‹ Fables et poésies diversesChapitre 139 sur 257 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

« Défendra de tes pieds la plante délicate !

« Avec quel art ils sont brodés

« Les points dont la double couture « Unit chaque semelle à chaque couverture !

« Avec quel goût ils sont bordés « Ces souliers revêtus d'un vernis qui surpasse « En couleur , en éclat , et l'ébène et la glace ! » Séduit par ce tableau , je vais , sans répliquer,

Conduit par mon panégyriste , Chez l'artisan, ou plutôt chez l'artiste, Qu'à ma coquetterie il veut bien indiquer. « A demain , » dit l'artiste en prenant mon adresse. Le lendemain , sans faute , en effet , il s'empresse ; Il entre en s'écriant : « Aujourd'hui , grâce à moi ,

« Vous voilà chaussé comme un roi ! »

Ne sachant pas que maître Biaise

Pensait que les particuliers

Comme les rois dans leurs souliers

Devaient être mal à leur aise , Tout satisfait des miens, j'allais les lui payer; Soudain je me ravise et veux les essayer. Bien m'en prit. « Malheureux , quel tourment ! quel supplice !

« Un homme ayant sa tête à lui

« Peut-il penser qu'en cet étui

« Un pied comme le mien se glisse ?

« — Vous y voilà ; poussez. — Et toi , ne pousse pas. « Ainsi chaussé, dis-moi , pourrais-je faire un pas « Sans trébucher? Reprends tes souliers; sors, maroufle,

« Sors; et ressouviens-toi , geôlier de saint Crépin 95 , « Qu'un sage aimera mieux être libre en pantoufle « Qu'en prison dans un escarpin. »

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