257 · L ECREVISSE · texte numérisé non relu

L ECREVISSE

Les citoyens d'un lac , en un jour de détresse , A travers champs voulaient dépêcher un courrier ,

Je ne sais trop à quelle adresse.

Tout nageur n'est pas propre à faire ce métier. Poissons, ainsi que nous, dans leur diplomatie Ont quelquefois besoin d'un ministre amphibie. L'écrevisse à l'instant, sans se faire prier,

. Pour le message se propose.

« De mon agilité que le sénat dispose. « A la course , à la nage habile également , < Je puis servir l'état sur plus d'un élément. « Pour l'esprit, sur le mien je crois qu'on s'en repose. »

Un Gascon n'aurait pas mieux dit.

A ce discours, comme on le pense,

Ija gent écaillée applaudit.

On donne à l'orateur ses lettres de crédit, Ou , si vous l'aimez mieux , ses lettres de créance. Puis, en lui désignant et la route et l'endroit De l'œil , car sûrement ce n'était pas du doigt ,

« Devant vous , disait-on , marchez , allez tout droit. » En arrière aussitôt notre courrier s'élance,

En saluant les assistants.

« Mais que faites-vous là? disaient ses commettants.

« — Ne le voyez-vous pas ? J'avance. »

Le nombre de ces gens ne peut se calculer Qui, dans ce siècle de lumière, Avancent de cette manière :

Marcher, pour eux c'est reculer.

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